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 Tome 3

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Sarah06 Tinuviel
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 6   Wed 24 Oct - 1:25

Chapitre 6


- Alors ? Où allons-nous ? demanda Saphira, alors qu’ils volaient vers l’ouest.
- A Kuasta. C’est une cité côtière située au-delà des montagnes.
- Nous n’y serons jamais avant demain alors mieux vaut s’arrêter quelque part pour la nuit. Tu as besoin de dormir et tes blessures doivent être pansées.
- Daccord, mais éloignons nous le plus possible d’Arna. Je ne veux pas avoir la mauvaise surprise d’être réveillé en sursaut par des villageois mécontents qui nous auraient poursuivi et retrouvé.
- Nous camperons sur la rive ouest du Lac Leona. Ca te va ?
- C’est parfait.
Murtagh était affaissé devant lui, toujours retenu par son bras valide, qui commençait d’ailleurs à fatiguer. Darriah, était assise derrière. Elle avait les bras enroulés autour de son abdomen pour ne pas tomber et son visage reposait sur l’épaule du jeune homme afin de s’abriter du vent.
Eragon releva la tête de son frère et la posa contre lui. Il entendait sa respiration lente et profonde malgré le vent qui soufflait autour d’eux. Il prit son pouls le long de la carotide et s’inquiéta de sentir le cœur de son aîné battre si lentement. Pour un sommeil normal, ce rythme cardiaque devait être alarmant, mais pas pour un état d’inconscience profonde. Du moins, le jeune homme tenta de s’en convaincre.

Une heure durant, Saphira et Thorn volèrent dans l’obscurité, se repérant grâce au mince croissant de lune qui montait dans le ciel. Le battement régulier des ailes de Saphira résonnait aux oreilles d’Eragon comme un son profondément hypnotique, accentuant sa lassitude. Il aurait donné cher en cet instant pour pouvoir fermer les yeux et simplement succomber à la fatigue, mais il devait soutenir Murtagh pour l’empêcher de tomber. De plus, ses blessures le brûlaient affreusement et tout son corps était endolori.
- Saphira, murmura-il d’une voix faible, je crois que nous sommes assez loin. Et… je doute de pouvoir tenir plus longtemps.
- Très bien, je cherche un endroit sûre où nous poser. Tiens le coup.
Elle atterrit cinq minutes plus tard, Thorn à sa suite, dans une clairière au bord du lac, abrité pas des arbres touffus.
Avec l’aide de son amie, Eragon utilisa ses dernières forces pour descendre Murtagh de selle et l’étendre sous le couvert des arbres. Ne pouvant tenir une seconde de plus, il s’écroula sur le sol, trop épuisé pour songer à préparer un dîner. Dans un semi-rêve, il vit Darriah se pencher sur lui et s’occuper de ses blessures, en les nettoyant avant de les bander. Le dernier souvenir qu’il garda avant de sombrer fut le visage rassurant de la jeune fille, qui lui murmurait des paroles réconfortantes.

Lorsqu’ils arrivèrent en vue de Kuasta le lendemain, le soleil atteignait son apogée. Ils se posèrent dans un endroit isolé à l’extérieur de la ville portuaire, pour ne pas attirer l’attention.
Murtagh, toujours inconscient, fut étendu à l’ombre d’un bosquet. Eragon avait prit le soin de lui administrer une nouvelle dose de la potion d’Angela le matin même, contre la volonté de Thorn qui avait tenté de l’en empêcher, sans toutefois y parvenir, car retenu par son serment.
Darriah insista pour suivre Eragon en ville, inquiète qu’il parte seul dans son état de santé, mais il refusa, prétextant que quelqu’un devait rester avec Murtagh. Il la rassura en lui affirmant qu’il se sentait mieux, ce qui n’était pas faux, même si ses blessures étaient encore douloureuses par intermittence. Son amie finit par céder, à contre cœur.
Quant il pénétra dans l’enceinte de la cité, Eragon eut la drôle de sensation de se retrouver à Teirm, car l’architecture des habitations était très semblable, à la différence que les bâtiments n’étaient pas organisés en cercle concentrique comme à Teirm, mais de façon disparate. Le jeune homme s’arrêta à un coin de rue s’ouvrant sur un marché bruyant et sortit de sa poche les instructions qu’Angela avait inscrites sur un parchemin. Après un schéma indiquant la localisation de la cité, elle spécifiait qu’Esthéria tenait une librairie dans le centre de la ville.
Tout en lisant, Eragon déambulait à travers des étales aussi divers que variés. Son attention fut détournée par un jeune garçon qui clamait haut et fort que ses pommes étaient les meilleures de la région. S’apercevant que le dragonnier le scrutait, le jeune commerçant l’incita à approcher.
- J’vous l’garantis m’sieur ! Vous goûterez pas d’meilleurs fruits que c’là à des lieux à la ronde. Ils sont sucrés et juteux !
Eragon fut surprit de constater avec quelle conviction et fougue s’exprimait le garçon, qui ne devait pas avoir plus de dix ans.
- Non, merci. J’ai déjà déjeuné. Mais tu pourrais peut-être m’aider. Tu as l’air intelligent et j’ai l’impression que tu connais cette ville comme ta poche.
- Ca pour sûr m’sieur ! Qu’est-ce que vous cherchez ?
- Une vieille dame nommée Esthéria tient une librairie dans le centre. Est-ce que tu sais où elle se trouve ?
Le Garçon sourit malicieusement.
- Je n’connais pas le nom de la dame, mais j’sais où s’trouve la librairie.
- Tu pourrais m’indiquer le chemin à suivre ?
- J’pourrais.
Eragon attendit, sans qu’aucune indication ne vienne. Comprenant la raison du silence de son interlocuteur, il chercha dans une de ses poches la bourse de pièces que lui avait confié Angela avec les instructions. Décidément, elle pensait à tout !
- Est-ce qu’une pièce te délierait la langue ? demanda-il en la sortant du sac.
- Trois m’conviendraient !
- Tu es dur en affaire, répondit-il en fronçant les sourcils. Deux pièces et c’est ma dernière offre.
- Marché conclu !
Le jeune commerçant indiqua quelles rues emprunter pour s’y rendre le plus rapidement. Alors qu’il tendait une main vers les pièces reposant dans sur sa paume, Eragon referma subitement le poing.
- Qu’est-ce qui me garantis que tu ne m’as pas menti ?
- Jamais j’os’rais mentir à une personne armé d’une épée aussi longue que la votre m’sieur, s’offusqua-il.
Machinalement, Eragon rabattit son manteau sur la lame. Il avait pris le soin de la dissimuler en pénétrant dans la cité pour ne pas attirer l’attention, mais en marchant, le vêtement avait glissé, révélant la garde de l’arme.
- Tu es très perspicace. Bien, je te crois sur parole. Mais si je m’aperçois que tu m’as roulé dans la farine, je reviendrai te demander des comptes, et si tu n’es plus là, je te retrouverai où que tu ailles, conclu le jeune homme sur un ton qu’il voulait menaçant.
- Pour sûr m’sieur !
Eragon le paya et reprit sa route. Il longea des rues plus ou moins étroites se repérant avec les différents éléments que lui avait fourni le petit commerçant. Ainsi, il passa devant une brasserie appelée « Chez Tom », il prit à gauche lorsqu’il eut atteint la mercerie à la façade très excentrique et s’engagea dans l’avenue où trônait une vieille fontaine recouverte de mousse poisseuse, qui jadis avait dû être magnifique. A l’angle d’une rue, il déboucha sur une traverse plus large où s’alignait une série d’antiquaires et de boutiques du même genre. Lorsqu’il dépassa la huitième échoppe, il repéra la devanture d’une librairie délabrée. En entrant, il déclencha une sonnette suspendue au plafond et le son résonna longtemps dans l’air chargé de poussière. La pièce spacieuse était sombre et les rares rayons lumineux qui filtraient à travers les vitres sales ne parvenaient pas à l’éclairer suffisamment.
Quand ses yeux s’habituèrent à l’obscurité, le dragonnier découvrit les nombreuses étagères remplies de livres qui s’alignaient le long des murs et les tables ovales trônant au centre, elles aussi encombrées de manuscrits volumineux.
- Je peux vous aider ? demanda une voix gutturale.
Eragon entrevit un comptoir de bois sur sa gauche, dernière lequel se tenait une vieille dame aux cheveux blancs repliés en chignon.
- Esthéria ?
- C’est bien moi. Vous ai-je déjà rencontré ?
- Pas vraiment… Je m’appelle Eragon et j’ai entendu parler de vous par une amie de votre fille Annabelle.
- Ho vraiment, sourit-elle en approchant du jeune homme, c’est un plaisir de te connaître ! Voilà bien longtemps que je n’ai pas eu de nouvelles de ma fille. L’as-tu vu récemment ? Est-ce qu’elle va bien ?
- Hé bien…, commença Eragon mal-à-l’aise, l’amie qui m’a parlé de vous a quitté Teirm depuis un certain temps déjà…
- Je comprends. Alors que recherche-tu ? Un livre en particulier ou…
- Non. Je ne suis pas ici pour acheter un livre, mais pour solliciter votre aide.
- Que puis-je faire pour toi ?
- Voilà, on m’a dit que vous aviez fait de grandes recherches sur un antique peuple appelé les Athèques.
Le visage de d’Esthéria s’illumina.
- C’est vrai. J’ai passé plusieurs années de ma vie à étudier leur culture et manière de vivre. C’est un peuple fascinant ! Mais ne reste pas là debout, viens donc t’asseoir. Si nous devons évoquer un sujet aussi vaste que celui-ci, je crains que mes vieilles jambes ne puissent me supporter bien longtemps.
Elle l’entraîna dans l’arrière boutique et l’invita à s’installer sur un canapé de velours vert à franges. Cette pièce était plus petite que la précédente, mais similaire, car elle regorgeait aussi d’étagères encombrées de gros volumes à reliure d’or. Des parchemins jaunis étaient empilés sur les tables, ajoutant au désordre ambiant. La lucarne ronde située en hauteur, laissait pénétrer une lumière diffuse, insuffisante pour tout éclairer, donnant un aspect mystique à cette pièce.
Esthéria délaissa son invité pour se retirer par une porte menant aux étages supérieurs. Elle en revint quelques minutes plus tard avec un plateau où reposaient des biscuits et du thé. Elle lui servit une tasse fumante, qu’il accepta avec gratitude et s’assit en face de lui, dans un fauteuil à bascule qu’elle dû au préalable débarrasser des documents qui l’occupait.
- Alors, comme ça tu t’intéresses aux Athèques ? Je suis intriguée de voir un homme aussi jeune que toi s’intéresser à un sujet aussi ancien.
Prit au dépourvu, Eragon se demanda s’il devait lui dire la vérité. Angela l’avait averti que son interlocutrice ne croyait pas à la magie et s’il lui révélait tout, elle risquait de le prendre pour un fou et de le mettre à la porte avant de lui avoir donné les informations dont il avait besoin. Il résolut de ne pas en dire plus que nécessaire.
- Les peuples anciens me fascinent et je trouve dommage que leurs savoirs se soient perdus au fil du temps. Je pense que nous avons beaucoup à apprendre des civilisations qui nous ont précédé.
- Je le pense aussi. C’est pourquoi j’ai passé presque toute ma vie à collecter des informations qui risquent de disparaître avec le temps si personne ne prend le soin de les conserver précieusement. (Elle prit sa tasse et en but une gorgée) Alors, que veux-tu savoir ?
Eragon but son thé pour se donner une contenance. Il ne désirait pas entrer immédiatement dans le vif du sujet qu’il aborderait plus tard, mais il préférait commencer par tester l’étendue des connaissances de la libraire.
- J’aimerais en apprendre plus sur eux… qui étaient-ils ?
- Les Athèques ont vécu en des temps reculés, il y a plus de mille ans, mais ils ont disparu soudainement sans qu’on sache exactement pourquoi. A leur apogée, ils excellaient dans tout ce qu’ils entreprenaient, notamment dans le domaine de l’artisanat. Ils étaient aussi très portés sur la spiritualité. Savais-tu qu’ils enterraient leurs morts au niveau des fondations de leur maison pour que leurs ancêtres veillent sur eux et les protégent des mauvais esprits ? (Eragon secoua négativement la tête) Et ce n’est pas tout ! continua-elle brandissant son index en l’air, la majeure partie des décisions importantes qu’ils prenaient s’appuyaient sur des croyances de ce type. C’est ainsi qu’il arrivait à certains clans de s’affronter dans des conflits sanglants, seulement parce que les anciens avaient lu de mauvais présages dans le ciel.
- Vraiment ? demanda poliment son invité, avant de boire une nouvelle gorgée de thé.
- Bien sûr. Et ces conflits étaient d’autant plus atroces que, d’après les récits, les peuplades ne s’affrontaient pas seulement avec des armes conventionnelles, ils usaient abondamment de pouvoirs magiques.
Eragon avala de travers et s’étouffa.
- Ca va mon garçon ?
Eragon lutta un instant pour retrouver sa respiration.
- Oui…hum… ça va ! Désolé… C’est juste ce que vous venez de dire…
- Tu parles de la magie ?
- Oui… enfin…
- Tu n’y crois pas n’est-ce pas ? C’est normal. De nos jours c’est une notion absurde que l’on réserve aux contes pour enfants.
Connaissant déjà la réponse, Eragon se risqua tout de même à poser la question.
- Et vous ? Vous y croyez à la magie ?
La vieille dame posa sur lui un regard pensif, et ne finit par répondre qu’après avoir avalé le reste de son thé.
- Je n’y ai jamais cru durant tout le temps où j’effectuais mes recherches et à chaque fois que je rencontrais une allusion de ce genre, je l’attribuais aux légendes qui se mêlent inexorablement aux récits de faits réels. C’est d’ailleurs le travail d’un historien de faire la part des choses entre réel et fiction. Mais…
Elle laissa sa phrase en suspend, observant à travers la petite fenêtre les nuages menaçant qui masquaient les rayons du soleil.
- Mais ? insista Eragon.
- Mais… je ne suis plus sûre de rien aujourd’hui…
- Pourquoi dites-vous ça ? Il s’est passé quelque chose ?
- Pas vraiment… mais… comment expliquer cela, dit-elle en se prenant le menton entre le pouce et l’index. Je crois que l’évènement dont tu parles et qui a changé mon opinion sur le sujet est simplement que j’ai levé mon nez des bouquins, pour ouvrir les yeux sur ce qui m’entourait. J’ai passé tellement de temps à étudier le passé avec un œil critique, que j’en suis venue à oublier de me concentrer sur le présent.
- Et donc ?
- Hé bien, même si la notion de magie et de créature légendaire me semble encore fantasque, j’ai eu vent de certains faits étranges récemment… Par exemple, il y a quelques semaines, mon ami Brock, qui est pêcheur, m’a dit avoir aperçu en haute mer une gigantesque créature ailée qui avait prit pour cible un trois-mâts. Le pauvre en tremblait encore en me relatant son histoire, et pourtant il n’est pas du genre peureux, ho ça non !
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Sarah06 Tinuviel
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 6   Wed 24 Oct - 1:27

Elle saisit le châle qui pendait au dossier de sa chaise et se couvrit les épaules, comme si l’évocation de ce récit lui donnait froid dans le dos.
- Je ne veux pas t’effrayer mon garçon… loin de moi cette idée. Mais vois-tu, dit-elle en se penchant vers Eragon, je suis convaincue de la bonne foi de Brock, et si en toute logique il dit vrai, alors ça voudrait dire que les créatures mystiques, que j’ai toujours considéré comme farfelus existent bel et bien !
Elle se redressa et observa le plafond, l’air pensif.
- C’est comme cette rumeur qui circule au sujet de la naissance d’un nouveau dragonnier ! Tu imagines si une chose pareille était bien réelle, ce serait fantastique non ? Un dragonnier ! Qu’est-ce que je ne donnerai pas pour en rencontrer un !
- Oui effectivement ça serait formidable ! répondit Eragon tout en luttant pour ne pas laisser transparaître son hilarité.
Quelque chose le piqua alors au vif dans les propos de la vieille dame : elle avait parlé d’un trois-mâts poursuivit par une créature ailée. Faisant le rapprochement avec l’aventure que lui avait narré son cousin, lors de leur fuite de Carvahall, Eragon comprit que ce bateau était celui qui transportait Roran et tous les villageois en déroute, et la créature devait être l’un des Ra’zacs qui les traquaient.
Décidant qu’il en avait assez attendu, Eragon décida d’entrer dans le vif du sujet.
- Dîtes-moi, lors de vos recherches sur le peuple Athèque, avez-vous déjà lu quelque chose au sujet des Walless ?
La vieille dame continuait de lorgner les moulures du plafond, au point qu’Eragon se demanda si elle l’avait entendu.
- Esthéria ?
- Oui, répondit-elle en laissant glisser son regard bleu profond sur celui du jeune homme, j’ai lu quelques petites choses sur elles.
- Vraiment ? demanda-il en se redressant sur son siège, vous savez qui elles étaient ? C’était des magiciennes ? Une confrérie peut-être !
- Ho non, pas du tout. Tu fais fausse route mon garçon…
- Alors qui sont-elles ? ajouta-il, pendu à ses lèvres.
- La bonne question serait plutôt : que sont-elles ? D’après mes souvenirs, les Walless ne sont pas décrites comme étant humaines ! Ce sont des créatures ailées répugnantes. Elles sont redoutablement agressives et leurs serres sont meurtrières. Elles étaient très redoutées par les Athèques, car très intelligentes. (Elle marqua une pause comme pour se rappeler les détails de ce qu’elle avait lu des années auparavant). Après des décennies de conflits, les grands maîtres passèrent avec elles un pacte de paix et les hostilités cessèrent enfin. On raconte même qu’avec le temps, les deux races réussirent à coopérer en de rares occasions.
Malgré la stupeur provoquée par ces révélations, Eragon ne manqua pas de remarquer qu’une de ces « rares occasions » pouvait bien être la mission de protéger la pierre de volonté.
- Et savez-vous si elles existent toujours ?
- Sapristi non ! Si jamais ces créatures ont un jour foulé notre terre, il est sûr qu’aujourd’hui elles n’existent plus !
- Bien sûr, approuva Eragon, désireux de ne pas contredire la vieille dame.
Il espérait qu’elle se trompait mais il décida de changer d’approche pour essayer d’obtenir ce qu’il cherchait. Demander où se trouvaient jadis les Walless aurait probablement froissé son interlocutrice.
- Vous avez beaucoup étudié ce peuple, mais où était-il localisé au juste ?
- Tu l’ignores ? l’interroga-elle en fronçant les sourcils. Comment as-tu pu entendre parler des Athèques, alors même que tu ne sais pas où ils vivaient ?
Eragon paniqua. Devait-il mentir à cette femme au risque de s’enfoncer d’avantage ? Si elle s’apercevait qu’il n’était pas sincère, elle risquait de le mettre à la porte sans les informations qu’il cherchait.
Elle s’était penchée en avant et le fixait avec un regard perçant. Il comprit qu’il n’arriverait pas à l’abuser.
- En fait, j’ai trouvé une allusion à ce peuple dans un texte que j’ai lu. Mais ce récit était très fragmentaire et je ne sais que très peu de choses sur eux. D’où ma présence ici : en apprendre davantage !
- Je vois… dit-elle en se redressant sur son siège, sans quitter Eragon des yeux. En toute logique, je devrais te demander maintenant qu’est-ce qui te pousse à vouloir en savoir plus… Mais je sens que cette question t’embarrasserait et que tu serais probablement obligé de me mentir pour ne pas me révéler ce que tu me caches.
Le jeune homme tenta de dissimuler sa surprise : la perspicacité de la libraire l’impressionnait et il ne su quoi répondre. Il l’avait sous-estimé, lui qui pensait diriger la conversation pour l’amener là où il le souhaitait. Mais il s’aperçut qu’en réalité c’était elle qui maîtrisait les choses.
Esthéria fit balancer sa chaise à bascule, croisa ses mains sur son ventre et reprit la parole comme si de rien n’était, au grand soulagement de son invité.
- Les Athèques aimaient beaucoup voyager. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai dû sillonner tous les coins de ce qui est aujourd’hui l’Alagaësia. Ils se déplaçaient par petits groupes et cela pouvait durer jusqu'à une décennie. Ca leur permettait d’enrichir leurs savoirs, notamment grâce aux contacts avec les autres peuples des contrées environnantes. Mais l’essentiel des Athèques vivaient dans une région appelée Hankara, et lorsque les voyageurs rentraient au pays, ils étaient accueillis en héros.
- Où se trouve Hankara aujourd’hui ?
- Hé bien ce sont les terres qui s’étendent entre la cité de Narda, sur la côte ouest, jusqu’au lac Woadark, en passant par la ville de Teirm.
Eragon se représenta mentalement l’emplacement de cette région, et il se rendit compte que son immense étendue compliquait grandement sa tâche de recherche. Il s’était imaginé pouvoir retrouver les Walless en situant le village des Athèques, mais savoir que leur territoire s’étendait sur une si grande surface ne l’aidait pas du tout. L’information apportée par Esthéria ne lui servait à rien et une fois de plus il était dans l’impasse.
A court d’idée, il décida d’aller droit au but, quitte à froisser son hôtesse.
- Avez-vous une idée de l’endroit où vivaient les Walless ? Peut-être avaient-elles un repère ?
- Les Walless, si tant est qu’elles aient existé, sont décrites dans les récits comme une race à part entière. Elles vivaient regroupées par clan, comme une famille. Ces clans étaient disséminés sur toute la chaîne de montagnes que l’on appelle aujourd’hui La Crête. Mais elles ne vivaient pas à un endroit précis, comme tu l’espérais.
Elle regardait le jeune homme avec malignité, comme si elle attendait silencieusement qu’il se décide à passer à table.
Eragon ne savait plus quoi faire. Il avait épuisé les questions à poser sans révéler ses véritables intentions. Il s’était promit de ne pas mentionner la pierre de volonté, car son pouvoir pouvait attirer « toutes les convoitises », comme le mentionnait le texte. En même temps, n’ayant pas d’autres pistes, il ne pouvait se permettre de repartir bredouille.
- Esthéria, je ne vous ai pas dit toute la vérité… commença-il timidement. En réalité, la raison pour laquelle je veux en savoir plus sur les Athèques, c’est parce que je cherche à retrouver un objet qu’ils ont fabriqué : une pierre.
- La pierre de volonté ? demanda-elle avec un regard malicieux.
- Que… comment le savez-vous ?
- Tu n’es pas le premier qui se lance à sa recherche, et sache mon garçon, que tu ne seras pas le dernier ! A l’instant où tu as prononcé le nom Athèque j’ai su la raison de ta visite !
- Alors pourquoi m’avez-vous laissé tourner autour du pot ?
- Hé bien, je cherchais à savoir quels mensonges tu allais inventer pour avoir les informations que tu voulais.
- Je ne vous ai pas menti, coupa brusquement Eragon. Je ne vous ai pas dit toute la vérité, mais ce que je vous ai dit était bien vrai !
- Ne t’énerve pas mon garçon, l’apaisa-elle en levant une main vers lui. Je n’ai pas voulu t’offenser. Mais, vois-tu, beaucoup d’autres personnes sont venues me voir avant toi et elles ne reculaient devant aucune félonie pour obtenir des informations. J’ai même été agressée une fois et le détrousseur est parti avec les maigres recettes de la caisse.
- Jamais je n’oserais faire une telle chose ! s’indigna Eragon. Je suis venu vous demander votre aide et…
- Mais tu n’es pas le seul à avoir voulu mon aide. Je t’ai laissé parler afin de savoir en quoi tu étais différent des autres mercenaires qui ont paradé devant moi. Car c’est vrai, j’ai senti que tu n’avais rien du chasseur de trésor auquel je suis habituée. Tu m’as intrigué, et je ne sais toujours pas dire pourquoi. Enfin…
- Vous allez m’aider ? reprit Eragon d’un ton suppliant, après un long silence.
- Qu’est-ce qui motive ta quête ? dit-elle, se penchant en avant pour le sonder de plus près. Pourquoi veux-tu cette pierre ? L’appât du gain ?
- Non, pas du tout ! (Il baissa les yeux et hésita) Mon… mon frère est victime d’un sort. (Il leva les yeux et croisa de nouveau le regard pénétrant de la vieille dame) De plusieurs en fait… la pierre de volonté est le seul moyen pour le libérer de cette magie.
Il attendit patiemment que son interlocutrice cesse d’observer ses pupilles. Elle se redressa et, à la chiche lumière du soleil, Eragon cru discerner de la tristesse sur son visage.
- J’aurais voulu pouvoir t’aider mon garçon… hélas, je ne peux pas.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas où se trouve la pierre et je n’ai aucune information sur son emplacement.
- Mais pourtant…
- Pourquoi penses-tu que je me suis faite agresser ? Parce que la réponse que je donnais à chaque fois ne plaisait pas du tout ! Oui c’est vrai, j’en connais long sur ce peuple, mais une information aussi importante que celle-ci ne risquait pas d’être inscrite dans un livre à la portée de tous. Malgré la rareté de certains des textes que j’ai consulté, jamais je n’ai trouvé plus qu’une allusion à la pierre. Et rien qui puisse indiquer où elle était. Je suis vraiment navrée mon garçon. L’altruisme de ta quête ne change rien à son échec.
Eragon se dégonfla comme une baudruche. Esthéria avait parlé d’un ton compatissant, mais ces dernières phrases avaient sonné aux oreilles du jeune homme comme des insultes ignobles. Elle venait en quelques mots de réduire tous ses espoirs à néant.
En dépit de la force de son dragon et de la puissance de ses pouvoirs magiques, il ne pouvait plus rien faire aujourd’hui pour sauver son frère.
Son impuissance à agir le mis en colère. Après tout ce qu’il avait fait pour en arriver là, il échouait lamentablement. Pourquoi ne pouvait-il pas trouver un sort pour libérer Murtagh ? La magie était sensée accomplir des merveilles, non ? Alors pourquoi maintenant qu’il avait tant besoin d’un miracle, ne se produisait-il pas ?
La situation était désespérée : il ne pouvait délivrer son frère de ses serments, ni le maintenir éternellement dans l’inconscience et encore moins le relâcher. La seule autre option qu’il restait était tellement effrayante qu’elle lui donnait la nausée. Entre la mort et la servitude, il savait ce que Murtagh aurait choisi, mais comment trouverai-il le courage de tuer son aîné ?
Il se leva d’un bond et arpenta la pièce de long en large, déployant des efforts considérables de volonté pour ne pas jeter à terre tous les objets qui l’entourait.
Esthéria ramassa le plateau où reposaient les tasses de thé vides et l’emporta dans la cuisine. Dans les escaliers qui menaient à l’étage supérieur, elle minauda quelques paroles inaudibles aux oreilles du jeune homme, qui comprit à qui elle s’adressait lorsqu’il vit déboucher des marches un chat tigré.
Le félin lança à Eragon un regard qui lui rappela ceux dont le gratifiait souvent Solembum. Il prenait ce genre d’expression comme pour lui manifester son parfait désintérêt.
Eragon oublia le chat, qui s’installait paresseusement sur le canapé de velours et reprit son va et viens.
Soudain, il fut frappé d’une idée et fit volte face vers le chat. Lorsque Esthéria revint dans la pièce, elle le trouva en figé devant la contemplation de l’animal. Effrayée, elle s’empara du chat et le prit dans ses bras.
- Que se passe-il ?
Eragon cligna des yeux comme s’il sortait d’un rêve et s’excusa. Il se détourna et s’appuya contre l’embrasure de la porte séparant les deux pièces pour pousser sa réflexion.
Solembum ! Le chat-garou occupait toutes ses pensées à présent. Lors de leur première rencontre, il avait fait une révélation énigmatique au jeune homme et aujourd’hui ses paroles raisonnaient comme des carillons dans son esprit :
« Quand le temps sera venu où tu auras besoin d’une arme, cherche entre les racines de l’arbre dit Menoa. Et quand tout te semblera perdu, quand ton pouvoir te semblera inefficace, rends-toi au rocher de Kuthian et prononce ton nom : il t’ouvrira la Crypte des Âmes. »
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 6   Wed 24 Oct - 1:28

La première partie de cette prédiction s’étant déjà réalisée, il considérait la seconde avec le plus grand sérieux. Pourtant, rien dans cette deuxième partie ne faisait allusion à la pierre de volonté, mais s’il avait fait le rapprochement, c’est parce qu’il se sentait justement désemparé face à l’inefficacité de ses pouvoirs.
Il se retourna vers son hôtesse, qui s’était assise mais qui tenait toujours fermement le chat dans ses bras.
- Esthéria, est-ce que le terme Crypte des Âmes évoque quelque chose pour vous ?
- Non… je… hé bien… je ne sais pas. Je ne peux pas le dire avec précision tu sais, s’excusa-elle, j’ai lu tellement de textes dans ma vie que je ne peux me les rappeler tous avec précision.
- Mais vous ne savez pas si vous l’avez déjà rencontré quelque part ? insista le jeune homme.
Elle soupira et leva les yeux eu ciel, signe qu’elle réfléchissait intensément. Le jeune homme l’observa pendant un instant marmonner à voix basse, puis il se lassa et vint se rasseoir en face d’elle. Ils restèrent ainsi pendant un moment qui paru une éternité aux yeux du dragonnier, qui était dans un état de grande nervosité.
- Oui…
- Quoi ? demanda brusquement Eragon.
Elle le fixait dans les yeux maintenant et elle paraissait convaincue.
- Je suis sûr d’avoir déjà rencontré ce terme !
- C’est vrai ? Mais où ?
Elle soupira et hocha la tête.
- Ca c’est déjà plus difficile à déterminer… répondit-elle se parlant à elle-même. Il est question de lieux consacrés dans la compilation des écrits de Marvelka… ou peut-être dans les mémoires de Raïlos… à moins que ce ne soit dans les chroniques de Karkah.
Elle se leva d’un bond avant qu’Eragon ait pu répliquer, se dirigea précipitamment vers une étagère de gros livres, laissa ses doigts courir sur la tranche des volumes et en sortie un. Elle répéta l’opération trois fois et en sortit plusieurs volumes qui venaient s’ajouter aux piles surchargeant déjà la table.
Le jeune homme la regarda patiemment tourner les pages des manuscrits et s’arrêter de temps à autre pour lire quelques lignes. Lassé, il balada ses yeux sur le décor qui l’entourait et son regard fut attiré par une peinture, accrochée sur sa gauche. Elle représentait une jeune fille dont les longs cheveux roux ondulaient gracieusement autour de ses épaules. Son visage était illuminé par des pommettes saillantes et de grands yeux d’un bleu profond. Son regard rappelait beaucoup à Eragon celui d’Esthéria.
- C’est Annabelle ? demanda-il.
Elle jeta un œil par-dessus son épaule et se figea en voyant ce qu’il fixait. Posant le livre qu’elle avait dans les mains, elle se retourna et contempla un instant le portrait avec un air nostalgique.
- Oui c’est elle. Je me rappelle de ce jour. Elle fêtait ses 19 ans, je lui ai offert les services d’un peintre itinérant. Beaucoup de temps s’est écoulé depuis cette époque… aujourd’hui elle en a près d’une quarantaine d’année, mais elle n’a rien perdu de son charme… ma petite Annabelle…
- Ca fait longtemps que vous ne l’avez pas vu ?
- Ca va fait huit ans dans un mois.
- Tant que ça ? Mais pourquoi n’est-elle pas venue vous voir ? Ou bien vous ? Pourquoi n’êtes vous pas allée à Teirm ?
- Ho, elle a sa vie, et pour moi c’est un long voyage. Je ne vais pas en rajeunissant tu sais, marmonna-elle en reprenant son livre. Sans compter que je ne peux pas laisser la boutique fermée si longtemps et il n’y a personne pour me remplacer.
- Mais il ne me semble pas, pourtant, que les clients fassent la queue pour vos livres…
Elle ne répondit pas, donnant l’impression d’être trop absorbée par sa lecture pour l’écouter. Elle n’avait pas vraiment de quoi lui répondre et Eragon décida de ne pas insister.
Après un long laps de temps silencieux, elle ferma brutalement un gros volume faisant sursauter son invité et parti d’un pas pressé vers la pièce principale. Elle en revint avec deux nouveaux livres qu’elle ajouta aux autres. Ouvrant le premier, elle marqua une pause et tourna la tête vers Eragon.
- Tu sais mon garçon, plus j’avance et plus je suis convaincu d’avoir rencontré ce terme dans un de mes livres, mais le trouver risque de me prendre un certains temps, alors si tu as d’autres choses à faire en ville avant la tombée de la nuit, je te conseille d’y aller. Repasse dans la soirée, je pense qu’alors je devrais avoir avancé dans mes recherches.
- Vous êtes sûre que je ne peux pas vous aider dans vos recherches ? A deux, nous irions sûrement plus vite.
- Non mon garçon, je connais mieux mes livres que toi et j’irai plus rapidement seule, crois moi !
- Hé bien si vous le dîtes ! Je repasserai plus tard alors.
- Oui à plus tard, souffla-elle le nez déjà replongé dans son livre.
Le jeune homme se leva et fit sonner la clochette de la porte d’entrée en sortant.

Roran traversa le jardin luxuriant inondé de soleil à cette heure avancée de l’après-midi. Le ruissellement de l’eau dans la fontaine projetait sur les murs de la cour des rayons solaires multicolores. L’atmosphère avait un parfum d’été et les différentes variées de fleurs qui peuplaient le jardin embaumaient l’air d’effluves exquis. Mais Roran ne s’en émeut pas d’avantage. Il était plutôt contrarié et inquiet.
Il marcha d’un pas décidé à travers les longs corridors du palais. A force de les arpenter, il avait réussit à les distinguer et à présent, il les connaissait comme sa poche. Après une série d’escaliers, il arriva à destination et frappa à la porte, encadrée des deux gardes habituels. A l’intérieur, une voix féminine l’invita à entrer.
- Excusez-moi de vous déranger Dame Nasuada…
- Roran, c’est toi ? Entre je t’en prie ! Assied toi. (Il prit un siège en face d’elle) Je peux faire quelque chose pour toi ?
- Oui. Je voulais savoir si vous aviez eu des nouvelles de mon cousin ? Il est parti depuis près de trois jours maintenant… Quand vous êtes venue me voir, vous aviez seulement parlé d’une mission de messager… Ne devrait-il pas être revenu à l’heure qu’il est ?
Nasuada inspira profondément. Elle paraissait tendue elle aussi. Ses doigts faisaient tourner nerveusement avec ses bagues.
- Roran… je ne t’ai pas averti tout de suite car je ne l’ai su moi-même qu’après notre entrevue. Je n’ai pas voulu t’inquiéter inutilement alors…
- Quoi ? Que se passe-il ?
Il en était sûr. Il le savait. Quelque chose clochait et le comportement de Nasuada confirmait ses pires craintes. Il serait monté la voir bien plus tôt s’il s’était écouté, mais Katrina l’avait persuadé d’attendre qu’il y ait vraiment une raison de s’inquiéter.
- Dîtes moi !
Elle cessa le jeu avec ses anneaux et posa les mains bien à plat sur son bureau. Inspirant une nouvelle fois profondément, elle fixa Roran droit dans les yeux.
- L’autre jour, après t’avoir parlé, j’ai été très occupée à cause de différentes réunions consternant nos positions militaires. La guerre contre Galbatorix est loin d’être terminée, la situation change très vite, et je devais agir sur l’instant.
- Je comprends, mais qu’est-ce que ça à voir avec…
- Laisse moi terminer ! Avec cette journée chargée, je n’ai pas repensé à une chose que m’a dite Eragon avant de partir.
- Quoi donc ?
- Il m’a conseillé d’aller voir Angela… qu’elle avait quelque chose à me dire. Je n’y suis allé que le lendemain et effectivement elle avait des choses à me dire, affirma Nasuada, en insistant sur les derniers mots avec une amertume non dissimulée.
Roran attendit patiemment qu’elle continue, car il eut l’impression qu’en l’interrompant il ne faisait que la retarder.
- Elle m’a expliqué le plan qu’Eragon et elle ont mis en place avant son départ. Il m’a menti ! explosa-elle soudain, frappant du point sur la table et faisant sursauter le jeune homme.
- Comment ça ?
- Je l’avais envoyé là-bas uniquement pour avertir les villageois de la menace qui pesait sur eux, mais lui n’a pas pu s’en tenir à sa mission. Il a fallu qu’il désobéisse à un ordre direct et formel, en risquant sa vie !
Roran eut la nette impression que Nasuada ruminait cette colère en elle depuis quelque temps déjà et qu’elle ne pouvait plus la contenir d’avantage. Personnellement ça ne le dérangeait pas trop d’en être le témoin car au moins, il était sûr qu’elle ne lui voilerait pas la vérité sous de faux semblant.
- Qu’est-ce qu’il a fait au juste ?
- Il est partit avec la ferme intention de sauver son frère en le ramenant à la raison !
- Quoi ? Mais c’est de la folie !
- Oui je ne te le fais pas dire ! Il a déjà affronté Murtagh et il a été vaincu ! Si les choses ont mal tourné, alors il est plus que probable qu’à l’heure qu’il est, Eragon soit déjà entre les mains de Galbatorix…
- Non ! C’est impossible, s’enquit Roran, ébranlé. Pas lui…
- J’ai envoyé des cavaliers sur place, continua la chef des Vardens, sur un ton plus contenu, presque abattu, mais ils n’arriveront pas là-bas avant plusieurs jours. Quoi qu’il se soit passé, ils arriveront trop tard.
- Qu’est-ce qu’il lui a pris de faire ça ?
- D’après Angela, il se sentait coupable du sort de Murtagh et il refusait de l’abandonner. Je savais qu’il déplorait cette situation, mais je n’imaginais pas qu’il irai jusqu'à mettre sa vie et celle de Saphira en danger pour atteindre son but.
- Décidément, il trouve toujours le moyen de se fourrer dans les ennuis, conclu Roran, accablé.
- Je suis désolée Roran… et pas seulement pour ce qui arrive. J’aurais dû te mettre au courant plus tôt, mais j’entretenais encore l’espoir qu’il s’en tiendrait aux directives que je lui avais données et qu’il reviendrait dans les temps… mais il est inutile pour moi de continuer à me leurrer…
- Et si… (Il hésita) s’il avait réussi ? Je veux dire… il n’est pas idiot ! Il a toujours su se sortir des pires ennuis et vous l’avez dit vous-même : il avait un plan. Malgré sa témérité, je doute qu’il ait foncé tête baissée. On peut imaginer qu’il a réussi ce qu’il avait en tête, non ?
- Je suppose que tu as raison et je crains que toi et moi allons devoir nous accrocher à cette idée, en attendant d’avoir de plus amples informations.
Il hocha la tête. Dans l’état actuel des choses ils ne pouvaient rien faire d’autre qu’attendre.

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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 6 (fin)   Wed 24 Oct - 1:30

Lorsqu’Eragon dépassa la longue série de bosquets touffus, il arriva en vue du camp. Le soleil avait continué sa course à ouest et ne tarderait pas à disparaître derrière les cimes des montages adjacentes. Il avait erré en ville pour faire quelques petites emplettes, mais trouvant le temps long, il avait décidé de regagner le camp pour y attendre la tombée de la nuit.
Lorsqu’il déboucha dans la clairière, il y trouva Saphira lovée confortablement. Elle avait relevé la tête à son approche.
- Te voilà !
- Oui. Tout s’est bien passé ici ? Il n’y a pas eu de problème avec Thorn ?
Le dragon rouge était installé tout près de son dragonnier, en signe protecteur.
- Non, il n’a pas fait d’ennuis.
- Tu ne me demandes pas comment ça s’est passé ?
- Je n’en ai pas besoin… Cette fois-ci je t’ai suivi mentalement dans chacun de tes déplacements. J’ai tout vu et tout entendu !
- Mais pourquoi est-ce que je n’ai pas senti ta présence ? demanda le jeune homme déconcerté.
- Parce que je ne le voulais pas !
- Tu peux faire ça ?
- Petit homme, je suis une dragonne, ne l’oublie pas ! répliqua-elle malicieusement, comme si cette simple phrase valait de longues explications.
- Et pourquoi avoir fait ça ?
- Je voulais être sûr qu’il ne t’arrive rien… à chaque fois que je te laisse seul, tu trouves le moyen de te mettre dans les ennuis. Et puis je voulais aussi entendre chaque mot que prononcerait cette vieille dame. Ca t’aura évité de devoir m’en faire le récit…
Eragon perçu le malaise dans la voix de sa monture.
- Tu... tu ne me faisais pas confiance ? s’indigna-il. Tu pensais que je te mentirais si jamais je n’obtenais pas les réponses escomptées ?
Elle détourna son regard, fuyant celui du jeune homme.
- Mais non voyons, où vas-tu chercher tout cela ?
Eragon allait lancer une réplique cinglante, quand soudain il s’avisa de l’absence de Darriah.
- Où est Darriah ?
- Elle s’est éloignée il y a un moment, minauda la dragonne avec tristesse. Elle n’avait pas l’air bien. Tu devrais aller voir où elle est. Elle n’a pas pu aller bien loin.
- Oui, j’y vais, dit-il en s’emparant d’un paquet qu’il avait ramené de la ville.
Il prit la direction indiquée par Saphira et n’eut pas à marcher longtemps avant de détecter un bruit sur sa gauche. En même temps que le bruit de l’eau, il entendit les sanglots de son amie. S’avançant à pas feutrés, il l’aperçut assise les bras refermés sur ses genoux, au bord d’un ruisseau. Il l’appela doucement, peu désireux de l’effrayer. Elle leva néanmoins brusquement la tête et sécha ses larmes d’un revers de la main.
- Eragon ! Tu es revenu… Je ne t’avais pas entendu arriver.
Il s’assit à côté d’elle et l’observa prudemment. Elle fuyait son regard, le maintenant résolument tourné vers l’eau qui s’écoulait sous eux, dans le ruisseau.
- Est-ce que ça va ? finit-il par demander après un long silence pesant.
- Oui… je… c’est rien… t’inquiète pas… ça va passer… balbutia-elle.
- Si je peux faire quoi que ce soit…
- C’est juste… (elle hésita) Je repensais à ce qui s’est passé hier… Avec ma mère je veux dire…
Des larmes silencieuses se remirent à couler le long de ses joues et sa voix tremblait tellement qu’elle marqua un temps d’arrêt, pour essayer de reprendre sur un ton à peu près égal.
- Je la détestais… au moment où elle est morte je veux dire. Elle avait décidé de prendre les choses en main et elle voulait me marier à un type que je connaissais à peine. Nous étions en train de nous disputer quand Murtagh a frappé. Je lui ai dit que je la haïssais et elle est morte en pensant que c’est cette idée que j’avais d’elle ! Or, ce n’est pas vrai… même si elle a fait quelque chose d’horrible, elle était ma mère et je n’aurai jamais plus l’occasion d’arranger les choses. Elle était ma seule famille et aujourd’hui je n’ai plus personne ! Je suis seule au monde….
Incapable de poursuivre, elle enfouit son visage dans ses mains. Eragon posa un bras sur son épaule et l’attira vers lui, dans un geste réconfortant. Elle s’abandonna pleinement à sa tristesse dans cette étreinte et pleura longtemps.
En un sens, cela réconfortait Eragon de la voir enfin exprimer son chagrin. Retenir ses émotions enfouis au fond de soi trop longtemps, ne les rendaient que plus exacerbées lorsqu’elles finissaient par rejaillir.
Il resta auprès d’elle, tout du long, sans faire de commentaire, ni même ouvrir la bouche. Il savait que les mots seraient inutiles en cet instant et que sa présence était ce qu’il pouvait lui offrir de plus apaisant.
Elle finit cependant par se calmer et, se redressant, elle tourna de nouveau ses yeux rougit vers le cours d’eau.
Se rappelant de ce qu’il avait apporté, Eragon saisit le paquet qu’il avait posé sur l’herbe.
- Tiens c’est pour toi ! dit-il, lui tendant le paquet.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Des vêtements que j’ai achetés en ville pour toi. Les tiens ont été plutôt éprouvés par la journée d’hier.
Elle sourit spontanément à la plaisanterie en voyant l’état pitoyable des habits qu’elle portait. L’éboulement de sa maison, l’incendie et sa chute du dos de Saphira en avait fait des haillons, moitié brûlés, moitié déchirés.
- Merci. J’en ai effectivement grand besoin.
- Et peut-être qu’une toilette de serait pas de trop, sourit-il en désignant son visage, dont les larmes avaient tracé des sillons au milieu des tâches de poussières accumulées sur son épiderme.
Une fois encore, elle sourit et hocha la tête. Il se leva et s’apprêta partir pour la laisser se restaurer en paix lorsqu’elle le rappela.
- Eragon ! Merci... murmura-elle simplement, le regardant droit dans les yeux.
Il lui sourit et inclina légèrement la tête en signe de compréhension.

Il revint auprès de Saphira et s’avisa que le soleil était presque couché. Il serait bientôt l’heure d’administrer une nouvelle dose de potion à Murtagh, les douze heures étant presque écoulées. Pendant qu’il cherchait dans son sac la fiole, il sentit peser sur lui le regard lourd de Thorn. Celui-ci devait savoir ce qu’il s’apprêtait à faire, et Eragon espérait qu’il ne ferait pas autant de difficultés que le matin même, car il n’avait ni l’envie ni la force d’argumenter à nouveau sur les raisons de leur mission.
Il trouva le flacon qu’il cherchait. Il prit dans une des sacoches de Saphira, posées près de lui, une tasse et une gourde d’eau. Il remplit à moitié d’eau le gobelet, et y versa cinq gouttes de la potion, ni plus ni moins, selon les instructions d’Angela. Quand il approcha de Murtagh, Thorn, blotti à ses côtés, lui lança un regard perçant, presque menaçant.
- Il est l’heure. Je dois lui faire boire ça.
Thorn le dévisagea un instant sans dire un mot. Mais il n’esquissa pas un geste quand Eragon se pencha vers son frère.
- Ne me regarde pas comme ça. Ca ne m’amuse pas plus que toi de devoir faire ça ! Mais je n’ai pas le choix et tu le sais.
Le dragon poussa un grognement.
Relevant la tête de son aîné, Eragon porta à ses lèvres la tasse et laissa lentement s’écouler le liquide. Une fois le verre vidé, il étendit Murtagh sur l’herbe et lui remonta jusqu’au menton la couverture que Darriah avait eut la bonne idée d’utiliser.
Il retourna auprès de ses affaires et en sortit le nécessaire de cuisine pour préparer le dîner.

Alors qu’il s’évertuait à allumer un feu, Darriah sortit d’un bosquet et vint à sa rencontre. A la lueur rosée des derniers rayons du soleil, ses cheveux bruns mouillés étaient détachés et ondulaient follement autour d’elle. Elle portait la jupe, simple mais élégante, que lui avait acheté Eragon, ainsi qu’un corsage lacé sur le devant, qui mettait ses formes en valeur.
Elle s’assit en tailleur auprès du feu naissant, visiblement grelottant de froid dans la fraîcheur croissante du crépuscule. Eragon retira sa veste et lui tendit avec un sourire.
- Tiens, prends la. La température descend vite par ici. (Il baissa les yeux) Et puis, dans ma presse de revenir au camp, je n’ai même pas songé à t’acheter un manteau digne de ce nom.
- Merci, ça ira très bien ne t’inquiète pas. Mais toi tu ne risques pas de prendre froid ?
- Non ça ira. Tu sais, le village où j’ai grandi était bien plus au nord et le climat y était bien plus rigoureux qu’il ne l’est ici.
Elle acquiesça, s’emmitoufla du vêtement et reporta son attention sur les flammes qui crépitaient entre eux. Eragon se tourna vers sa dragonne.
- Tu peux aller chasser si tu le veux. Je resterai ici jusqu'à ton retour.
- Tu es sûr ?
- Oui. Esthéria n’attend pas mon retour avant ce soir, alors j’ai encore le temps de dîner avant d’y aller. Vas-y sans crainte.
Saphira déploya ses ailes et prit son envol provoquant autour des jeunes gens une bourrasque de vent. Eragon la suivit des yeux à travers le ciel où apparaissait les premières étoiles, jusqu'à ce qu’elle devienne un minuscule point bleu et qu’il la perde de vue.


A SUIVRE...
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 7   Sat 27 Oct - 21:04

Chapitre 7


Lorsqu’Eragon pénétra dans la cité, les étoiles brillaient déjà au dessus de lui. La lune bien haute dans le ciel, éclairait faiblement la ville de sa lumière fantomatique.
Le jeune homme essaya de se repérer dans les rues sombres qu’il arpentait. Il avait la drôle d’impression de ne pas être dans la même cité tellement le contraste entre le jour et la nuit était frappant. Alors que dans l’après-midi les rues étaient bondées et bruyantes, maintenant elles étaient désertes et lugubres.
A l’approche d’une taverne, les quelques lampes qui éclairaient l’avenue principale lui permirent de distinguer des soulards qui tanguaient comme s’ils se trouvaient à bord d’un navire en pleine tempête et des filles de joie qui aguichaient les rares passants. Malgré l’obscurité, il réussit à retrouver son chemin lorsqu’il repéra la vieille fontaine poisseuse. Il s’engagea dans les petites ruelles qu’il avait emprunté plus tôt dans la journée.
En chemin, les seules personnes qu’il croisa furent deux vagabonds à l’allure douteuse qui marmonnaient dans un coin. Il continua sans leur accorder d’attention et s’engagea dans la ruelle étroite qui débouchait sur la traverse des antiquaires.
Le bruit de ses bottes martelant le pavé usé résonnait sinistrement. Cette atmosphère pesante le rendait de plus en plus mal à l’aise et le contact rassurant de son épée au côté ne suffisait pas à le tranquilliser.
Sans signe avant coureur, la cicatrice de sa paume se mit à le picoter désagréablement. Il baissa les yeux dessus et la frotta du bout des doigts. Les rares fois où cela lui était arrivé, c’était pour l’avertir qu’un danger imminent le menaçait.
Prit de panique à l’idée de voir surgir d’un instant à l’autre des urgals, il regarda tout autour de lui, perçant de ses yeux l’obscurité, mais il ne vit rien d’anormal. Le vent froid lui charriait les odeurs iodées de l’air marin et les échos d’une bagarre lointaine lui parvenait.
Peu rassuré, il marcha vers la sortie de la ruelle mais celle-ci se retrouva d’un coup obstrué par les corps massifs de deux gaillards.
- Salut mon gars ! lâcha l’un d’eux d’une voix rauque. S’tu veux pas d’ennuis, tu ferais ben d’vider gentiment tes poches et d’nous donner c’que tu as.
Instinctivement, Eragon songea à faire marche arrière et à foncer dans l’autre direction au pas de course, mais il ressentit, avant de les voir ou de les entendre, deux autres personnes dans son dos. Il fit volte face et reconnut les deux vagabonds qu’il avait croisé une minute plus tôt. Il tenta de dégainer son épée, mais avant qu’il ait pu l’atteindre, deux des malfrats se jetèrent sur lui en lui empoignaient fermement les bras.
- Arrêtez ! Lâchez moi ! hurla-il, se débattant comme un forcené.
- La ferme ! siffla à son oreille, celui qui lui maintenait le bras droit.
Il saisit un poignard et lui appliqua sous la gorge. Sentant le contact glacé de la lame, Eragon cessa de s’agiter. Alors qu’il réfléchissait à toute vitesse pour trouver le moyen de se sortir de là, il sentit deux mains lui fouiller les poches, et le délester de la bourse remplie de pièce que lui avait confié Angela. Le plus costauds des hommes déboucla la ceinture de son fourreau et lui retira son épée.
Profitant de la proximité d’un de ses agresseurs, Eragon lui décocha un formidable coup de pied dans les parties basses, le mettent derechef à genoux. Mais le jeune homme n’eut pas le temps de se réjouir, car il reçu un violent coup au crâne qui lui fit voir trente-six chandelles. Désorienté, il se serait probablement écroulé si des bras puissant ne le retenaient pas, aussi sûrement que des étaux de fer.
Il tenta de reprendre ses esprits mais le monde tournait atrocement autour de lui. Il avait vaguement conscience des rires gras dans son sillage ainsi que des effluves pestilentiels de sueur et d’alcool, mais il les ignora pour se concentrer sur la résistance familière au plus profond de lui, derrière laquelle se cachait la source de ses pouvoirs. Privé de son arme et immobilisé comme il l’était, son seul recoure à présent était la magie.
Il cherchait les mots justes qui lui permettraient de se débarrasser d’eux sans les tuer lorsque l’homme qu’il avait mis à terre se releva soudain et cogna Eragon violemment à l’estomac : une fois, puis deux… Les rires redoublèrent.
Tentant de reprendre son souffle, malgré son abdomen en feu, Eragon réussit à articuler le mot suivant :
- Blöthr* !
Brusquement, le poing de l’agresseur levé et prêt à frapper de nouveau s’arrêta en plein vol. Le scélérat fut incapable de bouger sa main serrée, comme si elle était retenue par un mur de pierre invisible. Il tenta vainement de remuer son bras qui refusait de lui obéir. L’expression d’ahurissement qui se lisait sur son visage et celui de ses compagnons, procura au jeune homme une telle satisfaction, qu’il retrouva suffisamment de contenance pour enchaîner :
- Thrysta* !
Les quatre hommes se retrouvèrent projetés à plusieurs pieds de distance, dans toutes les directions. Peu désireux de les affronter l’un après l’autre, Eragon décida d’opter pour une solution plus simple et radicale : leur faire peur.
- Brisingr*! clama-il.
Une boule de feu se mit à tournoyer au creux de sa paume sans l’effleurer. Sa lumière bleutée se mêlait harmonieusement à la lueur brillante de sa cicatrice.
- Vous vous en êtes pris à la mauvaise personne cette fois-ci. Et cela va vous coûter la vie ! Je vais tous vous brûler vif et je me délecterai de vos hurlement d’agonis.
- D…Désolé, beugla le type le plus proche. Faites pas ça ! P...Pitié !
- Vous en avez eu vous de la pitié pour ceux que vous avez dépouillé et malmené ? Et qui me dit que vous n’avez pas déjà été jusqu’au meurtre ?
- Non, m’sieur, balbutia un second, on vous s’orai pas fait d’mal si vous étiez resté tranquille…
- Et qu’avez-vous fait à ceux qui ne se sont pas laissé faire ?
- On a jamais fait plus que les tabasser...repris le premier.
- Juré mon seigneur, continua un troisième, hochant vigoureusement la tête.
- Laissez-nous partir !
Eragon remarqua la dénomination de « seigneur » dont ils le gratifiaient à présent. Voir un changement si radical dans leur comportement l’impressionnait, mais il ne devait pas s’en étonner : la magie provoquait souvent ce genre de réactions craintives.
- Toi ! dit-il désignant le quatrième homme. Rends-moi mes effets !
- Tou’suite mon seigneur ! répondit-il en déposant à ses pieds l’épée et la bourse de pièces qui clinqua lorsqu’elle rencontra le sol.
- Et maintenant vous allez tous me fiche le camp d’ici ! Et que je ne vous revois plus voler, piller ou brutaliser des gens, parce que cette fois il n’y aura aucune clémence et vous goûterez à la douce chaleur de mes flammes !
Sans demander leur reste, les quartes bandits prirent la poudre d’escampette, disparaissant dans les nimbes de la nuit.

Malgré la douleur lancinante qui lui vrillait sa nuque et se propageait dans tout son crâne, Eragon réussit à retrouver le chemin de la librairie. Ce qu’il y découvrit à son arrivé le stupéfia : il n’avait plus sous les yeux la vieille échoppe lugubre et poussiéreuse, mais une boutique d’aspect certes rustique et quelque peu délabrée mais d’un charme non négligeable. Les lampes de toute la pièce avaient été allumées et répandaient leur douce lumière sur les livres à dominante vert émeraude et bordeaux. Ainsi éclairée, la salle paraissait bien plus accueillante et agréable qu’en plein jour.
Il entendit avant de la voir, Esthéria qui s’affairait dans l’arrière boutique. Quand elle vint à sa rencontre, il la vit les bras chargés, non pas de livres comme il s’y attendait mais de vêtements. Il repéra alors deux malles posées près de l’entrée et une troisième encore ouverte reposant sur une chaise à proximité du comptoir.
- Ah te revoilà ! s’exclama-elle en pliant ses affaires avant de les ranger, tu arrive bien tard…
- Je suis désolé d’être en retard mais j’ai rencontré quelques soucis en chemin. Vous allez quelque part ?
- Oui je pars en voyage !
- Où ça ?
- A Teirm !
- Vraiment ? Mais… qu’est-ce qui vous a décidé si vite ?
- Ce que tu as dit j’imagine !
Eragon repéra immédiatement un changement dans le ton de la vieille dame. Elle qui paraissait si calme et posée l’après-midi, parlait d’un ton rapide et sec, et ses gestes désordonnés soulignaient une certaine agitation. Sans compter sa précipitation soudaine à vouloir partir en voyage, elle qui hésitait depuis de si nombreuses années.
- Est-ce que ça va ? s’inquiéta-il. Vous n’avez pas l’air bien…
- Ho je vais très bien ! dit-elle en se retournant si brusquement qu’elle emporta dans son sillage la malle qui se renversa en répandant sur le sol son contenu. Ho ! Que je suis maladroite !
Eragon se précipita pour l’aider et, de plus près, il s’aperçut que les mains de la libraire tremblaient violemment.
- Vos mains…
- Ce n’est rien ! Ne t’inquiète pas…
- Esthéria… vous n’allez pas bien et je le vois… que se passe-il ?
Sans prévenir, elle éclata en sanglot. Eragon la saisit par les épaules et l’aida à s’asseoir sur la chaise.
- Racontez moi. Que s’est-il passé ?
Elle se saisit d’un mouchoir dans son tablier et tamponna ses yeux avant de murmurer d’une voix hésitante.
- Quelques temps après ton départ, Dristho, un ami à moi est passé me voir. Il est commerçant et voyage beaucoup le long de la côte. Il lui arrive de me donner des nouvelles de ma fille lorsqu’il passe la voir. Et c’est ce qu’il est venu faire… me donner de ses nouvelles…
- Et ? l’encouragea-t-il.
- Elles ne sont pas bonnes du tout, répondit-elle en cédant à une nouvelle crise de larme.
Eragon saisit un mouchoir dans la malle ouvert et le tendit Esthéria.
- Il lui est arrivé quelque chose ?
Elle hocha la tête, incapable de parler. Eragon patienta un instant qu’elle se calme.
- Il y a eu un incendie, reprit-elle secouée de spamme incontrôlable. Un énorme incendie qui a ravagé le port… et il a atteint la maison d’Annabelle… Dristho m’a expliqué que les bâtiments du port étaient en mauvais état… à cause de l’humidité qui a rongé le bois au file du temps… La… la force des flammes à fait s’écrouler rapidement un grand nombre de bâtisses… dont celle de ma petite fille… (De nouvelles larmes s’écoulèrent, hâtivement séchée par le mouchoir humide) Elle… elle a été ensevelis sous les décombres ! Ma petite fille chérie…
Cette nouvelle affecta profondément Eragon et pas seulement à cause du sort d’Annabelle, mais surtout parce qu’il n’avait aucun doute sur l’origine de cet incendie : Roran et les autres l’avaient allumé pour couvrir leur fuite.
Il sentit poindre en lui un élan de compassion et d’affection pour la vieille dame, en réponse à l’horrible sentiment de culpabilité face à la débâcle de son cousin.
- Elle est … hésita-t-il.
- Non ! Elle n’est pas morte… maugréa-elle en essayant de nouveau ses yeux. Dristho est venu m’avertir qu’il l’avait retrouvé dans un refuge où plusieurs guérisseurs soignent les blessés les plus graves.
- C’est… je… je suis tellement désolé…
Esthéria releva la tête et regarda le jeune homme avec un semblant de sourire affectueux.
- Tu n’as pas à t’excuser. Tu n’y es pour rien de toutes manières. Et puis… Dristho m’a assuré que ce n’était pas si grave que cela. Elle n’a pas été touchée par les flammes et les blessures dont elle souffre ne sont consécutives qu’à l’effondrement.
- Mais… si ce n’est pas si grave, pourquoi est-elle gardée parmi les malades les plus graves ?
Esthéria baissa les yeux et les garda résolument fixés sur ses mains.
- D’après les guérisseurs qui s’occupent d’elle, sa tête est ce qui a le plus souffert. Et elle ne s’est toujours pas réveillée depuis l’accident. Voila pourquoi je pars aussi précipitamment… ma place est auprès d’elle. Dristho a proposé de m’y emmener dès le levé du jour.
- Je comprends et je suis vraiment désolé de ce qui vous arrive…
Elle releva la tête et posa sur lui son regard d’une profonde intensité.
- Je te remercie de ta sollicitude. Elle me va droit au cœur.
- Je vais vous aider à ranger tout ça, dit-il en s’emparant d’une poignée de linge.
- Merci.
Elle ramassa une robe puis se tourna soudainement vers lui.
- Mais au fait ! s’exclama-elle. Tu es venu ici pour une raison ! Les livres …
Elle vira son regard vers la réserve.
- Ho, je me doute bien qu’au milieu de toute cette agitation, vous n’ayez pas eu le temps de chercher…
- Mais si ! coupa-elle. En réalité, j’ai eu un peu de temps pour farfouiller dans mes ouvrages avant la venue de Dristho !
Elle se releva précipitamment et disparut dans l’arrière salle. Elle en revint avec un livre de taille moyenne, assez épais. Elle le déposa sur le comptoir et l’ouvrit au marque page qui dépassait.
- Voilà, c’est ici ! Je savais bien que j’avais lu ce terme quelque part et malgré que ma mémoire me joue parfois quelques tours, je ne suis pas devenue gâteuse pour autant ! dit-elle fièrement.
Eragon sourit. Il était heureux de constater que la vieille dame avait retrouvé son entrain, et impatient de savoir ce qu’elle avait découvert. Elle pointa le doigt sur une ligne et il y lut les mots suivants :
« … les esprits des anciens demeurent dans la crypte des âmes et seuls les âmes pur peuvent y pénétrer…»
- Les âmes pures ? Qu’est-ce que ça signifie ? demanda-il perplexe.
- Je me suis posée la même question et j’ai trouvé la réponse un peu plus loin.
Elle tourna deux pages et pointa après réflexion une nouvelle ligne qu’Eragon déchiffra :
« Ames pure : non souillée par le sang. »
- Et … vous savez ce que ça signifie ?
- Je n’en ai pas la moindre idée. Je n’ai pas pu pousser mes recherches. J’espère néanmoins que cela pourra t’aider. Je te pris de m’excuser maintenant mais j’ai encore quelques affaires à rassembler.
Elle se retira le laissant seul face à la contemplation du manuscrit.


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* Blöthr = cesser ou s’arrêter.
* Thrysta = pousse ou tasser.
* Brisingr = feu




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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 7   Sat 27 Oct - 21:07

En retournant les éléments dans son esprit, Eragon n’avait aucun doute : la pierre de volonté devait se trouver dans la crypte des âmes ! Sinon pourquoi en serait-il fait mention dans des écrits portant sur le peuple Athèque ? Ce n’était pas une coïncidence s’il s’était rappelé des paroles de Solembum précisément à ce moment là. Non, il devait s’agir de la réponse à son problème, du moins s’y raccrochait-il aussi fort que possible.
Il relut les passages désignés par la libraire pour essayer d’en comprendre toute la portée et poursuivit sa lecture au delà pour chercher un élément de réponse sans rien trouver de plus.
« Les esprits des anciens demeurent dans la crypte des âmes… » qu’est-ce que ça signifiait ? Devait-il s’attendre à rencontrer des fantômes dans cette crypte ? Rien que d’y penser, il en eut des frissons. Et que pouvait bien vouloir dire l’expression « non souillée par le sang » qui désignait une âme pure ? Il espérait pouvoir résoudre cette énigme avant d’arriver devant la crypte, si tant est qu’il y arrive un jour.
Esthéria le tira de ses pensés lorsqu’elle revint dans la pièce avec un nouveau tas de linge plié entre les bras.
- Vous voulez un coup de main ? proposa-t-il.
- Non ça ira mon garçon, répondit-elle en rangeant le tas. Avec ceci, je peux enfin clore la dernière malle. (Elle regarda autour d’elle comme ébahie) Hé bien ! Le moins qu’on puisse dire c’est que je ne voyage pas léger.
Eragon sourit en observant les deux malles près de la porte et celle posée devant lui.
- Oui en effet. Mais pourquoi avez-vous besoin d’autant de choses ?
Elle leva les mains en signe d’impuissance. Elle devait sûrement avoir du mal à se résoudre à abandonner certaines choses, car il était clair qu’elle partait là pour un voyage qui durerait des semaines voir plusieurs mois.
- Tien donc ! s’exclama-elle en fixant son épée.
Eragon s’aperçu alors que son arme était à la vue de tous, n’étant plus cachée par son manteau long qu’il avait prêté à Darriah. Jusque là, ça n’avait pas posé de problème, étant donné l’obscurité qui l’avait enveloppé, mais ici, à la vive lumière des lampes, le cuire noir lustré de son fourreau accentuait la présence de son arme à son côté.
- Tu portes une épée ? Je ne l’avais pas remarqué. C’est étonnant de voir quelqu’un tel que toi aborder une lame aussi longue.
Eragon éprouva une certaine honte d’avoir introduit une arme dans la librairie, mais il n’avait pas d’autre choix, il devait se protéger. Il releva la tête vers elle, prêt à affronter son courroux mais il vit avec étonnement que les yeux de la vielle dame ne reflétaient aucun reproche. Mieux encore, il croyait y lire un intérêt prononcé pour son arme. Il l’interrogea du regard.
- Je te pris d’excuser mon impolitesse. Mais vois-tu, durant mes voyages j’ai rencontré tellement de gens différents qu’il était parfois difficile d’établir le contact et d’obtenir leur confiance afin qu’ils me laissent consulter leurs archives. Néanmoins, j’ai repéré une constante chez tous les peuples, village et région que j’ai visité : les hommes, pour la plupart aiment leurs armes, et si ce sont des guerriers, alors ils peuvent en parler durant des heures, que ce soit de la manière de les entretenir ou des meilleurs techniques pour les utiliser…
- Où voulez-vous en venir ? l’interrompit Eragon, qui commençait à connaître la tendance de la libraire à s’égarer loin d’un sujet, si peu qu’on lui en laisse le loisir.
- Hé bien, ayant compris cet état de fait, j’ai commencé à m’intéresser aux armes de tous types afin d’avoir un sujet de conversation universel. Sans m’en apercevoir, j’ai fini par m’y intéresser réellement et au fil du temps je suis devenue une experte en la matière.
- Je vois…
- Est-ce que… je pourrai… enfin si tu n’y vois pas d’inconvénient, demanda-elle hésitante, en tendant la main.
- Bien sûr, approuva-t-il en sortant la lame de son fourreau.
Il la lui tendit et elle eut quelques difficultés à la soulever lorsqu’elle s’en saisit.
- Incroyable… c’est bien ce que je pensais. Mais j’ai du mal à comprendre comment elle est arrivée entre tes mains.
- Quoi ? De quoi parlez-vous ?
- C’est une épée de dragonnier !
- Mais… mais… comment le savez-vous ?
- Elles ne sont pas très difficiles à reconnaître avec leur lame longue de couleur vive.
Il essaya vainement de dissimiler son ébahissement. Il pensait que ce savoir s’était presque perdu avec le temps, mais il ne devait pas s’étonner qu’une personne aussi cultivée qu’elle le sache avec tous les livres qu’elle avait lu, parmi les plus rares d’Alagaësia.
- Comment l’as-tu obtenue ?
- Heu… c’est une longue histoire, éluda-t-il.
- Très bien garde tes secrets. Mais si tu détiens cette épée de pleins droits, alors tu devrais connaître la signification de l’inscription sur la lame n’est-ce pas ?
Une fois de plus, Eragon eut la désagréable sensation d’être mené par le bout du nez. Ca devait probablement être le cas car la question de la libraire comportait un piège : s’il disait qu’il connaissait la réponse, elle lui demanderai sûrement la traduction, qu’il était incapable de fournir. Si en revanche il répondait qu’il l’ignorait, alors elle penserait qu’il était un voleur. Que faire ?
Mais après tout, si lui ne le savait pas alors qu’il parlait l’ancien langage, qui le saurait ? Elle devait bluffer.
- Bien sûr que non ! Qui donc pourrai lire un tel langage ? C’est quoi d’ailleurs comme langue ? Vous le savez-vous ?
- Evidemment que je le sais, je ne te poserai pas la question sinon !
- Ha vraiment ? Alors je vous écoute ? Que signifie cette inscription ? demanda-il pour la pousser dans ses retranchements.
Elle observa de plus près la lame. Eragon s’amusa intérieurement à la voir gagner du temps pour ne pas admettre qu’elle n’en avait aucune idée. Elle reporta son regarda sur lui.
- Oui… l’inscription est sans aucun doute possible le nom de la lame.
- Sans vouloir vous offenser, je l’avais déjà deviné par moi-même.
- Ha oui, alors si tu es si doué, tu auras aussi remarqué que c’est de l’ancien langage.
Le léger sourire qui flottait sur les lèvres du jeune homme s’effaça instantanément. Comment pouvait-elle affirmer une chose pareille ? Il savait que ce n’était pas vrai puisque lui n’arrivait pas à lire l’inscription. Mais entendre son interlocutrice parler de l’ancien langage n’était pas normal pour une simple mortelle. Lui-même n’avait appris son existence que grâce à l’enseignement de Brom.
- Comment connaissez vous l’existence de cette langue ?
Elle leva un sourcil interrogateur à son intention.
- Je pourrais te retourner la question. Il est normal que je connaisse l’ancien langage étant donné que c’est cette langue que parlaient les Athèques. En revanche, toi qui prétendais ne savoir presque rien, je te découvre de nouveaux talents.
Quel idiot ! Il n’avait pas pensé qu’à l’époque à laquelle avaient vécu les Athèques ils devaient parler et écrire le langage ancien. Alors se pourrait-il que la vieille dame ne mente pas en affirmant savoir ce que voulait dire la mystérieuse inscription ?
- Vous savez vraiment ce que ça signifie, demanda-il septique.
- Ca t’intéresse tant que ça ?
- Oui !
- Et si nous faisions un compromis ? Je te dis ce que cela signifie si tu me dis de quelle manière tu es entré en sa possession.
- Baliverne ! Vous l’ignorez ! Sinon vous me le diriez !
- Et c’est ce que je ferais, dès que tu aura satisfait ma curiosité !
- Désolé, je ne suis pas intéressé.
A cet instant, la porte de la librairie s’ouvrit, laissant passer un homme de haute taille vêtu de sombre et à forte carrure. Par instinct de survit, Eragon s’empara de l’épée des mains d’Esthéria et la pointa sur l’intrus qui eut un mouvement de recul.
- Ho du calme ! l’interpella la libraire, lui abaissant le bras. C’est un ami.
- Qui c’est ? demanda le nouveau venu.
- Je te présente Eragon, il est venu me demander mon aide pour une recherche. Eragon, je te présente, Dristho, mon ami de longue date.
- Désolé. Je vous ai pris pour un malfrat. Cela n’aurait pas été ma première rencontre de ce genre ce soir, ajouta-il à mi-voix.
- C’rien mon gars, pas d’mal. T’as d’bons réflexes, t’sais !
- Merci.
- Je vois que tu ne fais pas qu’aborder cette épée fièrement pour en mettre plein la vue… tu sais aussi t’en servir, le complimenta la libraire. (Elle se tourna vers son ami) Mais dit-moi, que fais-tu ici à cette heure-ci ? Ne devions nous pas partir à l’aube ?
- Ouais, mais y’a un changement d’programme. J’ai reçu une livraison urgente d’un très bon client qui m’oblige à partir tout d’suite.
- Maintenant ? Mais il fait nuit, tu n’y verras rien !
- T’inquiète pas pour ça, la lune et haute et pleine. Sa lumière nous suffira.
- Hé bien si tu le dis, je te fais confiance.
Elle ajouta un dernier châle dans la valise et la referma d’un coup sec. Dristho s’en saisit et la déposa avec les deux autres à l’entrée.
- J’vois qu’ça va mieux, fit-il. Quand j’t’ai quitté t’aleur, t’avais pas bonne mine. C’était un peu normal avec c’qui arrive.
- Hé bien je pense que tu peux remercier ce jeune homme ! dit-elle en désignant Eragon. C’est lui qui m’a remonté le moral et c’est vrai que ça va un peu mieux. Je me sens prête à faire ce voyage. Voilà tellement de temps que j’aurai dû l’entreprendre… J’espère juste qu’il n’est pas trop tard, conclu-elle avec une certaine amertume.
- On peut y’aller ? T’as rien oublié ?
Elle regarda autour d’elle avec un regard mélancolique. Elle se dirigea vers le comptoir, se saisit d’une pancarte et l’accrocha à la porte l’entrée, de sorte que les gens de l’extérieur puissent bien la voir.
- Quoi ? se défendit-elle sous le regard interrogateur de ses deux invités. D’accord je n’ai pas beaucoup de clients… mais il faut bien que je les informe de mon absence !
Dristho se saisit des malles et commença à les emporter dans la rue pendant qu’Esthéria soufflait les lampes. Alors qu’elle éteignait la dernière, une lumière s’alluma dans l’esprit d’Eragon.
- J’allais oublier de vous demander une dernière chose !
- Oui ?
- Est-ce que vous savez où se trouve le rocher Kuthian ?
- Kuthian ? répéta-elle, un index sur les lèvres. Kuthian… Kuthian… Non, ce nom ne me dit rien.
- D’accord, soupira-t-il avec déception.
Une nouvelle énigme à résoudre : encore une ! Décidément, pourquoi les choses se compliquaient toujours ?
« Rien n’est jamais facile ! » intervint une voix dans sa tête.
« Saphira ? C’est toi ? »
« Bien sûr, qui d’autre ? »
Le jeune homme sourit intérieurement. Même lorsque les choses allaient mal, entendre la voix de sa dragonne et la sentir à ses côtés le réconfortait toujours.
- Merci quand même pour tout ce que vous avez fait ! Vous m’avez été d’un grand secours !
- Hé bien je n’ai pas fait grand-chose, mais si tu considère que le peu que j’ai fait a de la valeur, alors j’accepte ta gratitude avec joie. Et désolé pour ton rocher Kuthian… mes connaissances ont manifestement des limites.
- Ho ce n’est rien, je finirai bien par le trouver un jour ou l’autre…
- Kuthian ? intervint Dristho récupérant la dernière malle. Qu’est-ce que c’est ?
- Le nom d’un rocher.
- Ho tu parles de ce Kuthian là !
- Comment ? l’interrogea Eragon avec des yeux grands ouverts et pleins d’attention. Vous le connaissez ?
- Pas vraiment, mais j’en ai entendu parler ! Ct’un vieux nom ça, Kuthian ! Maintenant on l’appelle pu comme ça ! C’que tu cherches c’est le pic denté ! On l’dit comme ça à cause d’sa forme !
- Et vous savez où il se trouve ?
- Ben ouais, j’suis passé pas loin quelques fois. On l’voit d’loin. Y fait partie de ces maudites montages de la Crête. Il est juste au dessus du lac Fläm et il le cache d’sa sale face noirâtre.
Eragon se souvint de ce lac : il ne l’avait jamais vu, mais il savait qu’il se trouvait au sud ouest de Daret, l’une des villes qu’il avait traversé avec Brom lors de son premier voyage, quand il traquait les Ra’zacs.
- Je vois où c’est maintenant ! MERCI ! s’écria-il en s’emparant de la mains du commerçant pour la serrer chaleureusement.
- Du calme mon gars, n’importe qui aurait pu t’le dire !
- Mais c’est vous qui l’avez fait et c’est ça qui compte !
- Ben de rien, fit-il en inclinant légèrement la tête. Esthéria, faut vraiment y’aller là!
- Oui ! (Elle jeta un dernier regard circulaire autour d’elle) On peut partir maintenant !
Ils sortirent dans la nuit, encore assez froide pour la saison, et regardèrent la libraire fermer à double tour de la porte de sa boutique. Dristho l’aida ensuite à s’installer à l’avant de la carriole où s’entassaient diverses marchandises recouvertes d’une bâche.
- Hé bien c’est ici que je vous quitte, dit Eragon en les toisant d’en bas. Faite un bon voyage et soyez prudent ! Les routes sont dangereuses de nos jours.
- Pas d’problème mon gars ! Les routes ça m’connaît !
- Ho fait Eragon, lança la vielle dame. L’inscription sur ton épée… elle se lit Wyz’rada. C’est un mot très antique de l’ancien langage qui se prononce d’une autre manière aujourd’hui. En réalité Wyz’rada à évolué pour devenir le mot Wyrda qui signifie…
- Destinée ! coupa-il interloqué.
- Oui c’est bien cela ! sourit-elle. Alors comme ça tu connais aussi l’ancien langage ? Décidément, tu est une personne pleine de surprise mon cher Eragon… J’ai été heureuse de te rencontrer et j’espère que nos chemins seront à nouveau amenés à se croiser. Au revoir et bonne chance. Puise ta quête te mener là où tu le désir.
Le chariot s’ébranla sur un geste de Dristho. Ils se quittèrent sur de grands gestes de la main avant que la carriole ne se perde dans l’obscurité profonde des rues de Kuasta.
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 7   Sat 27 Oct - 21:09

A son retour au camp, Eragon trouva Darriah endormit et les deux dragons l’attendaient impatiemment.
- Maintenant que tu es là nous pouvons y aller ! lui lança précipitamment Saphira.
- Quoi ? Tu veux partir maintenant ? En plein nuit ? Mais rien ne presse !
- Pas toi ! J’attendais que tu reviennes pour partir avec Thorn.
- Ha bon ? Mais où allez-vous ?
- A la chasse…
Eragon ne vit rien de spécial dans cette escapade mais trouva sa dragonne étrangement mal-à-l’aise.
- Que se passe-il ?
- C’est Thorn… il est né dans la forteresse d’Urû’baen et a grandi dans ses alentours immédiat. Il ne pouvait pas sortir souvent de son enceinte car Galbatorix voulait garder le secret sur son existence le plus longtemps possible… Alors Thorn, qui était nourrit par la cour, n’a jamais chassé par lui-même.
- Tu plaisantes ? rétorqua Eragon assourdit.
- Non malheureusement… Pendant ton absence j’ai eu le temps de discuter un peu avec lui et je lui ai proposé de l’emmener chasser à ton retour.
- Très bien. Allez-y. Je veillerais jusqu'à ce que vous reveniez.
- Tu es sûr ? Ca ira ?
Eragon hocha la tête et la regarda déployer ses ailes. Mais avant de décoller, il entendit une autre voix de sa tête : celle de Thorn.
- Je te le confie Murtagh. Veilles bien sur lui.
- N’ai crainte. Il compte autant pour moi qu’il compte pour toi. Parts en paix et bonne chasse !
Le dragon rouge s’inclina, puis s’envola aux côtés de Saphira. En les voyant ainsi dans les airs, Eragon s’aperçu que malgré la magnifique couleur chatoyante des écailles de Thorn en plein jour, elle n’égalait en rien la lueur satinée que renvoyaient les écailles de Saphira au contact des rayons de la lune. Il ne put s’empêcher d’en éprouver une certaine fierté.
Il retourna auprès de Darriah et Murtagh, qui étaient étendus non loin l’un de l’autre. Il prit deux couvertures, en étala une entre les deux endormis et s’asseyant, il s’enroula dans la seconde.
Il était fatigué et ressentait encore les élancements de ses blessures les plus graves de la veille, mais il ne pouvait encore prendre de repos. Pour passer le temps il observa les étoiles qui luisaient faiblement dans le firmament.
A ses côtés, Darriah remua légèrement. Voyant que sa couverture avait glissé, il la lui remonta jusqu’au menton et resta là un moment à la contempler.
C’est alors qu’une pensée fugitive lui traversa l’esprit : Arya ! Il n’avait plus repensé à elle depuis le début de ces évènements. Où pouvait-elle bien être à l’heure qu’il était ? Il espérait que la fameuse mission que lui avait confié Nasuada n’était pas dangereuse… mais au sein des Vardens, rien n’était sans danger.
Il se demanda alors pourquoi la vue de Darriah lui avait fait rappeler si soudainement Arya. Elles étaient pourtant si différentes : Arya était forte, une vraie guerrière, avait un sang noble de princesse elfe, et sa beauté le laissait encore parfois sans voix. Darriah elle, n’était pas une guerrière, simplement une villageoise menant une vie sans encombre. Elle n’avait pas été soumise aux horreurs de la guerre, enfin jusqu’à récemment. Néanmoins, elle possédait ce charme indéfinissable et cette beauté naturelle qui attirait inexorablement les hommes vers elle et bien malgré elle. Elle n’était certes pas aussi forte qu’Arya, mais elle renfermait une force de caractère et une maîtrise en soi qui lui avait permis d’affronter des situations que bien peu aurait supporté.
Il l’admirait, c’était indéniable, mais n’y avait-il pas plus que cela ? Ses sentiments pour elle n’étaient-ils qu’amicaux ?
Il secoua la tête pour chasser ces pensées de son esprit et releva les yeux vers le ciel. Il ne pouvait pas faire cela à Arya. Que penserait-elle de lui ? Tiens d’ailleurs, comment réagirait-elle ? Serait-elle jalouse ou n’éprouverait-elle rien de spécial en le voyant avec une autre femme ? La première perspective n’était pas du genre d’Arya et la seconde le faisait trop souffrir pour qu’il l’envisage.
Après tout, elle lui avait déjà dit et répété que leur histoire était impossible, et malgré son attachement à elle, Eragon devait bien admettre qu’il se sentait las d’être repoussé. Il ne pouvait pas lui courir après jusqu'à la fin de ses jours si elle refusait obstinément de lui rendre son amour. Devrait-il alors passer sa vie en solitaire sans compagne à ses côtés ?
Cette idée effrayante lui glaça le sang et il l’a repoussa immédiatement. Il soupira. C’était injuste… Comment pouvait-elle être aussi cruelle ? Mais il se ravisa immédiatement : il ne pouvait en vouloir à l’elfe de la non réciprocité de ses sentiments. On ne pouvait forcer les gens à aimer et il était égoïste qu’il puisse l’envisager.
Il devrait bien se résoudre un jour ou l’autre à renoncer à ses sentiments pour elle pour de mettre fin à ses souffrances… Et pour l’instant, prendre de la distance semblait encore le meilleur moyen d’y parvenir.

Dès le levé du jour, ils s’envolèrent en direction du nord, dans le ciel clair et sans nuage qui s’ouvrait devant eux. Eragon, assis en tête du trio sur sa monture, bailla à s’en décrocher la mâchoire. Il n’avait pas eu le loisir de dormir beaucoup la nuit précédente à cause de la partie de chasse à rallonge des deux dragons. Non content d’arriver en retard, ils avaient en plus refusé de dire quoi que ce soit. Irrité, le jeune homme n’avait réussi à s’endormir que d’un sommeil agité malgré sa grande fatigue.
- Alors tu vas te décider à me dire ce qui s’est passé hier soir ? demanda-il à sa dragonne.
- Ce n’est pas très important, répondit-elle après un long silence.
- Allons, ça ne pouvait pas être si terrible ? Ho non ! Ne me dit pas que toi et lui vous…
- Non ! coupa-elle, ce n’est pas ça du tout.
- Alors quoi ?
- Ca ne vaut pas la peine d’en parler…
- Moi je pense que si, et en plus tu me dois des explications après m’avoir laissé autant poiroté à vous attendre.
Saphira garda le silence si longtemps que le jeune homme pensa qu’elle n’allait pas lui répondre.
- Très bien… mais ne lui dit pas que je te l’ai dit ou il m’en voudra encore plus…
- Promis !
- Hé bien ça ne s’est pas passé aussi bien que je l’avais escompté…
- Pourquoi ?
- Disons qu’il n’était pas suffisamment patient pour guetter ses proies et elles lui échappaient toutes. Je tenté de lui expliquer la manière de s’y prendre mais il ne m’écoutait pas et pour écourter cette chasse désastreuse, j’ai fini par lui procurer moi-même de quoi se nourrir.
- Et c’est tout ?
- Il n’a pas vraiment apprécié et c’est compréhensible…
- Pourquoi ça ?
- C’est difficile pour lui d’admettre qu’il n’est pas capable de se nourrir seul, et sa fierté de dragon à dû en prendre un sacré coup.
- Si ce n’est que son ego qui en a souffert alors je ne m’en soucis pas outre mesure. Il y a bien pire…
- Eragon ! Comment peux-tu dire ça ?
- Ce n’est pas méchant, c’est juste que…
- Tu n’as pas l’air de comprendre l’humiliation que cela peut représenter pour un dragon : ne pas être capable de faire ce qui est inné chez nous, c'est-à-dire chasser, est très grave. Galbatorix ne le laissait presque jamais sortir de l’enceinte de la forteresse pour garder le secret sur son existence. En agissant ainsi il s’est montré parfaitement égoïste, car il a refusé à Thorn le droit élémentaire de s’exercer à la chasse, le privant ainsi d’un instinct primaire. Thorn n’en avait jamais pris conscience puisqu’il n’avait eu aucun rapport avec le monde extérieur jusqu'à récemment. Il recevait la nourriture qui lui était nécessaire, et même si la pulsion de la chasse était encrée en lui, il n’y répondait pas étant servi amplement.
- Je comprends, répliqua Eragon, honteux. Je suis désolé d’avoir insinué que…
- Ne t’inquiète pas, ce n’est pas grave. Nous sommes bien d’accord ? Cela reste entre nous.
- Oui ! Mais, que vas-tu faire maintenant ? Tu vas tenter de l’initier à la chasse ? Tu penses qu’il pourra mettre sa fierté de côté pour te suivre ?
- Je l’espère, parce qu’à part moi pour l’instant, il n’a personne d’autre.
Eragon flatta l’encolure de sa dragonne pour l’encourager.
- Je suis fière de toi ! Malgré tes airs bougonne et ton apparente arrogance, tu es une bonne dragonne !
- Bougonne et arrogante moi ? Tu plaisantes ! Je suis la simplicité incarnée, se congratula-elle en ricanant. Mais pourquoi tant de faveur à mon égard ? Ce n’est pas grand-chose tu sais.
- Je pense que tu le mérites car tu aurais pu réagir bien différemment vis-à-vis de Thorn sachant ce à quoi il a participé… Je sais que dans cette histoire tu m’as épaulé plus par amitié que par volonté de sauver Murtagh, et rien ne te forçait à aider Thorn aujourd’hui. Mais pourtant tu l’as fait sans état d’âme et je trouve cela très louable.
Saphira perdit son air rieur pour poursuivre d’un ton sérieux et posé.
- Je ne pouvais pas blâmé Thorn pour les actes de son dragonnier… Il n’a fait que le suivre tout comme je te suivrais où que tu ailles, même si tes chemins ne sont pas les bons. Ho certes j’aurais tenté de te dissuader, mais à la fin c’est toi qui aurait eu le dernier mot. Thorn n’a pas été à l’encontre des choix de Murtagh, car il a grandi dans l’idée d’être parmi les gentils et que nous étions les méchants. Il m’a avoué n’avoir compris l’ampleur et les enjeux de toute cette guerre qu’au moment d’entrer dans la bataille. J’imagine que le trouble qu’a éprouvé Murtagh en t’affrontant à dû aussi perturber et ébranler son dragon dans ses convictions.
- Et tu as compris tous ça rien qu’en l’espace d’une partie de chasse ?
- Je te signale que nous sommes resté une bonne partie de la journée à t’attendre.
- Oui c’est vrai, répondit-il en baillant une nouvelle fois. Je n’y pensais plus. Alors comme ça, vous avez passé la journée à discuter ?
- Non, au début il refusait de m’adresser la parole. Je pense qu’il avait besoin de faire le point sur la situation alors je n’ai pas insisté. Mais après plus d’une heure d’infinie solitude à contempler Murtagh, il a fini par me parler et m’a un peu raconté quelle était sa vie au fort.
- Tu as appris des choses intéressantes ?
- Rien qui pourrait nous aider dans cette guerre… Thorn n’avait que peu de contact avec Galbatorix et il n’a retenu que de aversion pour lui à cause de la façon dont il traitait Murtagh.
Eragon garda le silence sur cette dernière remarque. Il sombra dans un mutisme sans faille.
- Ca ne sert à rien de te culpabiliser… et puis nous avons déjà eu cette conversation ! Tu ne peux pas être responsable de tout ce qui arrive en ce bas monde !
- Je sais…
Saphira accéléra soudain et gagna de la hauteur. Elle battait furieusement des ailes et sa queue fouettait nerveusement l’air tel un fouet déchaîné.
- Qu’est-ce qui te prends ? s’alarma Eragon en essayant de se cramponner.
- J’essaie de secouer le pommier qui te sert de cervelle pour voir si des pommes d’intelligence vont en tomber, répondit-elle malicieusement.
- Arrêtes de virevolter ainsi, et puis ça n’est pas drôle !
- Ho si ça l’est, ricana-elle en faisant une embardée. Cesses donc te de lamenter et profite un peu du paysage ! On n’est pas bien là ?
Elle gagna encore en vitesse, ébouriffant d’avantage les cheveux du jeune homme. Bien que d’humeur morose, ce dernier réussit à sourire des efforts que déployait sa monture pour le distraire, et il finit même par y prendre goût, respirant l’air frais à pleins poumons.
- Wow ! Doucement ! s’exclama Darriah.
L’espace d’un instant, Eragon l’avait oublié elle et Murtagh, qui pourtant se trouvaient juste dernière lui.
- Qu’est-ce qui ne va pas avec Saphira ? Pourquoi elle remue comme ça ?
De la peur perçait dans sa voix et lorsqu’Eragon se retourna sur son séant, il la découvrit cramponnée à la silhouette de Murtagh pour ne pas tomber.
- Saphira, ralentis veux-tu ! J’ai compris le message et ça va mieux maintenant, mais je te rappelle que tu transportes d’autres passagers. Darriah n’est pas encore habitué à ce genre de vol acrobatique.
- Ha bon ? Je pensais qu’avoir réussi le prodige de rester en selle durant ma petite escarmouche contre Thorn l’aurait immunisé contre tout mal de vol…
Mais elle ralenti néanmoins l’allure et redescendit à l’altitude de Thorn, qui n’avait pas tenté de la suivre dans ses acrobaties aériennes.
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 7 (fin)   Sat 27 Oct - 21:11

Ils volèrent tout le jour durant, ne faisant qu’une pause à l’heure de l’apogée pour se restaurer. A la tombée de la nuit, il firent halte et s’installèrent dans une clairière, au pied de la Crête, façade est, qu’ils avaient commencé à longer depuis quelques heures.
Lorsqu’ils furent installés, Saphira et Thorn partirent à la chasse laissant les jeunes gens seuls, autour du feu de champ qui crépitait nonchalamment, projettent de grandes ombres dans la clairière.
Darriah, qui s’était montrée étonnamment silencieuse et discrète tout au long de la journée, se rapprocha d’Eragon, après que celui-ci eu administré sa potion à Murtagh. Ce dernier dormait toujours paisiblement et en voyant son visage si blême, Eragon se sentit très mal-à-l’aise. Il comprit alors, plus que jamais, l’urgence que nécessitait sa tâche. Son aîné ne pourrait tenir éternellement dans cet état, car si l’inconscience ne lui était pas dangereux, pendant ce temps, son corps ne recevait aucune nourriture et très peu d’eau.
- Alors ? demanda-elle. Où allons-nous ? Nous ne volons pas vers le sud d’après ce qu’il me semble. J’en déduis que nous n’allons pas au Surda…
- Non en effet. J’ai réussis trouver les informations que je cherchais chez la libraire et maintenant nous sommes en route pour le lac Fläm. Tu sais où c’est ?
- Non… ça ne me dit rien. Mais en même temps, ce que j’ai vu du monde se résume aux alentours de mon village. Qu’allons-nous faire là-bas ?
- Hé bien, j’espère y trouver de quoi guérir Murtagh.
Elle hocha la tête, puis redevint silencieuse. Eragon sentait qu’il devait ajouter quelque chose.
- Darriah, je te dois des excuses… Je t’ai entraîné là-dedans si rapidement et sans même penser aux conséquences…
- Non rassure toi, moi ça va. Et puis je ne suis pas mécontente d’être ici.
- C’est vrai ? Pourtant aujourd’hui tu n’as presque rien dit…
- Oui je sais... je suis désolé. Si je t’ai donné l’impression que je t’en voulais, sache que ce n’était pas le cas. J’avais juste besoin de prendre un peu de recule par rapport à tout ça. Je ne voulais pas t’offenser.
- Ca n’est rien, la rassura-il d’un sourire bienveillant. Je m’inquiétais c’est tout.
Un silence géant tomba, durant lequel ils évitèrent de se regarder en fixant les flammes du foyer.
- Qu’est-ce qui nous attendra là-bas ? demanda-elle enfin.
Le jeune homme hésita, puis finit par se résoudre à lui raconter toute l’histoire en y ajoutant les informations qu’il avait obtenu.
- Alors on doit s’attendre à rencontrer les terrifiantes créatures qui protègent la crypte ?
- Non, sourit-il devant son expression ahurie et défaite. Ne t’inquiète pas ! Les Walless ont vécu il y a plusieurs siècles. Aucune chance que nous en voyons l’ombre d’une trace de nos jours.
- Si tu le dis… Et en ce qui concerne les fantômes… tu crois qu’il y en aura ?
- Tu parles des esprits des anciens ? (Elle hocha la tête) Hé bien je ne sais pas… il arrive souvent que les anciens écrits soient mêlés de contes et légendes destinés à effrayer la population.
- Donc tu en doutes ?
- Je ne préfère pas m’avancer en te certifiant qu’il n’y aura rien… mais quoi qu’il en soit je resterais près de toi et il ne t’arrivera rien.
Elle lui lança un regard plein de gratitude et ses lèvres s’étirèrent en un léger sourire. Eragon ressentit une sensation étrange au creux de son estomac. A la chiche lumière du feu il vit, l’espace d’un instant fugitif, le visage de la jeune fille retrouver la joie de vivre qui l’habitait à leur rencontre.
- En quoi puis-je t’aider dans cette histoire ? demanda-elle
- En rien ! Enfin… je veux rien, tenta-il de se rattrapé maladroitement, tu n’auras pas besoin d’intervenir… Je ne suis pas sûr de savoir moi-même ce qui nous attend, mais je ferais en sorte que tu sois le moins exposé possible à d’éventuels risques…
Elle baissa la tête et s’abîma dans la contemplation des flammes.
- Je pensais pouvoir t’aider… soupira-elle les yeux résolument tournés vers le sol.
- Mais c’est ce que tu fais, répondit-il en lui posant une main sur l’épaule. Ta présence ici m’est déjà une aide précieuse. (Elle le regarda droit dans les yeux, peu convaincu) Je t’assure ! Qui m’a soigné alors que je n’avais plus la force de rester conscient ?
Elle acquiesça lentement, une nouvelle ombre de sourire apparaissant.
- Et puis entre deux dragons ronchonnant et mon frère inconscient, le voyage aurait était bien morne sans toi.
Elle finit par sourire vraiment.
- Merci… C’est gentil de me remonter le moral.
- Pas de quoi ! C’est sincère.
S’apercevant qu’il avait toujours sa main posé sur l’épaule de la jeune fille il la retira mais sans trop de précipitation pour qu’elle ne s’en sente pas offensée.

Le reste de la soirée s’écoula paisiblement sans l’ombre d’une présence quelconque alentour. Après s’être restauré, Eragon proposa à Darriah d’aller dormir pendant qu’il guettait le retour des dragons, mais elle déclina son offre, affirmant qu’elle n’était pas fatiguée. En revanche elle insista pour que lui prenne du repos. Non sans discussions, il finit par abdiquer lorsqu’elle lui promit de monter la garde en attendant le retour de Saphira et Thorn.
Une fois étendu, il sombra rapidement dans la léthargie qui lui servait de sommeil à présent. Il ferma les yeux, plus par habitude que par nécessité. Sa grande fatigue l’entraîna plus profondément qu’à l’accoutumée dans le puis de ses songes, le coupant presque complètement de l’état de veille. Les seuls éléments qu’il continuait de percevoir faiblement, étaient le doux crépitement du feu et la respiration régulière de Darriah, assise tout près de lui.

A SUIVRE...
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 8   Mon 10 Dec - 16:58

Chapitre 8

Au matin, Eragon s’éveilla avec une agréable sensation de chaleur. Il s’en étonna, car les braises du petit feu de camp n’avaient pas pu résister toute une nuit. Ouvrant les yeux, il découvrit Saphira assoupie, blottie tout contre lui. Ce contact rassurant lui fit le plus grand bien, car ces derniers temps, il avait l’impression de s’être éloigné de la dragonne à cause du poids des responsabilités qui pesaient sur lui. Dans son giron, il en oubliait les batailles sanglantes, les milliers de morts, la guerre, la souffrance, l’épuisement... La seule chose qui importait en cet instant était l’affection profonde qu’il éprouvait pour elle et la réciprocité de ses sentiments.
Il effleura doucement la conscience endormie de sa monture.
- Bonjour ma belle.
S’étirant voluptueusement, tel un chat sortant d’une sieste particulièrement agréable, Saphira émergea.
- Bonjour petit homme. Comment vas-tu ce matin ?
- Très bien ! Rien de mieux qu’une bonne nuit reposante pour oublier la fatigue.
- Heureuse de te voir de si bonne humeur.
Il lui sourit affectueusement et lui flatta les flancs. S’asseyant sur son séant, il aperçut Darriah tout près de lui, qui dormait toujours et Thorn assoupit près de Murtagh.
- Comment ça s’est passé avec Thorn, hier ?
- Au niveau de la chasse ça s’est plutôt bien passé : il a réussit à attraper un lapin. Bon d’accord ce n’est pas ce qu’il y a de plus gros mais c’est déjà un progrès !
- Mais ?
- Mais quoi ? demanda la dragonne qui cherchait visiblement à tout regarder sauf les yeux d’Eragon.
- Il y a un « mais » n’est-ce pas ?
Elle finit par observer son congénère. Le jeune homme sentait une certaine mélancolie émanant d’elle.
- Mais, il m’inquiète, continua-elle. La première fois que nous avons essayé de chasser, il était vif et même colérique, cette fois-ci il était beaucoup plus renfermé. C’est comme si ça ne l’intéressait plus.
- Tu crois qu’il n’a plus envie d’apprendre à chasser ?
- Non, je ne crois pas que ça soit ça… je pense qu’il se sent très seul.
- Mais nous sommes là nous ! D’accord, on n’est pas ce qu’on peut appeler de vrais amis pour lui mais…
- Ça n’a rien à voir, coupa-t-elle. Je te parle de Murtagh. Sa présence lui manque et le lien qui les relie n’existe pas tant que son dragonnier est inconscient. J’ai déjà éprouvé cela lorsque tu étais blessé après l’attaque de la ferme à Carvahall… Tu étais inconscient et je ne savais pas si tu allais bien ou pas… je n’avais aucune nouvelle et j’étais folle d’inquiétude. Voilà pourquoi je sais ce que peut éprouver Thorn en cet instant… Être coupé de son dragonnier est une dure épreuve et il doit sûrement commencer à ressentir un grand vide à l’intérieur de lui que rien ne peut combler.
- Je n’avais pas envisagé les choses sous cet angle…
Eragon se sentit soudain très coupable. Il était responsable de cette situation, il le savait. Il avait envisagé les difficultés que pouvait entraîner cette quête au niveau de la capture de Murtagh et la persuasion de son dragon, mais il n’avait pas imaginé que cette captivité puisse mettre Thorn au supplice à cause de l’inertie de son dragonnier. Il mesurait la souffrance que cela pouvait provoquer rien qu’en observant les yeux de sa monture à l’évocation de son souvenir douloureux. Il le regrettait profondément.
- Ne t’en veux pas, le consola Saphira qui percevait sa détresse. Ca finira par s’arranger. Et puis ruminer ainsi ne sert à rien. Tu es conscient que cette situation n’est pas facile pour lui et c’est déjà un progrès. Tu sais maintenant que quoi que nous fassions, nous devons agir vite. Prudemment certes, mais rapidement.
- Tu as raison, approuva-t-il en posant une main sur son cou, je suis tellement heureux que tu sois ici avec moi. Parfois je me demande ce que je ferais sans toi.
- Pas grand-chose, répondit-elle avec un regard malicieux. Allons réveiller les autres. Plus vite nous partirons, mieux ça sera.

Ils reprirent la route après un petit déjeuner hâtif, alors que le soleil se levait à peine. Ils continuèrent à longer la Crête sur sa face est, gardant ses hautes montagnes déchiquetées sur leur gauche. Le temps était clément en cette matinée de printemps et le soleil réchauffait rapidement les membres des jeunes gens, engourdis par le vent d’altitude.
Darriah était assise en queue, juste derrière Eragon, qu’elle entourait fermement de ses bras. Elle essayait de ne pas serrer trop fort pour éviter de mettre le jeune homme mal à l'aise, mais elle ne voulait pas tomber non plus. Et puis ce contact rapproché lui procurait un tel bienfait. Elle avait terriblement besoin d’un contact humain et se tenir à l’abdomen musclé du dragonnier était très réconfortant.
Elle avait compris, d’après le récit que lui avait fait Eragon de son passé, que de lourdes responsabilités pesaient sur lui et son esprit devait être encombré par de nombreuses inquiétudes. Néanmoins, il faisait preuve de beaucoup de gentillesse et d’attention à son égard. La jolie robe qu’elle portait en était un bel exemple.
Elle commençait à réaliser la chance qu’elle avait eue de l’avoir rencontré lui, dans un moment aussi terrible que celui qu’elle vivait. Mais elle ne parvenait pas à savoir de quelle manière lui rendre la monnaie de sa pièce. Il prétendait que sa présence lui suffisait, mais elle n’arrivait pas à s’en convaincre. Elle voulait se rendre utile car elle avait l’impression que c’était la seule chose qui lui permettait d’oublier un instant le vide qui se creusait en elle, chaque jour d’avantage.
Eragon était tendu, elle le sentait. Etait-ce ce qui les attendaient qui le rendait nerveux, ou bien était-ce autre chose ? La veille, il s’était montré rassurant sur la suite des évènements, alors il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. De plus, elle avait la sensation qu’avec lui, elle ne courrait aucun risque. Après tout, elle l’avait vu se battre contre son frère avec une incroyable agilité. Malgré son étourdissement dû à la chute vertigineuse de Saphira, elle avait distingué la dextérité avec laquelle Eragon maniait son épée. Il était sans conteste très doué. Et puis, elle avait confiance en lui. Il aurait pu profiter de la situation à de nombreuses reprises, mais il n’avait rien tenté.
Un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune fille. Elle ne devait pas se laisser aller à son malheur alors que tant de petites choses autour d’elle lui rappelaient les nombreux cadeaux que pouvait lui faire la vie. Eragon était l’un d’entre eux. Elle devait saisir sa chance ! Mais… pourquoi au juste ? Qu’espérait-elle de lui ? Elle ne pouvait nier qu’elle éprouvait pour lui une certaine attirance physique et que sa personnalité lui plaisait davantage de jour en jour. Mais ses sentiments étaient-ils réciproques ? Le jeune homme n’avait manifesté à son égard qu’une profonde amitié… devait-elle espérer davantage ?
Elle secoua la tête pour chasser ses idées absurdes. Elle était une ridicule petite paysanne et lui un puissant dragonnier. Comment pouvait-elle envisager qu’il puisse s’intéresser à elle ?
- Tout va bien ? demanda-t-il la ramenant à la réalité.
- Oui ! Ca va, merci.
Il n’ajouta rien et le silence devint un peu lourd pour la jeune fille, qui se sentit obligée de dire quelque chose pour le rompre.
- Quand arriverons-nous ?
- Nous devrions atteindre le lac Fläm un peu avant l’apogée, répondit-il tournant la tête et parlant assez fort pour se faire entende à travers le vent sifflant.
- D’accord.
Ne sachant quoi dire d’autre, elle renonça à relancer la conversation. Elle laissa simplement son regard dériver sur le paysage qui défilait à une vitesse folle sous elle.

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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 8   Mon 10 Dec - 16:59

« Alors ? Tu as une idée ? » demanda Saphira.
Ils survolaient les pics acérés de La Crête, volant à basse altitude pour ne rien manquer du relief au-dessous d’eux. Le soleil brillait dur au-dessus de leur tête et la température était très élevée. Eragon retira son veston pour ne garder que sa tunique, car le vent des sommets ne parvenait pas à le rafraîchir sous son épais manteau.
« Je ne sais pas, répondit-il, ça doit être par là, mais je ne sais pas où. Je n’imaginais pas que la surface que nous aurions à couvrir serait aussi vaste. »
« Et tu t’attendais à quoi ? Tu pensais trouver un gros panneau indiquant la direction à suivre ? » ironisa-t-elle.
« Non, mais d’après la façon dont Dristho m’en a parlé, je m’imaginais trouver un rocher très caractéristique. D’après lui nous sommes sensés le voir de loin. »
Soudain, alors qu’il se remémorait les mots de l’ami d’Esthéria, il prit conscience d’une chose essentielle.
« Saphira ramène nous au bord du lac ! »
« Comment ? »
« Ne discute pas et fais ce que je te dis ! »
Elle s’exécuta sans attendre.
- Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi nous revenons en arrière ? demanda Darriah alors qu’ils descendaient en pic vers le Lac.
- Je viens de comprendre pourquoi nous ne trouvons rien !
Lorsqu’ils atterrirent, Eragon sauta de la selle et observa en silence la montagne qui se dressait en face de lui. Darriah descendit à son tour et vint se placer à ses côtés.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Que voyez-vous ? demanda-t-il en s’adressant aussi bien à la jeune fille qu’à la dragonne.
- Une montagne !
« D’accord ! sourit Saphira, je vois ou tu veux en venir. Nous ne pouvions pas le voir ! »
- Exactement !
- Quoi ? demanda la jeune fille interloquée.
- Nous ne pouvions pas reconnaître le rocher Kuthian parce que nous n’étions pas au bon endroit pour le voir ! Dristho m’a dit qu’il se voyait de loin et effectivement c’est le cas ! Mais nous étions au-dessus et trop près pour le voir dans son intégralité.
Levant les bras il désigna la falaise la plus élevée qui se dressait devant eux et qui se détachait sur le ciel tel un pic noir acéré et sans arbre. Son sommet nu ne revêtait pas de neige à cette époque de l’année, mais en hiver il devait être recouvert d’un manteau blanc qui devait lui donner un aspect bien moins effrayant qu’en cet instant.
- Le pic denté ! proclama le jeune homme, en levant les bras d’un geste théâtral.
- Ok ! Et c’est là que se trouve la crypte ?
- Sûrement. Allez viens !
Très enthousiaste, il la prit par le bras et l’entraîna avec lui pour remonter en selle, derrière Murtagh toujours inconscient.
« Thorn veut savoir ce que nous fabriquons » annonça Saphira pendant qu’ils s’installaient.
Le dragon rouge était resté dans les airs et planait en cercle concentrique au-dessus d’eux.
« Dis-lui que nous arrivons. »
Reprenant son envol, la dragonne mit le cap vers le sommet le plus élevé qui les dominaient. Thorn les suivait sans broncher. Ils volèrent à mi-hauteur autour du cône en remontant vers le haut.
« Tu sens quelque chose ? » demanda Eragon à sa monture.
« Non, rien d’anormal. Et toi ? »
« Rien non plus. Je ne perçois que la présence de quelques animaux sauvages. »
Arrivé au sommet, Saphira descendit en pique. Soudain, une voix qui n’était pas celle de la dragonne résonna dans l’esprit du dragonnier.
« Par-ci ! annonça Thorn, il y a quelque chose ! »
Descendant jusqu'à sa hauteur, bien au-dessus de l’entremêlement de la montagne avec celle d’à côté, ils aperçurent ce que désignait le dragon : une plateforme suffisamment large pour accueillir une trentaine de personnes. Cette formation rocheuse était bien trop plate pour envisager qu’elle soit naturelle. Elle avait certainement été façonnée par une main humaine.
Les deux dragons s’y posèrent dans un crissement de griffes, renâclant la pierre. Eragon sauta de selle et observa de plus près le vide en se tenant au bord. Au-dessous de lui, des centaines de pieds le séparaient des crevassent rocheuses dont on ne distinguait pas le fond.
« Fais attention. » lui conseilla la dragonne, voyant d’un mauvais œil la courte distance qui le séparait du bord.
« Garde plutôt un œil sur les alentours tu veux bien ? On ne sait pas ce qu’il y a dans les parages. »
Se détournant, il s’intéressa à la paroi de la montagne. Elle était ordinaire, mais un peu trop lisse au goût du jeune homme. Il testa sa résistance en frappant dessus, mais il ne réussit qu’à se faire mal à la main. « Non, cette roche est tout ce qu’il y a de plus réel ! » pensa-t-il.
- Alors ? demanda Darriah qui vint à sa rencontre.
- Je suis persuadé que c’est ici ! Mais ce mur est trop solide.
« J’espère que tu ne comptes pas sur moi pour le défoncer ? » ironisa Saphira.
« Bien sûr que oui, répondit-il en entrant dans son jeu, mais si tu ne peux vraiment pas c’est embêtant. »
Elle lui montra ses dents d’un sourire entendu, puis reprit son sérieux.
« Tu sens quelque chose au-delà ? »
« Non rien du tout. Mais ça ne veut rien dire… après tout, les Athèques maîtrisaient la magie. »
Darriah éprouva à son tour la solidité de la roche, sans succès.
- Attends un peu ! dit-il retenant le bras de la jeune fille. Saphira tu te rappelle des mots de Solembum : « Et quand tout te semblera perdu, quand ton pouvoir te semblera inefficace, rends-toi au rocher de Kuthian et prononce ton nom : il t’ouvrira la Crypte des Âmes. »
« Oui ! Tu as raison. »
- Donc ça veut dire que tu dois prononcer ton nom ? Comment ça fonctionne ?
- Je ne sais pas mais nous allons le savoir tout de suite. Recule un peu.
Il la tira en arrière et parla d’une voix forte qui portait loin.
- JE SUIS ERAGON !
Il attendit avec angoisse la suite. L’écho de sa voix se perdit dans le lointain, sans qu’il ne se passe rien. Il se retourna vers ses compagnons qui semblaient aussi perplexes que lui. Thorn conservait son expression fermée.
- Pourquoi ça ne marche pas ? se risqua la jeune fille.
- Je ne sais pas… je n’ai peut-être pas employé les bons mots.
Se retournant vers la paroi, il réessaya.
- JE SUIS ERAGON LE DRAGONNIER ET JE DÉSIRE ENTRER DANS LA CRYPTE DES AMES.
Sa voix retomba à nouveau, sans résultat.
- JE M’ADRESSE AUX ANCIENS DU PEUPLE ATHEQUE ! ACCORDEZ-MOI LE DROIT DE PASSAGE VERS LA CRYPTE DES AMES ! JE VOUS EN CONJURE !
Il essaya ainsi plusieurs formulations différentes, sans obtenir de réponse quelconque.

Découragé et ressentant des picotements désagréables dans la gorge à force de crier, Eragon s’appuya lourdement contre le poitrail de Saphira. Il avait bravé tout les dangers et fait tout ce chemin pour rien. Le résultat était le même qu’au départ : sans la pierre, il devrait choisir entre relâcher son frère vers une destinée d’esclavage, et courir le risque qu’il fasse pencher la balance dans la guerre qui opposait les Vardens à Galbatorix, ou bien… le tuer.
La panique s’empara de nouveau du dragonnier, comme à chaque fois qu’il osait songer à cette idée effrayante. Comment pourrait-il être capable d’assassiner son frère inconscient et sans défense, sachant qu’en plus il condamnait l’un des derniers dragons restants à une mort certaine ?
Il se secoua mentalement. Ils étaient en temps de guerre et il fallait savoir se montrer sans pitié envers l’ennemie car lui n’hésitait pas à frapper. La vie de milliers de gens dépendait de ses actions. Il n’avait pas le droit de laisser ses sentiments prendre le dessus. La vie de Murtagh valait-elle plus que celle de tout un peuple ? Même si son cœur lui soufflait que oui, sa logique lui répondait négativement.
« Eragon ? »
Thorn s’adressait à lui, le sortant de sa réflexion.
« Oui ? »
« Pourquoi tu n’essaies pas l’ancien langage ? »
Eragon, qui soutient le regard du dragon, y découvrit une certaine détermination et de la crainte aussi. Thorn avait-il fait le même raisonnement que lui au sujet de Murtagh ?
« Oui tu as raison. Je vais essayer. »
Se replaçant devant le mur, il perça la résistance familière au fond de son esprit, derrière laquelle se concentraient ses pouvoirs. Il voulait ajouter un peu plus de poids à ses mots en les mêlant de magie.
- EKA AI ERAGON UN SHUR’TUGAL *!
Rien ne se passa. Eragon attendit encore un instant puis se retourna vers les autres. À cet instant, la terre trembla légèrement sous leurs pieds.
- Tu as senti ? demanda-t-il à Darriah.
- Oui !
« Moi aussi ! » intervint Saphira.
- Qu’est-ce que c’était ? demanda la jeune fille d’une voix incertaine.
- Je l’igno…
Une seconde secousse un peu plus forte ébranla la montagne.
- Je n’aime pas ça… indiqua-t-il. Je me demande si…
« ERGON ! Regarde ! » s’écria Saphira, les yeux rivés sur la montagne.
Le jeune homme fit volte-face et s’aperçut que la paroi de pierre avait disparu. Il était face à une sorte de voile translucide qui ondulait comme des vagues à la surface de l’océan. Le tout recouvrait une ouverture semi-circulaire dans la roche, d’environ 10 pieds de haut et 20 pieds de large. L’intérieur se percevait de manière imprécise et l’obscurité de la caverne empêchait de voir ce qu’il y avait au-delà du rideau.
- Tu as réussi ! s’exclama Darriah.
Fasciné par ce phénomène, le jeune homme ignora cette remarque et s’approcha du voile. Il allait l’effleurer pour tester sa texture quand Saphira intervint :
« Ne le touche pas ! Tu ne sais pas ce que cela pourrait provoquer ! C’est peut-être dangereux. »
Eragon prit en compte l’injonction de sa monture, mais approcha néanmoins sa main des ondulations sans les toucher.
- C’est une barrière magique ! annonça-t-il. Je ressens les vibrations de pouvoir qui en émanent. Mais c’est une magie comme je n’en ai jamais vu !
Saphira approcha sa tête de la barrière et ferma les yeux.
« Cette magie est étrange et complexe… indiqua-t-elle, battant des paupière, elle doit être très ancienne. »
Eragon fixa le rideau, indécis. Il ignorait ce qui se passerait s’il tentait de traverser. Il doutait que Solembum ait pu l’envoyer dans un piège mortel. Mais d’un autre côté, les Athèques s’étaient donné beaucoup de mal pour dissimuler ce portail, et franchir simplement le portail semblait trop facile.
- Tu va y aller ? demanda Darriah.
- Je… Je ne sais pas si c’est prudent. Nous ne savons pas quelle est la fonction de ce bouclier.
- Et tu comptes attendre combien de temps pour le savoir ? s’impatienta-t-elle.
Eragon se demanda ce qui motivait autant son amie. Elle, qui s’était montrée plutôt taciturne tout au long du voyage, semblait déborder d’énergie à présent. Néanmoins, elle avait raison… Il devait agir.
- Je vais entrer.
- Fais attention, lui souffla la jeune fille soudain inquiète, les yeux rivés sur le voile.
Acquiesçant d’un signe de tête, il tendit le bras vers la barrière. Lorsque sa main entra en contact avec celle-ci, il ressentit tout d’abord une sensation de picotement sur sa peau, caractéristique de la magie. Le rideau dégageait était froid au touché et sa texture ressemblait à de la vapeur, tout en étant assez solide pour opposer une résistance suffisante à l’empêcher de progresser comme il le souhaitait.
Après un instant d’hésitation, le jeune homme insista pour faire entrer son poignet à l’intérieur, mais soudain, la barrière s’agita comme secoué par une bourrasque de vent et la surface ondula violemment.
Par crainte, Eragon retira vivement sa main. Il distingua au fond de la caverne, une faible lueur qui s’amplifiait à mesure qu’elle se rapprochait. Il discerna rapidement les traits d’une forme humaine qui semblait « flotter » vers lui. Lorsqu’elle fut à cinq pieds de lui, elle s’immobilisa et il put détailler son visage. Il s’agitait un vieil homme aux cheveux blancs en bataille lui cascadant sur les épaules. Il paraissait normal à la seule différence qu’il était d’une transparence bleuté. Son air serein ne parvenait pas à apaiser la chair de poule qui envahissait le jeune homme.
Le vieil homme remua les lèvres comme pour murmurer quelque chose, mais la voix qui parvint au dragonnier était à la fois forte et lointaine, comme venue d’un autre monde.
- Toi qui pénètres ici, prends garde, car tu es souillé par le sang, et tu n’en ressortiras pas vivant. Si tu désires que sonne ta dernière heure, alors ce lieu sera ta dernière demeure.
L’ancien se tut, laissant un silence mortel envahir la plateforme.

_____________________________________________________________________________

* Eka aì Eragon un Shur’tugal = Je suis Eragon et un dragonnier.


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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 8   Mon 10 Dec - 17:01

Darriah s’abîma dans la contemplation de la silhouette ondulant à travers le voile. Elle avait du mal à croire ce qu’elle voyait et ce qu’elle entendait. Etait-elle éveillée ou faisait-elle un mauvais rêve ? Peut-être que les péripéties de ces derniers jours avaient atteint ses songes.
Elle secoua la tête. Non, elle ne rêvait pas et elle devait réagir car Eragon, à quelques pas d’elle, s’approchait dangereusement de la barrière.
- Qu’est-ce que tu fais ? Tu ne vas pas y aller ?
- J’y suis bien obligé ! Nous n’avons pas fait tout ce chemin pour repartir bredouille.
- Mais l’avertissement ?
- Il est sûrement destiné à effrayer les moins courageux, répondit-il d’un ton irrégulier.
La jeune fille eut la désagréable impression qu’il voulait se convaincre lui-même de ses propos.
- N’y vas pas ! C’est peut-être dangereux !
- Mais je…
Une nouvelle secousse se fit sentir, interrompant le jeune homme. Elle lui lança un regard affolé, qu’il lui rendit. Oubliant momentanément la paroi, il se dirigea vers le rebord de la plateforme. Mettant sa main en visière, il observa les alentours et ce qui se trouvait au-dessous d’eux.
Alors qu’elle le suivait du regard, Darriah sentit un léger souffle dans son dos. Se retournant, elle aperçut le vieillard qui la fixait bizarrement. Elle s’approcha du mur. Elle savait que c’était dangereux, mais elle était attirée inexorablement vers la barrière. Sans qu’elle comprenne pourquoi et sans parvenir à détacher ses yeux du regard profond et surnaturel du vieil homme, elle leva la main et toucha le voile. Avant même qu’elle ait le temps de ressentir quoi que ce soit, elle bascula brusquement en arrière. Reprenant pied, elle constata qu’Eragon l’avait tiré sans ménagement vers lui.
- Qu’est-ce que tu faisais ? Tu ne m’as pas entendu t’appeler ?
- Je… Non… J’ai juste…
Elle s’interrompit lorsque la voix profonde et lointaine de l’ancien retentit de nouveau.
- Entre si tu l’oses, mais prends garde, car bien des âmes pures ont pénétré ici, avec une intention pervertie et n’en sont pas ressorties.
L’esprit la fixait droit dans les yeux en proférant ses paroles et il n’y avait donc aucune équivoque quant à la destination de ce message. Elle se tourna vers Eragon, qui lui maintenait toujours fermement le bras. D’un sursaut, il la lâcha, mais continua à l’observer, avec un mélange d’étonnement et de crainte.
- Je suis désolée, s’excusa-t-elle. Je n’aurais pas dû approcher… mais je n’ai pas pu m’en empêcher…
- Ce n’est rien.
Il tourna la tête vers Saphira. Cette façon qu’ils avaient de communiquer, fascinait toujours la jeune fille, mais en cet instant, elle s’inquiétait de savoir ce que la dragonne disait à son dragonnier.
- Que dit-elle ?
Le jeune homme secoua la tête en signe de dénégation, sans répondre. Il semblait ne pas être de l’avis de sa monture, quel qu’il soit.
Elle reporta sont attention sur l’esprit qui flottait au-delà du rideau. Son visage ne reflétait qu’une expression figée de quiétude. Il lui avait permis, par ses paroles énigmatiques, de pénétrer dans la grotte alors qu’il avait refusé l’accès au dragonnier. Comment avait-il déterminé qui pouvait entrer ou pas ? Etait-ce le simple contact avec la barrière qui lui permettait de choisir ceux qui avaient le droit de passage ?
Quoi qu’il en soit, cet évènement inattendu remettait vraisemblablement beaucoup de choses en question et ça devait probablement être le sujet de discorde entre Saphira et Eragon. Ils étaient sûrement en train de débattre sur la personne qui pénétrerait dans l’antre des anciens, au péril de sa vie. Mais cette décision la concernait également !
Mais qu’en pensait-elle au juste ? Envisager d’entrer dans la crypte lui faisait peur, elle ne pouvait le nier. L’idée d’avancer seule, en présence de fantômes, vers une destination inconnue lui donnait des frissons. D’un autre côté, elle semblait courir moins de risques que son ami, étant donné les propos de l’esprit. Elle s’était promis de tout faire pour lui venir en aide, dès qu’elle le pourrait et voilà qu’une occasion se présentait.
Elle rassembla son courage et serra les poings.
- Je vais y aller !
Eragon interrompit sa conversation silencieuse avec Saphira, et tous deux se tournèrent vers elle.
- Tu…, commença-t-il déboussolé. (Il reprit contenance) Non, c’est hors de question ! Je ne te laisserais pas rentrer là-dedans. C’est trop dangereux !
- C’est ma phrase ça, plaisanta-t-elle, essayant de sourire pour détendre un peu l’atmosphère.
- Ce n’est pas drôle. C’est sérieux !
- Je sais. J’en suis tout à fait consciente.
- Mais je…
- Eragon ! coupa-t-elle. Tu as entendu l’avertissement ! Si tu rentres là-dedans, tu n’en ressortiras pas vivant ! L’esprit ne m’a pas interdit d’y aller, c’est donc à moi de le faire !
- Tu ne comprends pas…
- Quoi donc ?
- C’est à moi de rentrer là-dedans.
- Et pourquoi ça ? La recommandation n’est peut-être pas qu’un leurre pour les ignorants !
- J’en suis persuadé… Ça ne peut être que ça. Sinon ça n’aurait pas de sens…
- Qu’est-ce qui n’aurait pas de sens ?
- Solembum ! Le chat garou qui m’a…
- Le quoi ?
- Peu importe. Celui qui m’a dit de venir ici ne m’aurait pas envoyé à la mort ! J’en suis persuadé !
La jeune fille sursauta soudain en entendant une voix dans sa tête qui n’était pas la sienne.
« Peut-être que Solembum savait que tu ne serais pas seul, Eragon. »
Elle mit un instant à comprendre que Saphira venait de lui parler directement. Ce n’était pas la première fois et bien que cela lui fasse toujours aussi bizarre, elle n’avait pas le temps de s’attarder dessus sachant que ce message avait été transmis à son ami aussi.
- Que veux-tu dire pas là ? demanda-t-il à voix haute à sa monture.
« Je ne fais qu’une constatation. »
- Laquelle ? répliqua-t-il, de plus en plus furieux.
« Celle que Darriah se trouve à nos côtés à chaque fois qu’une des prédictions de Solembum se réalise. Elle t’a permis de trouver l’épée Wyrda, en te nommant l’arbre Menoa et aujourd’hui elle est encore avec nous. Je doute que ce soit une simple coïncidence. »
- Et qu’est-ce que c’est alors selon toi ?
« Peut-être que ça devait se passer ainsi… » conclut la dragonne, après un instant d’hésitation, se tournant vers elle.
La jeune fille ne pouvant supporter ce regard d’un bleu profond, reporta son attention vers Eragon, qui semblait avoir du mal à contenir sa colère et sa frustration. Ses sentiments à elle n’étaient pas moins confus. Elle ne mesurait pas encore la portée de ce que venait de dire Saphira et elle n’avait d’ailleurs pas le temps de l’analyser. Son objectif restait pour l’instant de convaincre le jeune homme de la laisser rentrer dans la grotte.
- Elle a peut-être raison… indiqua-t-elle timidement.
- Comment ?
- Je veux dire… enfin… je ne suis pas sûre de croire aux prophéties et aux prédictions… Mais alors que nous ne nous connaissions pas il y a quelques jours, je…
- Je t’arrête tout de suite ! l’interrompit-il rageur. Peu m’importe les coïncidences et les hypothèses fumeuses… (Allant de Saphira à elle) Ca ne change rien au fait que c’est dangereux ! Et je ne te laisserais pas entrer là-dedans.
« Eragon, depuis quand étouffes-tu la raison au bénéfice de tes sentiments ? »
Il ne répondit pas et tourna le dos à sa monture. Darriah resta figée sur cette dernière remarque. Eragon refusait d’entendre raison à cause de son inquiétude pour elle. Cela sous-entendait-il que le jeune homme avait pour elle des sentiments plus forts que ceux d’une amitié récente ? Elle chassa cette idée de sa tête. Elle n’avait pas le droit de se laisser distraire dans un moment pareil.
Elle s’approcha de son ami et lui posa une main sur l’épaule.
- Eragon, lorsque j’ai accepté de venir avec toi en quittant mon village, je t’ai dit que je t’aiderais à sauver ton frère, et tu as accepté mon aide. (Il se tourna lentement vers elle) Aujourd’hui j’ai enfin l’occasion de tenir ma promesse, alors je rentrerais dans cette crypte.
- Mais s’il t’arrives quelque chose et que je ne puisse pas te venir en aide ?
Elle sourit mélancoliquement en regardant ses mains, incapable de le regarder en face.
- Ma vie vaut bien moins que la tienne… Tu es si important pour les Vardens, et le sort de toute l’Alagaesia repose sur toi ! Alors que moi, si je disparais, je ne manquerais à personne…
- Détrompe-toi.
Il lui prit le menton entre le pousse et l’index et la força à le regarder.
- Tu comptes beaucoup pour moi. Et je n’ai pas envie de te voir disparaître.
Abasourdie par ses propos et sentant des larmes lui monter aux yeux, elle se détourna de lui. Elle ne devait pas laisser l’émotion la submerger, même si elle venait d’obtenir confirmation de la réciprocité de son affection. Elle devait en faire abstraction ! Saphira avait raison : il ne faillait pas laisser les sentiments prendre le dessus sur la raison.
- Tu n’as pas le choix pourtant, reprit-elle avec une voix qu’elle voulait cassante. C’est ça ou regarder ton frère mourir. (Elle se retourna vers lui) C’est ça que tu veux ? Rester les bras ballants en attendant qu’il meure d’inertie ?
Elle s’en voulait déjà d’avoir dit cela, mais elle devait se montrer brutale pour qu’Eragon retrouve ses esprits. Même si cela impliquait qu’elle le blesse.
Et puis elle n’était pas dupe ! Elle avait compris, en lisant l’anxiété sur le visage de son ami, que la vie de son frère dépendait de sa tâche et de sa capacité à l’accomplir rapidement. Et elle l’aiderait, même si ça devait être la dernière chose qu’elle ferait en ce monde. Sa volonté était arrêtée à présent et la peur n’avait plus aucune place dans son esprit. Seule une détermination de fer la guidait.
- Non… ce n’est pas ce que je veux, répondit Eragon, abattu.
- Alors laisses-moi y aller ! C’est la seule solution ! Il n’y en a pas d’autres !
Ses yeux dans les siens, il semblait chercher de nouveaux arguments, sans y parvenir.
Inspirant profondément, elle trouva le courage de sourire.
- Ne t’inquiète pas pour moi… je m’en sortirais.
Elle se détourna et avança, d’un pas lent mais sûr, vers la barrière. Alors qu’un dernier pas la séparée de sa destination, elle paniqua et s’arrêta. Elle ne pouvait pas y aller sans lui avoir dit. Il fallait qu’il sache… Il le fallait !
- Eragon, ajouta-t-elle en se retournant vers lui.
- Oui ?
- Tu… tu comptes aussi beaucoup pour moi !
- Darriah…
Elle ne le laissa pas terminer sa phrase. C’était trop douloureux. Sans y penser, elle franchit le voile magique, qui ne lui opposa pas plus de résistance qu’un rideau en toile.
Soudain, la terre trembla de nouveau, mais si fort qu’elle faillit en perdre l’équilibre. Elle se retourna juste à temps pour regarder Eragon paniqué, foncer vers elle. Puis tout devint noir. La barrière translucide vira brusquement à l’opaque, la laissant dans une obscurité totale.
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 8   Mon 10 Dec - 17:02

De l’autre côté de la paroi, Eragon frappait vainement sur le mur devenu roc. Il hurlait le nom de son amie, même s’il était convaincu qu’elle ne l’entendait pas. Il devait la sortir de là ! Il recula prêt à déchaîner sa magie lorsque les deux dragons s’agitèrent.
« Eragon ! s’écria Saphira. Quelque chose approche ! »
« Oui, je l’ai senti aussi » annonça Thorn.
Abandonnant à contrecoeur la barrière, il s’approcha du bord en scrutant le ciel.
- Ça vient d’où ? demanda-t-il.
« D’en bas ! » répondit-elle, aux abois.
Abaissant les yeux, Eragon ne comprit pas tout de suite ce qu’il voyait. Un gros nuage sombre remontait à une vitesse inquiétante de la brèche sans fond qui s’étendait sous leurs pieds. Forçant sa vision, il s’aperçut avec horreur que ce n’était pas un nuage. Comment était-ce possible ?
- Il faut filer d’ici et vite !!! s’écria-t-il en se ruant sur Saphira pour l’enfourcher.
« Qu’est-ce que c’est ? »
- Les Walless ! Elles arrivent !
« Quoi ?? balbutia Saphira, mais… je croyais… D’accord ! Filons ! Mais Darriah ? »
- Nous reviendrons la rechercher plus tard ! « Si nous ne sommes pas morts d’ici là » se retint-il d’ajouter.
Saphira déploya ses ails et décolla.
- Thorn, tu dois nous aider !
« Je ne le peux pas ! J’ai juré en ancien langage de ne pas combattre à vos côtés ! »
- Mais il n’est pas question d’être à nos côtés, mais de défendre ton dragonnier ! Si nous mourons, il sera tué aussi !
Eragon le vit lutter un instant contre lui-même. Il semblait contraindre sa propre volonté à lui obéir. Puis il leva les yeux vers Murtagh, qui gisait toujours inconscient sur la selle de Saphira. Cela suffit, sembla-t-il, à lui donner la force d’agir, car il prit son envol juste au moment où une horde de créatures assoiffées de sang déferlaient sur eux, avec des cris stridents.
Saphira lâcha la bride à toute sa puissance et fonça dans la direction opposée suivie de près par Thorn. Tout en se cramponnant, Eragon se retourna sur son séant et détailla ses poursuivantes. Elles étaient telles que les décrivaient les récits et même pire. Elles ressemblaient à des chauves souries, sauf qu’elles étaient cinq fois plus grandes et que leur queue et leurs ailes étaient plus large et plus allongées. Leurs grands yeux globuleux laissaient penser qu’elles avaient vraisemblablement vécu constamment dans l’obscurité. Leurs faces répugnantes et leur aspect flasque n’arrangeaient rien au tableau. Mais le plus redoutable restait encore leurs griffes acérées.
Eragon abandonna l’idée de leur fausser compagnie, étant donné la vitesse avec laquelle elles se déplaçaient. Il prit juste le temps de sangler aussi solidement que possible son frère à la selle, puis ordonna à Saphira de leur faire face au dernier instant. Dégainant Wyrda, il poussa un cri de guerre enragé. Saphira rugit aussi et ensemble ils foncèrent dans la mêlée.

L’atmosphère était exiguë et hostile. Le silence ambiant venait appesantir l’air, déjà difficilement respirable, et l’obscurité totale n’arrangeait rien. Darriah resserra son gilet sur ses épaules. Pour vaincre le froid ou se rassurer ? Sûrement les deux. Elle n’avait pas bougé depuis plus d’une minute, attendant qu’il se passe quelque chose ou qu’un bruit lui parvienne de l’autre côté de la barrière magique. Mais rien.
Décidant que cela avait assez duré, elle prit son courage à deux mains et délaissa le mur de roc pour avancer dans la direction opposée. Plus vite elle trouverait ce qu’elle était venue chercher, plus vite elle serait ressortie.
À mesure qu’elle progressait, l’air paraissait plus respirable. Elle eut même la sensation de sentir un léger courant d’air. Elle se déplaçait lentement pour ne pas tomber dans le noir et s’aidait du mur rocailleux sur sa gauche, qui semblait suivre un chemin relativement droit. Mais elle sentait que le tunnel se rétrécissait et elle était persuadée que si elle tentait les bras à l’horizontale, elle pourrait toucher les deux parois du passage.
Ses yeux s’étant habitués à l’obscurité, elle arrivait à voir assez pour éviter les éboulis qui encombraient de-ci de-là le chemin. Allait-elle continuer longtemps ainsi à s’enfoncer au plus profond de la montagne ?
Comme pour répondre à sa question, elle perçut une faible lueur bleutée lorsque le tunnel tourna légèrement sur la droite. Elle accéléra le pas pour rejoindre la lumière qui devint plus brillante. Elle déboucha enfin sur une salle plus vaste et au plafond très haut, qui s’ouvrait sur un dédale de tunnel menant elle ne savait où. Il y avait un socle au centre de la pièce sur lequel brûlait une flamme étrangement bleue. Probablement née de la magie, pensa-t-elle.
Elle avança vers elle lorsqu’elle se mit à flamboyer plus vivement, la faisant sursauter. Elle inspira profondément pour retrouver son calme. Elle était tendue à l’extrême, mais ne devait pas perdre son sang froid.
- Est-ce qu’il y a quelqu’un ? demanda-t-elle, sa voix résonnant sur les murs comme dans une cathédrale. Monsieur l’ancien… vous êtes là ? Ohééé…
Aucune réponse ne vint.
« C’est mauvais signe » pensa-t-elle. Si jamais elle devrait s’aventurer dans labyrinthe qui s’ouvrait devant elle, elle risquait à coup sûr de se perdre.
Elle avança encore du socle principal pour observer de plus près cette flamme étrange, lorsque soudain, un collège de silhouette apparut tout autour d’elle, formant un cercle duquel elle était prisonnière. Ne cherchant même pas à résister, elle resta parfaitement immobile devant les esprits translucides qui l’observaient. Comme ils gardèrent le silence, elle se lança.
- Bonjour… je… je me nomme Darriah, et je voudrais tout d’abord m’excuser pour cette intrusion…
Un murmure parcourut l’assemblée sans que la jeune fille ne parvienne à comprendre ce qui se disait. Allant de l’un à l’autre, tourna sur elle-même à la recherche d’un semblant de réponse.
- Je suis à la recherche d’un objet magique appelé la pierre de volonté. Pouvez-vous m’indiquer…
Elle fut interrompue par un esprit sur sa gauche, qui semblait plus jeune que le vieil homme derrière la barrière magique, mais la même sagesse brillait dans ses yeux sombres et sa voix était tout aussi forte que lointaine.
- Ton âme est-t-elle pure ?
- Je… je pense que oui…
- L’est-elle ou pas ?
- Oui. Sinon vous ne m’auriez pas laissé entrer ici… non ?
L’ancien ne répondit pas. Un autre sur sa droite parla.
- Place ta main au-dessus de l’Amkech.
- La quoi ?
L’esprit désigna le socle central où brûlait toujours la flamme bleutée.
- Vous voulez que je mette ma main au feu ? demanda-t-elle incrédule.
Ils ne répondirent pas et manifestèrent même une certaine impatience. Peu désireuse de les contrarier, la jeune fille s’approcha du piédestal en marbre sculpté. Elle regarda à nouveau ses hôtes qui patientaient, immobiles. Pourquoi lui demandaient-ils de faire une telle chose ? Et puis y arriverait-elle seulement ?
Faisait le vide dans sa tête, elle fixa de nouveau la flamme et s’aperçut avec surprise que cette dernière ne dégageait aucune chaleur. Pourtant elle se trouvait suffisamment près pour la sentir. Mais la température n’avait pas augmenté.
Elle leva une main tremblante vers le feu, maudissant intérieurement les esprits pour ce qu’ils lui faisaient faire. Lorsque les flammèches lui léchèrent la paume, elle ne sentit aucune chaleur, mais au contraire une sensation de froid, comme si elle avait laissé sa main courir dans le torrent d’un ruisseau rafraîchissant. Des picotements lui remontèrent jusque dans le poignet, puis le long du bras et très vite, elle fut complètement paralysée, incapable de bouger. Le fourmillement se transforma vite en douleur, qui se répandit dans tout son corps, n’épargnant aucun muscle. Ayant la sensation qu’elle allait exploser, elle tenta vainement de retirer sa main et poussa un cri de terreur et de douleur.
En un instant, tout s’arrêta subitement et elle s’écroula sur le sol, soulevant un nuage de poussière.
Sonnée, elle se releva lentement pour affronter ses tortionnaires. Pensant qu’ils devaient être contents qu’elle ait satisfait leur exigence, elle fut déconcertée de trouver sur leur visage des expressions de mécontentement. Qu’est-ce qu’elle avait fait pour leur déplaire ? Elle leur avait obéi pourtant, alors pourquoi ? Et quelle était au juste la fonction de cette flamme étrange ?
- Tu as du sang sur les mains ! annonça un ancien.
Regardant intuitivement ses paumes, elle constata qu’il n’y avait rien d’autre que de la poussière dessus. Déconcertée, elle leva les yeux vers un autre esprit qui s’était avancé d’un pas.
- Ton âme n’est pas pure car tu as déjà versé le sang.
- Non ce n’est pas vrai, se défendit-elle, je n’ai jamais tué personne, pas même un animal !
- Pourtant tes mains sont souillées par le sang. L’Amkech ne dit que la vérité.
- Mais c’est impossible…
- N’as-tu jamais versé le sang de toute ta vie ?
- Non ! Je n’ai jamais…
Elle s’interrompit, prenant soudain conscience de ce à quoi ils faisaient allusion. Elle était parfaitement sincère en affirmant n’avoir tué personne et elle aurait même pu affirmer n’avoir jamais blessé personne, mais c’était sans compter les derniers jours écoulés. En effet, elle avait bien blessé quelqu’un avec une flèche, et c’était pour sauver cette personne qu’elle se trouvait là aujourd’hui.
- Oui… vous avez raison, j’ai déjà blessé quelqu’un…
- Blessé ? Ce n’était pas un accident. Ton intention était de tuer, n’est-ce pas ?
- Je…
Que pouvait-elle répondre ? Mentir ne servirait qu’à empirer la situation dans l’état actuel des choses. Et la vérité ? Elle avait réellement eu envie de terrasser Murtagh au moment des faits.
- Je l’avoue. C’est vrai. Mon intention était de tuer.
- Alors ton âme n’est pas pure ! s’écria l’ancien. Tu n’es pas digne de demeurer en ce lieu et ta punition sera la mort !
Les autres esprits acquiescèrent à cette sanction, au grand damne de la jeune fille.
- Attendez ! Vous ne comprenez pas ! J’ai agi pour sauver une personne ! Si je ne l’avais pas fait elle serait peut-être morte !
- Une supposition ne suffit pas à justifier des intentions meurtrières ! Et puis l’objet que tu es venue chercher est trop dangereux pour être confié à une âme impure, aux intentions perverties !
- Vous vous trompez ! Je n’ai pas…
- Assez ! coupa l’ancien d’une voix menaçante. Nous ne sommes pas ici pour débattre. As-tu une dernière chose à dire avant l’exécution de la sentence ?
Tremblant de peur et de colère face à une telle injustice, elle continua d’une voix vibrante de détermination.
- Oui ! Je voudrais dire à cette assemblée que mes intentions ne sont nullement égoïstes ou mauvaises ! Je suis venue ici au péril de ma vie pour récupérer cette pierre et ce n’est pas pour mon bénéfice personnel ! Elle servira à guérir une personne qui en a besoin… cette même personne que j’ai voulu tuer, l’espace d’un instant.
Baissant la tête, elle desserra les points et attendit passivement que sa fin vienne. Après tout elle savait que ça finirait comme ça. Mais cela l’attristait profondément… Pas que sa vie s’arrête ainsi, mais qu’à cause de son échec, Eragon soit obligé de tuer son frère. C’était donc deux vies qui seraient inutilement gâchées.
Sentant un léger changement de température, elle releva la tête et sursauta en s’apercevant qu’un ancien se tenait juste devant elle, son visage à quelques pouces du sien. Il la fixait avec ses yeux sombres si intensément, qu’elle avait l’impression qu’il pouvait voir au plus fond d’elle.
Le temps sembla se figer. Personne ne bougeait. Pas un souffle d’air ne s’agitait. Elle ne fit pas un mouvement, mise au supplice par ce regard si pénétrant. Elle se sentait étrangement légère. Etait-ce cela qu’on éprouvait au moment de mourir ? Son esprit était-il en train de quitter son corps ? Est-ce que cela serait douloureux de dire adieu à ce monde ?
Une larme roula sur sa joue sans qu’elle puisse l’arrêter. Sa dernière heure avait sonné, et l’ultime image qu’elle emporterait de ce monde serait celle des yeux d’un ancien : son bourreau.
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 8   Mon 10 Dec - 17:03

Lorsque Darriah ouvrit les yeux, elle cligna des paupières, comme si elle venait de s’éveiller d’un long rêve. Elle regarda autour d’elle et distingua l’esprit de l’ancien qui s’était retiré vers ses semblables. Ils palabraient à voix basse dans une langue qu’elle ne comprenait pas. Observant ses mains et son corps, elle s’aperçut qu’elle était toujours vivante et qu’elle n’avait pas bougé. Que s’était-il passé ? Pourquoi l’ancien ne l’avait-il pas tué ? Que devait-elle faire ? Profiter de ce répit pour sauver ce qui pouvait encore l’être : c'est-à-dire sa vie ? Passer si près de la mort lui avait fait prendre conscience d’une chose essentielle : elle tenait vraiment à la vie, maintenant plus que jamais !
Elle se détourna légèrement, se préparant à s’engouffrer dans le tunnel par lequel elle était venue, lorsqu’elle découvrit avec horreur qu’il n’était plus là ! L’entrée avait disparu, remplacée par un mur de roc égal aux autres parois de la pièce. Quoi qu’il arrive, elle était piégée. Et tenter de s’aventurer dans le labyrinthe en face d’elle semblait tout aussi dangereux qu’affronter les esprits. Elle reporta de nouveau son attention sur eux. Même si elle ne comprenait pas un traître mot de leur conversation, il semblait y avoir des dissensions. Elle allait se décider à les interrompre lorsqu’ils se tournèrent vers elle.
- Nous avons pris une décision, avança l’un d’eux.
- À quel sujet ?
- Tu as pénétré ici sachant ce que tu encourais, continua-t-il en ignorant sa question. Tu as commis par le passé un acte profondément vil, car tu as blessé l’un de tes semblables, avec l’intention de prendre sa vie.
- Mais je…
- Ce que tu réclames est conservé en ce lieu car sa dangerosité est réelle, et il ne doit pas tomber entre de mauvaises mains.
Elle n’essaya plus d’intervenir. Quoi qu’ils aient décidé, ils ne reviendraient pas sur leur décision et tenter de discuter ne servait à rien.
- Seule une âme pure peut pénétrer en ce lieu et tenter de prouver sa valeur. Ton âme n’est pas pure… (Elle retint son souffle) en revanche elle n’est pas vraiment impure.
Elle s’arrêta sur cette dernière remarque. Qu’est-ce que cela signifiait ?
- Tu as voulu tuer une personne, mais tu as pris le risque de perdre la vie pour la sauver. C’est un acte d’une totale abnégation et cela rachète ta faute à nos yeux.
- Je… Merci, balbutia-t-elle, ne sachant quoi ajouter. Est-ce que… c’est pour ça que vous ne m’avez pas tuée ?
Le sage qui s’était avancé vers elle un instant auparavant, fit un pas et acquiesça
- Oui. J’ai sondé ton cœur tout à l'heure et il ne mentait pas. Ton intention est bien de sauver ce jeune homme, même s’il te faut mourir en essayant.
- C’est vrai…
Elle baissa les yeux en tentant de retrouver sa faculté de concentration et de réflexion. Reprenant contenance elle continua.
- Est-ce que ça veut dire que vous acceptez de me donner la pierre de volonté ?
- Seule la vie t’a été épargnée pour ta bonne foi, mais si tu désires vraiment ce que tu es venue chercher, alors il te faudra prouver ta valeur.
- Comment ? Je croyais que mes intentions…
- Cela ne suffira pas.
- Alors que dois-je faire ?
L’esprit reprit ça place auprès des siens et il parla d’une voix qui semblait réunir toutes les autres.
- Si tu désires t’emparer de la pierre de volonté, il te faudra retrouver ton chemin à travers le méandre des morts.
- Le quoi ?
L’ancêtre se retourna et désigna le dédale de tunnel qui se trouvait derrière lui. Ce que la jeune fille redoutait le plus se confirmait : elle allait devoir s’aventurer dans le labyrinthe.
- Si tu trouves la sortie, alors tu trouveras la pierre. Mais prends garde, car le méandre est habité par ceux qui ne sont plus…
- Des morts ? demanda Darriah, essayant de stabiliser sa voix pour qu’elle ne tremble pas trop.
- Leur esprit. Certains bienveillants. D’autres malveillants. Cela dépendra de tes rencontres. Mais fais bien attention car, si tu t’égares dans le méandre des morts, tu risques de perdre bien plus que la vie.
Terrifiée par ce dernier avertissement, la jeune fille garda le silence. Est-ce que tout cela en valait vraiment la peine ? Elle avait pris conscience, quelques instants auparavant qu’elle tenait profondément à la vie. Allait-elle risquer de la perdre et même d’avantage ?
Son cœur battait la chamade. Elle sentit une goutte de sueur froide lui couler le long de l’échine. Elle fit de son mieux pour contrôler sa respiration, qui s’était un peu trop accélérée. La peur la tenaillait mais elle devait absolument se maîtriser. Il ne fallait pas craquer maintenant. Et puis elle ne pouvait plus faire marche arrière… quoi que ? Après tout, ils lui avaient laissé la vie sauve, alors cela devait vouloir dire qu’elle avait le droit s’en aller. Mais après ? Que se passerait-il si elle ressortait sans la pierre ?
Elle pensa au visage défait et au regard déçu que lui jetterait probablement Eragon. Sa déception n’aurait d’égal que la souffrance de devoir assassiner son propre frère. Sans compter qu’il tenterait certainement de pénétrer lui-même dans la grotte. Il y laisserait la vie… à cause de sa propre lâcheté à elle.
Non ! Elle ne pouvait pas laisser faire sa. Elle regarda les tunnels, situés à l’autre extrémité de la salle et dont les entrées étaient faiblement éclairées par l’unique flamme bleue qui brûlait toujours. Elle savait qu’au-delà du champ de lumière bleutée, l’obscurité totale l’attendait… ainsi que des morts.
Elle ne pouvait pas faire marche arrière, mais avancer… c’était trop dur ! Elle n’était pas aussi courageuse, malgré ce que pensait Eragon.
Elle se tourna vers les anciens.
- N’y a-t-il pas un autre moyen ?
- Non.
- Pourquoi m’imposez-vous cela ?
- Si tu refuses, alors retourne en arrière vers la sortie du tunnel. Nous ne t’en empêcherons pas.
- Je ne peux pas, murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour eux.
Désemparée, elle se résigna. Se tournant de nouveau vers le méandre, elle inspira profondément.
- Au bout du labyrinthe vous dites ? (Ils hochèrent la tête) Est-ce que tous les chemins y mènent ?
- Ce sera à toi de le découvrir.
- Alors vous ne m’aiderez pas ?
- Non.
- Très bien ! répondit Darriah, qui sentait une sorte de colère sourde remonter en elle.
Elle ne tenta pas de l’étouffer, au contraire et la laissa l’envahir. Mieux valait être énervée, qu’effrayée. Gardant à l’esprit les motivations qui la poussaient à aller de l’avant, elle repoussa dans un coin de son esprit ses peurs et ses craintes.
Elle avança d’un pas déterminé vers le tunnel central sans jeter un seul regard aux ancêtres.

Cela faisait bien dix minutes qu’elle marchait dans le noir sans s’être heurtée à autre chose qu’à des roches irrégulières. À certains endroits, le plafond descendait si bas qu’elle se cognait involontairement la tête sur la voûte rocailleuse. Si bien qu’elle devait constamment surveiller les parois sur sa droite et sa gauche, mais également le roc au-dessus d’elle et le sol, qui était parfois encombré par des éboulis.
Elle essayait de conserver sa résolution de fer mais le froid ambiant, l’obscurité totale et le silence de mort la rendait de plus en plus nerveuse. C’était comme si ce calme désarmant, présageait une tempête dévastatrice. Et plus le temps s’écoulait, plus redoutable serait la tourmente.
Elle avait suivi jusque-là un chemin aussi droit que possible, tournant à droit ou à gauche lorsqu’elle n’avait pas d’autre choix. Les galeries se croisaient sans cesse. D’où la réponse énigmatique des anciens : ces passages pouvaient tous mener à la sortie, comme ne mener nulle part…
Elle sentit soudain un courant d’air la frôler. S’arrêtant net, elle tendit l’oreille à la recherche de la provenance et la nature ce de souffle d’air. Oubliant d’en respirer, elle resta parfaitement immobile. Tout à coup, elle se sentit violemment projetée en avant et heurta rudement le sol. Se retournant, elle tenta vainement de percer les ténèbres pour voir son agresseur. Mais elle n’entendit qu’un rire lugubre et moqueur qui s’éloignait déjà.
Une foule de pensées et sentiments l’envahissait, mais elle rejetait tout en bloc au fond de sa conscience. Elle ne devait pas paniquer et continuer d’avancer. Elle se releva et constata que son genou l’élançait. Maudite roche ! Pourquoi était-elle si dure et acérée ?!
Elle reprit son chemin avec un peu plus d’ardeur. Elle avait la sensation, plus que jamais, que le temps pressait et elle ne se souciait plus maintenant d’éviter les irrégularités du tunnel. Elle sentait, malgré sa presse, un liquide chaud s’écouler de son genou.
Continuant malgré tout, elle entendit au loin, dans une direction qu’elle ne put identifier, un nouveau rire malsain. Elle accéléra le pas, ne gardant qu’une main sur le mur de droite. Elle trébucha et s’étala de nouveau sur le sol, se cognant le visage cette fois. Ses mains aussi écorchées, elle ne tenta même pas de déterminer ce qui l’avait fait tomber. Elle se releva et reprit sa course.
Des voix et des murmures émergeaient de tous côtés, l’obligeant à s’arrêter. Même si elle ne voyait rien, elle comprenait parfaitement qu’elle était cernée de toutes parts. Les sons qu’elle percevait allaient des sanglots désespérés, aux gémissements de souffrance, en passant par des chuchotements interrogateurs.
Refoulant toujours ses émotions au fond d’elle-même, Darriah tenta de préserver sa raison en écoutant uniquement sa froide logique. Elle devait continuer à avancer ! Rien d’autre ne comptait et elle ne devait pas se laisser impressionner par des bruits étranges. Elle fit un pas, puis un autre, sans rencontrer d’obstacle. Mais certaines voix se firent plus distinctes et menaçantes. Les supplications se changèrent en provocations agressives.
Elle resta de marbre et avança de trois pas supplémentaires. Mais soudain, sa jupe s’accrocha à quelque chose, l’empêchant d’aller plus loin. Elle tenta de se dégager, mais sentit qu’on lui tirait les cheveux. Frappant dans le vide, elle se débattit contre le néant avec un crescendo de bruit assourdissant. Elle trébucha en arrière et tomba sur le dos. Acculée au sol, elle reçut plusieurs coups violents un peu partout, mais ne cessa pas de se défendre. Cependant, elle n’arrivait pas à atteindre ses agresseurs invisibles, qui semblaient constitués de vapeur. Poussant hurlement de rage, elle se releva brusquement malgré les coups qui pleuvaient. Se remettant en route, elle courut à toute vitesse à l’aveugle, dans l’espoir absurde de semer ses assaillants. Sans trop le réaliser, elle constata au bout d’une minute qu’elle y était parvenue.
Le calme étant revenu, elle ralentit le pas pour reprendre son souffle. Son corps la faisait atrocement souffrir. Elle ressentait des élancements aux bras, aux jambes, à l’abdomen, et au visage. Elle passa sa langue sur sa lèvre inférieure et sentit le goût métallique du sang.
Dans le silence total, elle ne percevait que les battements précipités de son cœur et sa propre respiration saccadée.
Etait-ce terminé ? Avait-elle passé le pire ? Elle osait espérer à présent qu’au détour d’un couloir elle trouverait enfin la sortie. Rejetant toujours les pensées néfastes qui lui soufflaient qu’elle tournait sûrement en rond et qu’elle ne trouverait jamais la sortie, elle continua obstinément à avancer.
Brusquement, elle crut percevoir une lueur bleutée. Se frottant doucement les yeux pour ne pas les irriter davantage, elle regarda de nouveau cette lueur : elle était très faible, mais pour elle qui avait passé un temps infini dans le noir, elle semblait briller de mille feux. Se dirigeant vers elle, Darriah sentit son cœur se gonfler d’un nouvel espoir. Elle avait trouvé la sortie ! Elle en était persuadée et seulement quelques pas l’en séparaient.
La lueur était immobile à une quinzaine de pas d’elle, mais la jeune fille ne parvenait pas à identifié d’où elle émanait précisément. Elle semblait provenir d’un espace haut et large de forme ovale. Cela faisait penser à une porte arrondie ou à une ouverte étrange.
Lorsqu’elle fut à une dizaine de pas, elle entendit soudainement un cri inhumain et assortissant devant elle. S’arrêtant net, elle observa avec effroi, la forme lumineuse devant elle qui pivotait. Ce n’était pas la sortie mais en réalité un esprit semblable aux anciens : d’aspects bleuté et translucide. A la différente que son visage ne reflétait aucune expression de bienveillance, mais au contraire un affreux rictus haineux.
Sans qu’elle ait le temps de réagir ou d’esquisser un mouvement, elle fixa impassible la silhouette qui fonçait à une vitesse effrayant vers elle, hurlant à la mort. Le choc fut si violent et brutal qu’elle perdît pied avec le sol, et la dernière chose dont elle se souvint, fut une douleur intense à ses yeux, avant de sombrer au son de ses propres cris dans le néant.

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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 8   Mon 10 Dec - 17:04

Non loin de là, une bataille faisait rage. Dans un fracas d’épée et de griffes, dragons, dragonnier et Walless, s’affrontaient sans relâche. Eragon était au bord de l’évanouissement. Il luttait depuis un temps qui lui paraissait une éternité, contre des créatures redoutables. À chaque fois qu’il en éliminait une, deux autres revenaient à la charge. Décidément, celle horde sauvage ne semblait pas avoir de fin. Il maniait Wyrda avec dextérité, mais la fatigue d’une si longue bataille retombant sur ses membres, l’épée qui lui avait semblé légère en début d’affrontement, pesait une tonne à présent. La soulevée pour l’abattre était un calvaire et ses mouvements perdaient en vitesse et en précision.
En plus de devoir se défendre, il devait aussi constamment protéger son frère des attaques qui le visaient. Ayant reçu déjà plusieurs coups à sa place, il continuait à le préserver à ses dépens. De leurs côtés, les dragons jouaient habilement de leurs crocs, leurs griffes, leur queue et leurs jets de flamme pour éventrer et carboniser un maximum d’ennemies. Thorn se débouillait très bien car il n’avait pas de charge à transporter comme Saphira et cela le laissait plus libre de ses mouvements.
Il combattait un peu à l’écart, se chargeant du flanc gauche d’Eragon. Le jeune homme jugeait que cette façon d’agir était un moyen pour le dragon de les aider, en trahissant le moins possible son serment. En agissant loin d’eux, il devait avoir l’impression de ne pas combattre avec eux. Son appui était utile, mais il les aurait aidés davantage en restant près d’eux.
Saphira de son côté combattait avec acharnement. Elle ne lésinait pas sur les efforts qu’elle déployait pour éliminer autant de créatures qu’il en faudrait, pour que son dragonnier ne soit pas submergé. Elle était couverte de sang : principalement celui de ses adversaires. Mais elle avait aussi reçu quelques blessures sérieuses, sans que ça l’empêche de batailler pour autant.
Eragon reprit son souffle entre deux vagues déferlantes. Il avait mal partout et son corps était lacéré par de multiples blessures sanguinolentes. Ses articulations étaient en feu et sa tête le faisait souffrir à cause d’une utilisation intensive de la magie. Si Saphira tenait encore le coup, lui ne parvenait plus à trouver les ressources nécessaires. Il ignorait comment il arrivait encore à lever ne serait-ce qu’un bras, et pourtant il arrivait à chaque fois à renouveler l’exploit. Mais combien de temps cela durerait-il encore ? Où en était Darriah en ce moment même ? Lui était-il arrivé quelque chose ? Ressortirait-elle un jour de cette maudite grotte ? Et si ça n’arrivait pas, devraient-ils combattre jusqu'à la mort dans l’attente de son retour incertain ?
Ces questions sans réponses contribuèrent à le décourager un peu plus. Il avait envoyé Darriah à la mort, et maintenant c’est eux qui allaient suivre.

Battant des paupières pour essayer de percevoir une lueur, seule l’obscurité éternelle lui parvint. Darriah finit par remuer un peu, se demandant si elle était toujours de ce monde. La souffrance qui se réveilla au premier de ses mouvements lui indiqua que oui. Elle était étendue dans la poussière, face contre terre. Elle n’entendait pas âme qui vive autour d’elle, mais s’aventurer à se relever semblait au-dessus de ses forces. La douleur dans tous ses membres n’était pas le seul frein, elle ressentait également une incroyable lassitude, comme si elle venait de courir pendant des jours et des nuits entières, sans jamais s’être arrêtée pour boire ou manger. L’apesanteur lui paraissait beaucoup plus difficile à supporter. Mais que faisait-elle là au juste ? Tentant de s’éclaircir les idées, pour dissiper le brouillard qui enveloppait son esprit, elle essaya de se rappeler comment elle était arrivée ici. S’aidant de son bras droit, puis de son gauche, elle réussit au prix d’un grand effort à s’asseoir en s’adossant à un mur.
Que s’était-il passé ? Et qui avait éteint la lumière ? Et surtout, pourquoi avait-elle si mal ?
Un cri glaçant mais lointain, la ramena soudain à la réalité de la situation. Commençant à trembler compulsivement, elle se remémora à la vitesse de l’éclair, chaque instant qui l’avait menée jusqu’ici. Une larme acide roula sur sa joue. Pourquoi pleurer lui faisait-il si mal ? Etait-ce sa fierté qui en prenait un coup ? Non, pas dans une situation telle que celle-ci, où n’importe qui aurait craqué !
Son tremblement s’intensifia, lorsque l’écho de la voix sinistre se rapprocha. Reliant ses jambes contre son torse, elle les enroula de ses bras et posa la tête sur ses genoux. Elle s’abandonna alors complètement à son désespoir, elle laissa ses larmes couler silencieusement, dans l’attente d’une fin irrémédiable. Elle entendait les cris espacés, qui progressaient dans une autre direction, sans pour autant s’éloigner beaucoup.
Soudain, elle prit conscience qu’une autre présence se trouvait à proximité. Silencieux, cet esprit restait là sans bouger.
- Qui est là ?
- Darriah… murmura une voix à la fois lointaine et proche.
La jeune fille sursauta en tendent son nom. Comment les esprits pouvaient-ils le connaître ?
- Darriah… répéta la voix.
Y prêtant plus d’attention cette fois-ci, elle releva brusquement la tête en reconnaissant cette voix. Son sang se glaçait et un frisson d’angoisse lui remontait le long de l’échine.
- Ma… Maman ? balbutia-t-elle.
- Ne pleure pas ma chérie.
Cette dernière phrase et le ton caractéristique avec laquelle elle avait était prononcée, enleva ses derniers doutes à la jeune fille. Elle redoubla de sanglots.
- Maman c’est bien toi ! Mais comment est-ce possible ? Tu es … tu es …
- Je suis morte oui… termina-t-elle d’une voix paisible.
- Mais alors… c’est ici qu’on se retrouve après la … mort ?
- Non.
- Alors pourquoi es-tu ici ?
- Parce que tu as besoin de moi, et que par-delà l’autre monde, j’ai entendu ton appel au secours.
- Mais je…
- Nous avons très peu de temps ma chérie. Il faut te sortir de là, avant que les autres te retrouvent ! Beaucoup d’esprits malfaisants rodent ici, tu en as rencontré certains, mais il y en a de bien pire… Il ne faut pas rester ici.
- Mais…
- Lève-toi ! Il faut partir !
- Je… j’en suis incapable… articula-t-elle entre deux hoquets.
- Mais si voyons ! Tu peux y arriver ! Je sais que tu en es capable. Alors maintenant lève-toi !
- C’est si dur… ajouta-t-elle en tentent de faire jouer ses muscles.
- Allons… tu as réussi à me tenir tête au long de toutes ses années, ce n’est pas maintenant que tu vas renoncer ?
Souriant malgré ses craintes et son extrême faiblesse, Darriah repoussa ses jambes et s’adossa au mur pour essayer de se remettre sur ses pieds. Son corps protesta, l’obligeant à pousser un petit cri de détresse.
- J’y arriverai pas.
- Bien sûr que si ! Il le faut !
La voix stridente se rapprocha de nouveau.
- Aller un petit effort, l’encouragea sa mère. Il faut partir avant qu’il ne revienne. Je t’en prie ma chérie ! Ton heure n’est pas venue alors bas-toi !
Puisant de nouveau dans sa détermination, la jeune fille ignora protestations de son corps, et fit un pas en avant, puis un autre, dans la direction de sa mère.
Elle ne pouvait la voir dans l’obscurité, et ses paupières avaient du mal à se lever de toute façon. Pourtant elle aurait tant aimé revoir son visage une dernière fois. Et puis pouvoir la regarder en face lorsqu’elle lui dirait… tiens d’ailleurs, elle devait le faire maintenant avant qu’il ne soit définitivement trop tard.
- Maman… je dois te dire…
- Plus tard ma chérie, tu dois continuer d’avancer !
- Oui mais…, commença-t-elle, tout en essayant de garder l’allure. C’est important… Je … Je voudrais m’excuser pour ce qui s’est passé avant l’attaque… Je n’aurai jamais dû crier après toi…
- Plus tard…
- Non maintenant ! Je n’aurais peut-être plus jamais l’occasion de t’en parler alors je tiens à le faire !
- Chérie, je sais déjà ce que tu as à me dire ! Cette dispute n’était pas de ta faute, mais de la mienne… J’ai abusé de mon autorité sur toi et ce n’était que justice que te me remette à me place. Je ne t’en veux nullement de ce qui s’est passé et je ne t’en tiens pas rigueur. Cette dispute était quelque chose de banal et sans gravité et nous savons toi comme moi, que nous n’y aurions plus pensé le lendemain. Mais voilà, si nous en parlons maintenant, c’est parce que cette dispute anodine est la dernière conversation que nous ayons eue. Moi aussi, j’aurais souhaité que les choses se passent autrement… oh oui ! J’aurais tellement voulu te voir t’accomplir en tant que femme et te voir fonder une famille. Comme je serais triste de ne plus être là pour assister à tout cela. Mais j’ai confiance en toi et je sais que peu importe la voie que tu choisiras de prendre, elle sera bonne car c’est toi qui l’auras choisie.
De nouvelles larmes roulèrent sur les joues de la jeune fille, qui n’arrivait plus à contenir ses émotions. Entendre ses mots était un tel soulagement pour elle, qu’elle n’arrivait même plus à articuler le moindre mot.
Pour ne pas s’abandonner complètement, elle se concentra sur sa marche laborieuse et exténuante. Elle avait l’impression que chaque pas la poussait un peu plus dans le royaume des morts, tellement son corps et son être la faisaient souffrir. La seule chose qui la poussait encore à avancer, c’était les encouragements de sa mère. Elle n’avait pas le droit de la décevoir, pas cette fois-ci !
Progressant pas après pas, elle sentait peu à mon son allure ralentir à mesure que ses dernières forces l’abandonnaient. Bien que la motivation pouvait faire beaucoup, il y avait des limites à ce que le corps humain pouvait endurer. D’autant plus que Darriah soupçonnait l’esprit frappeur de lui avoir fait autre chose que la bousculer. Peut-être que le contact qu’elle avait eu avec lui l’avait vidé de ses forces ? Ou qu’il avait provoqué cet état de fait ? Quoi qu’il en soit, le résultat était le même : elle était littéralement vidée, sans que cela ai un rapport avec les multiples blessures dont elle souffrait.
Sentant quelque chose céder en elle, elle s’écroula.
- Aller Darriah ! Encore un petit effort ! l’exhorta sa mère. La sortie n’est plus très loin !
L’esprit malveillant profita de cet instant précis pour pousser un nouveau cri effrayant, de par sa sonorité aiguë, mais surtout par sa dangereuse proximité. Malgré l’écho qui brouillait sa perception des distances dans un tunnel si étroit, la jeune fille estima qu’il devait se trouver à une vingtaine de pas, tout au plus.
Sous l’impulsion de la peur, elle trouva le courage de se relever et de continuer. Si sa mère lui disait que la sortie n’était plus très loin, ça devait être vrai. Dans le cas contraire elle était perdue.
Sentant que la présence dans son dos se rapprochait rapidement, elle accéléra sans trop savoir comment elle parvenait encore à mettre un pied devant l’autre. Elle sentit soudain un changement dans l’atmosphère : l’air était moins chargé et plus chaud.
Au prix d’un effort considérable, elle ouvrit les yeux qu’elle maintenait fermés depuis la collision, pour diminuer la sensation de picotement désagréable qui l’assaillait. La douleur explosa dans ses globes oculaires, l’obligeant immédiatement à abaisser ses paupières. Elle eut néanmoins le temps d’apercevoir l’endroit où elle se trouvait et d’en garder une image assez précise en tête pour la détailler. Elle était dans une nouvelle salle plus vaste ou trônait en son centre, un piédestal de pierre, sur lequel reposait un objet qui flottait dans une aura mauve. Juste derrière, se trouvait une issue délimitée par le même genre de voile lumineux translucide qu’elle avait franchi pour pénétrer dans la crypte.
Son cerveau se mettant brusquement à refonctionner, après la douleur aiguë mais passagère à ses yeux, elle se précipita sur le piédestal, sans réfléchir à ce qui pourrait arriver d’inconvenant si elle se hâtait. À la seconde où elle démarra, elle sentit une légère décharge électrique lui parcourir l’échine, sûrement due au contact avec l’esprit qui venait juste de la frôler.
N’écoutant que son instinct, elle fonça avec ce qu’il lui restait d’énergie et d’adrénaline vers ce qu’elle pensait être la pierre de volonté. Agrippant quelque chose de froid et métallique au passage, elle continua sa route sans ralentir, droit vers la barrière magique, priant pour ne pas trébucher avant de l’avoir franchie. Ne ressentant pas plus de résistance que lorsqu’on passe à travers un rideau de tissu, elle passa de l’autre côté et s’écroula deux pas plus loin, à bout de souffle et exténuée.

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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 8 (Fin)   Mon 10 Dec - 17:05

Eragon abattit son épée sur le crâne d’une Walless, qui se fendit en deux. Ce dernier coup était le premier qu’il parvenait à donner depuis près d’une minute. Saphira le sentant incapable de combattre, avait redoublé d’effort pour le laisser souffler quelques instants.
Une nouvelle Walless apparut dans son champ de vision et il tenta de lever son épée comme il le faisait d’instinct dans ces cas là, mais il ne fut pas assez rapide. La scène se figea soudain : alors que la collision semblait inévitable et qu’elle provoquerait de gros dégâts pour le dragonnier, la créature s’arrêta en vol, comme paralysée. Regardant autour de lui, Eragon constata que les autres étaient dans le même état de torpeur. Saphira en profita pour décimer ses adversaires immédiates, avant de s’arrêter elle aussi devant le phénomène étrange.
En un éclair, toutes les Walless explorèrent simultanément dans un tourbillon de poussière et de fumé.
« Que s’est-il passé ? » demanda-t-il à Saphira.
« Je ne sais pas… mais je pense que ça a un rapport avec Darriah. Soit elle vient de réussir, soit au contraire elle est…
« Non ! Ne dis pas ça ! »
Il baissa la tête incapable d’en dire davantage, abattu par la fatigue et le désarroi.
« Ca va toi ? s’inquiéta sa dragonne. Tu es dans un triste état. »
« Oui… retournons à l’entrée de la crypte veux-tu ? »
« D’accord. »
Elle vira de bord et contourna la montagne pour se rendre sur la face sud. Le soleil était presque couché et l’ombre des cimes s’allongeait, rendant les massifs plus menaçants qu’il ne l’était déjà.
Saphira s’apprêta à atterrir lorsque Thorn, resté en arrière, les contacta mentalement pour leur demander de le rejoindre sur la façade nord. Quand ils arrivèrent à sa hauteur, ils le trouvèrent posé sur une plateforme plus petite que la première, mais toute aussi lisse et plate.
Eragon repéra immédiatement la petite silhouette étendue sur le sol et n’eut aucun doute sur sa nature.
- Darriah ! s’écria-t-il. Saphira pose-toi vite !
Elle obéit. Eragon fut quelque peu soulagé de sentir de l’inquiétude émaner de sa monture. Elle aussi était inquiète pour son amie et ça le réconfortait dans un sens. Elle n’avait pas manifesté beaucoup de sympathie pour la jeune fille, jusqu’ici du moins.
Dès qu’elle atterrit, Eragon sauta au sol dans l’intention de se précipiter sur son amie, mais ses jambes refusèrent de le porter et il s’écroula. Ne renonçant pas pour autant, il rampa vers elle avec une angoisse croissante, qui grandissait au creux de son estomac. Pourquoi ne bougeait-elle pas ? Elle n’était quand même pas…
Arrivant à ses côtés, il la saisi délicatement pas les épaules et la retourna. Il eut un léger mouvement de recul en découvrant son visage : il était atrocement brûlé au niveau des yeux.
Il se pencha vers elle pour guetter avec anxiété un signe de vie. Il poussa un soupire de soulagement en entendent le souffle faible mais régulier de la jeune fille. Étudiant le reste de son corps, il découvrit qu’elle avait été sauvagement agressée et ses vêtements en portaient les stigmates. Puis son attention fut attirée par une lueur au creux de la main de son amie. Lui desserrant les doigts, il découvrit qu’elle serrait dans sa paume un médaillon d’or serti d’une pierre précieuse de couleur mauve, qui émettait un léger rayonnement. S’en saisissant, il la maintint à hauteur des yeux et l’observa à la lumière décroissante de l’astre sacré.
- Elle a réussi Saphira ! s’exclama-t-il les larmes aux yeux. Elle a ramené la Pierre de Volonté !

A SUIVRE...
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 9   Sun 10 Feb - 14:25

Chapitre 9


Des sons tourbillonnants. Des voix entrecoupées. Des bruits étranges et difficilement identifiables. Une sensation de fourmillement désagréable. Une lumière blanche, brillante et même douloureusement intense. Puis des rayons rougeoyants et réchauffants. Un ciel aux couleurs pâles. Une impression d’étouffement et d’entrave. Et une grande difficulté à remuer une quelconque partie de son corps.
Telles étaient les premières sensations qu’il éprouva à son réveil. Observant un peu plus le monde alentour, il découvrit qu’il était attaché à une selle par des sangles très serrées. Essayant de bouger, il s’aperçut que hormis les liens qui le retenaient, ses membres étaient aussi lourds que du plomb. Il ressentait aussi la brûlure de diverses blessures tracées à vif dans sa chair. Son désarroi se creusa un peu plus quand il remarqua qu’il ne portait plus son épée au côté. Il devait être retenu prisonnier et ses ravisseurs l’avaient dépouillé de ses armes.
Soudain, toutes ses craintes s’envolèrent quand il sentit l’esprit de Thorn effleurer le sien.
« Murtagh ! Tu es réveillé ! Comme je suis heureux de te retrouver ! »
L’enthousiasme de son dragon n’était pas feint et les émotions tourbillonnantes de joie, de surprise et d’affection qui se mêlaient à ses mots réchauffaient le cœur du dragonnier.
« Oui. Que s’est-il passé ? Et pourquoi suis-je attaché ? Sommes-nous prisonniers ? »
Le dragon était si excité qu’il ne parvenait à envoyer à Murtagh qu’un flot ininterrompu de pensées euphoriques. Le jeune homme repoussa un instant l’esprit de son compagnon pour tenter de réfléchir. Pourquoi était-il attaché ? Et pourquoi Thorn ne lui donnait pas un coup de patte pour se libérer ? Il se rendit alors compte qu’il ne se trouvait pas sur la selle de son dragon. Il devait avant tout se libérer de ses attaches avant de songer à autre chose.
Se contorsionnant avec difficulté, il réussit à tendre la main vers sa cheville et découvrir avec soulagement que le petit poignard qu’il portait toujours était en place. Il s’en servit pour trancher les liens les plus proches, en faisant le moins de mouvement possible. N’ayant pas encore pu mesurer la situation, il ne devait pas avertir ses ravisseurs éventuels de son réveil.
Relevant un peu la tête, la première chose qui le frappa fut la couleur intense du bleu des écailles qui se trouvait sous la selle. Comprenant qu’il était niché sur le dos de Saphira, il hésita. Que devait-il faire ?
Reprenant de nouveau contact avec son dragon, il tenta d’imposer ses pensées.
« Thorn ! Calme-toi et réponds à ma question ! Suis-je en danger ? »
« Non. »
Agissant en conséquence, il pivota sur le côté et se laissa glisser au sol. Ses jambes ne résistèrent pas à la pression et cédèrent lorsqu’il toucha terre, soulevant un nuage de poussière. Lorsqu’elle retomba, Murtagh aperçut tout d’abord les yeux de Saphira qui le fixait, puis plus loin Eragon, qui lui tournait le dos, serrant quelque chose – non, quelqu’un – dans ses bras. Thorn se trouvait là aussi.
« Pourquoi est-ce que je me sens si faible ? » demanda-t-il à sa monture, qui semblait plus lucide maintenant.
« Eragon t’a drogué lors de votre dernier combat et t’a maintenu depuis dans un état d’inconscience. »
Sentant monter une colère sourde en lui, il continua : « Et tu l’as laissé faire ? Pourquoi ? »
« Il te détenait en otage… je ne pouvais pas prendre le risque qu’il te tue. »
« Et maintenant ? Je suis toujours son otage ?? »
« Plus vraiment… » répondit le dragon avec une étrange satisfaction.
« Alors qu’est-ce que nous faisons encore ici ? Partons immédiatement avant qu’Eragon ne change d’avis ! Je lui ferais payer son acte ! Mais en attendant, je ne me sens pas la force de l’affronter… partons vite ! »
À cet instant, Eragon se retourna vers lui. Murtagh comprit qu’il avait raté plus d’un épisode lorsqu’il contempla le visage ravagé de son cadet. Il était épuisé, blessé et désespéré.
En d’autres circonstances, Murtagh aurait eu pitié de son frère et lui serait sûrement venu en aide, mais en cet instant, seule la colère brûlait en lui. Il s’en nourrit et trouva la force de se relever et de se diriger vers Eragon. Rassemblant toute son énergie, il ramena son poing en arrière et le frappa au visage. Eragon s’écroula, aussi facilement qu’une brindille soufflée par le vent.
- De quel droit as-tu pu faire ça ?! M’enlever et me garder en otage !!? MOI !!
Ses forces ne suivirent pas les pulsions de ses émotions et il s’affaissa au sol.
- Tu as de la chance que je ne puisse pas te faire payer pour l’instant ce que tu m’as fait… (Il rampa jusqu'à son dragon) Mais je reviendrai et ça te coûtera cher ! Fais-moi confiance !
« Aide-moi à grimper et allons-nous-en d’ici ! » ordonna-t-il à Thorn.
« Non. Nous ne devons pas… » répliqua sa monture désorientée.
« C’est moi qui donne les ordres et je te dis que nous devons partir d’ici tout de suite ! »
Sans attendre la réponse de son dragon, il attrapa une sangle de la selle et commença à se hisser, tant bien que mal.
- Non Murtagh… ne fais pas ça, s’essouffla Eragon, dernière lui.
- Tu n’as aucun ordre à me donner !
- Je t’en prie ! Ne t’en va pas…
Il réussit à s’installer en selle, grâce à une ultime poussée sur ses jambes.
- Réjouis-toi ! Je te laisse un répit en m’en allant… mais il ne sera que de courte durée !
« Murtagh ! intervint Thorn, nous ne pouvons pas partir maintenant ! »
« Ça suffit ! Je ne sais pas ce qui s’est passé depuis que j’ai perdu connaissance et nous mettrons les choses au clair plus tard. Mais maintenant je t’ordonne de décoller ! »
« Mais… »
« Immédiatement !! »
« Murtagh !!! s’écria la voix de Saphira. Ne pars pas !! Tu fais la plus grosse erreur de ta vie ! »
« La ferme ! »
« Tu vas m’écouter que tu le veuilles ou non !! »
Murtagh ferma son esprit à toute intrusion, coupant court aux injonctions des deux dragons.
- Thorn ! En route !! cria-t-il.
Sa monture s’agitait par saccade. Le jeune homme ne comprenait pas. Qu’est-ce qu’il lui prenait ? D’accord, il n’avait pas à être si dur avec lui. Mais en cet instant, seul le désir de partir très loin lui importait. Il ferait des excuses à son dragon plus tard. Mais pourquoi est-ce qu’il ne décollait-il pas ? Thorn n’avait jamais désobéi à un ordre direct.
Le dragon rouge s’ébranla soudain et désarçonna son dragonnier, qui se reçut lourdement sur le dos. Reprenant lentement sa respiration, il fut agrippé par deux mains, qui lui saisit le col de sa tunique. Eragon ramena son visage à quelques pouces du sien.
- Maintenant tu vas m’écouter ! cracha-t-il, hors de lui. Je t’interdis de t’en aller après tout ce que nous avons fait pour toi ! OUI, je t’ai enlevé et maintenu dans l’inconscience… mais c’était le seul moyen de te sauver malgré toi !
- Me sauver ? Je n’ai pas besoin d’être sauvé !!
- La ferme !!! s’écria-t-il. C’est moi qui parle et toi tu écoutes !
Murtagh obéit. Il ne savait pas ce que son frère avait de si important à lui dire, mais le simple fait de le voir déployer autant d’énergie et d’ardeur à le faire, dans son état, méritait qu’il l’écoute. Du moins quelques instants.
- Je viens de passer ces derniers jours à m’angoisser et m’épuiser pour toi. Et je ne suis pas le seul, gronda-t-il en se tournant vers la personne étendue non loin. Si je t’ai plongé dans l’inconscience, c’est parce que je ne pouvais pas poursuivre ma quête autrement ! Tu étais retenu par tes serments envers Galbatorix et tu n’aurais pas pu me suivre de ton plein gré, même si tu l’avais voulu. C’était donc la seule solution.
- Mais pourquoi faire ?
- Pour te rendre ta liberté !
- Mais je suis libre…
- Vraiment ???
La réponse n’était pas évidente pour le jeune homme. Répondre oui, aurait été un mensonge. Mais il n’avait pas envie de débattre avec son frère sur le sujet maintenant, alors que son esprit avait tant de mal à fonctionner correctement. Sa tête lui tournait et il était toujours aussi désorienté.
- Ça ne te regarde pas…
- Détrompe-toi ! Tu es mon frère Murtagh… et même si j’ai eu beaucoup de mal à l’admettre, c’est une réalité. Si j’ai fait tout ça, c’est pour t’aider… acheva-t-il les larmes aux yeux.
Murtagh ne décelait aucune ambiguïté dans le regard de son cadet. Seule une profonde sincérité y brillait. Les dernières étincelles de fureur qui brûlaient en lui s’éteignirent, pour laisser place au vide auquel il était habitué depuis plusieurs mois. Celui qui s’était creusé en lui à cause des entraves invisibles dont Galbatorix l’avait enserré, le privant de sa liberté d’action.
- Tu ne peux pas m’aider… Personne ne le peut. Il y a bien longtemps que j’ai renoncé à tout espoir… alors tu ferais bien d’en faire autant.
- Jamais je ne ferais ça.
- Pourquoi ? N’as-tu pas compris ? J’ai prêté serment à Galbatorix et je suis lié à lui pour l’éternité maintenant… et… ce sera bientôt ton tour…
- Non ! Ça ne sera pas mon destin… Ni le tien !
Eragon le lâcha et ramassa quelque chose sur le sol.
- Grâce à ceci ! dit-il en brandissant un médaillon en or, aux motifs entrelacés et sertit d’une grosse pierre précieuse couleur mauve.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Cette pierre au centre, elle se nomme la pierre de volonté. Cet artefact est très ancien et il avait disparu depuis très longtemps, mais grâce à l’aide que j’ai reçue et malgré les difficultés, je l’ai retrouvé… pour toi. Avec elle, si son pouvoir est aussi grand que le prétendent les récits, tu seras en mesure d’échapper aux serments que tu as prêtés à Galbatorix et de retrouver ainsi ta liberté.
- C’est impossible voyons ! Aucune magie n’est plus puissante que l’ancien langage.
- Murtagh, s’impatienta Eragon. Je n’ai pas le temps de discuter ! Darriah est blessée et elle va mourir si nous ne faisons rien ! Il faut que tu m’aides à la sauver… mais je sais que tu ne peux le faire à cause de tes serments. Alors je t’en pris, mets ce médaillon afin que nous soyons enfin fixés.
- C’est de la folie…
« Non ! intervint Thorn, pouvant de nouveau communiquer avec lui. Tout ce qu’il t’a dit est vrai et il est convaincu que ce médaillon est notre seule chance de salut. »
« Impossible… » continua-t-il plus pour lui-même que pour son dragon.
Son impression de tournis s’intensifia avec ces nouvelles révélations. Il aurait voulu prendre le temps de comprendre ce qui se passait afin de mieux contrôler la situation.
« Analyser le contexte et calculer les risques pour mieux se rendre maître d’une situation ! » telle était l’une des principales règles que lui avait enseignée Galbatorix. Et il s’y était rigoureusement tenu jusqu’ici. Mais en l’état des choses, il devait admettre qu’il ne contrôlait rien du tout et qu’il était dépassé par les évènements. Il sentait également des entraves invisibles se refermer sur lui, l’empêchant de penser avec logique. Il connaissait trop bien cette sensation : c’était le rappel à l’ordre de ses serments qui commençait à se faire sentir à cause de la présence d’Eragon et de son envie de se lier avec son frère.
Cette alarme muette s’intensifia dans son esprit, lui hurlant de se ruer sur son cadet pour le capturer et le ramener à son mentor.
Eragon brandissait toujours le médaillon sous son nez, mais Murtagh ne parvenait presque plus à se rappeler pourquoi, le désir d’obéissance aveugle occupant presque l’intégralité de sa conscience. Il se sentait aspirer vers le tourbillon de haine et de rage qui l’engloutissait chaque instant un peu plus. Ce qui constituait l’essence et la personnalité originelle de Murtagh s’effaçait devant l’implacable noirceur du nouveau Murtagh, cruel et sans pitié.

Eragon sentait le trouble qui habitait son frère. Il pouvait le comprendre, mais il s’en fichait un peu, compte tenu de l’urgence de la situation. Il fallait que son frère retrouve ses esprits et l’aide à guérir Darriah.
Darriah ! Où en était-elle ? Tenait-elle encore le coup ? Respirait-elle seulement encore ?
La peur qui tenaillait le jeune homme grandissait d’instant en instant et voir son frère aussi passif le rendait fou de rage. Mais il ne pouvait pas agir à la place de Murtagh. Il savait que, pour que son aîné lui soit rendu, il devait agir de son plein gré, sinon la pierre ne ferait que renforcer les charmes tissés par Galbatorix.
Eragon était horriblement tenaillé entre deux désirs ardents : convaincre son frère de faire le dernier pas vers la liberté, ou se précipiter auprès de Darriah pour lui apporter son aide, aussi maigre soit-elle.
La jeune fille vivait peut-être ses derniers instants et cette inactivité… Il ne voulait pas laisser Darriah mourir ! Pas après tout ce qu’elle avait fait pour lui ! Pas si près du but ! Pas après qu’Eragon ait enfin découvert que ses sentiments pour elle étaient réciproques… Oui, il l’aimait. Pas simplement comme une amie… c’était bien plus fort et il ressentait cet amour plus intensément en cet instant, alors qu’il risquait de la perdre à jamais.
« Au diable Murtagh ! Il faut que j’aille la sauver !! »
Mais alors qu’il se portait à son secours, Murtagh s’anima soudain et se rua sur lui. Il l’enserra à la gorge, l’empêchant de respirer.
« Que se passe-t-il ? Pourquoi Murtagh fait-il ça ? »
L’incompréhension laissa vite place à la panique, lorsque l’oxygène vint à lui manquer. Ses poumons étaient en feu et des spasmes agitaient son torse. Il essayait désespérément d’aspirer de l’air. S’agrippant aux mains de son aîné pour le faire lâcher prise, il aperçut son regard dément de haine et comprit que son frère n’était plus là…
N’ayant plus la force de lutter, il entendit vaguement les cris de fureur poussés par Saphira, alors que son esprit s’éloignait lentement. La dernière pensée qu’il eut, fut un sentiment d’amer regret de ne pouvoir sauver Darriah.
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 9   Sun 10 Feb - 14:26

Au fin fond du gouffre où il demeurait, Murtagh perçut une lumière… une chaleur… quelque chose de familier, qui l’implorait de ne pas abandonner, de lutter pour sa liberté, avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Mais que pouvait-il faire ? Comment agir quand il se trouvait dans cette situation de totale soumission à ses serments ? Ce lieu si sombre à l’intérieur de sa conscience était le seul endroit qu’il avait trouvé pour préserver un tant soit peu ce qui restait de son intégrité et sa personnalité, lorsque « l’autre » prenait sa place. Il n’avait plus la force de le combattre… et puis à quoi bon ? Il avait résisté tellement longtemps à cette force invisible… si longtemps… mais c’était fini. Il n’avait plus le courage de se battre… Cette force avait eu raison de sa volonté. Personne ne pouvait combattre indéfiniment quelque chose d’aussi puissant, et la meilleure chose à faire était de savoir s’avouer vaincu, pour mettre fin aux souffrances interminables que cela provoquait.
Mais cette lumière était toujours présente et elle continuait de l’appeler, de l’encourager.... de l’implorer. Elle était si réconfortante, mais aussi si instable. Elle vacillait, inexorablement repoussée par la force invisible. Elle s’éloignait et cela fendait le cœur du jeune homme. Il voulait la retenir, mais il savait que cela raviverait ses tourments. Il ne voulait plus souffrir, il était las de tout cela…
Mais d’un autre côté… il était lâche d’agir ainsi. Depuis quand reculait-il devant la souffrance ? Il y avait toujours fait face avec dignité et courage, alors pourquoi renoncerait-il maintenant ? Non ! Il ne devrait plus se laisser abattre ! Il devait continuer, même si cela s’avérait difficile…
Il mobilisa le peu de volonté qu’il lui restait pour appeler la lumière. La force invisible était toujours présente et impitoyable, mais lui savait ce qu’il voulait et il avançait vers son objectif. Sa motivation grandissait à mesure qu’il approchait de la lumière et il devenait plus facile d’échapper à la force maléfique. Il parvint enfin à sa hauteur et la lumière l’enveloppa pour le tirer définitivement des griffes de l’obscurité.
Tout se passa en un éclair : Murtagh ouvrit les yeux et découvrit qu’il serrait fermement le cou d’Eragon entre ses mains. Réagissant, il lâcha prise et recula d’un bond. La surprise de la situation passa très vite, remplacée par la peur d’avoir tué son frère. Puis par une étrange satisfaction de l’avoir fait. Puis de nouveau par la peur. La confusion l’envahissait, mais la lumière dans son esprit lui hurla soudain :
« ENFILE LE MEDAILLON ! »
Agissant d’instinct, il s’empara du pendentif et le passa à son cou.
Il sentit une secousse à l’intérieur de lui, comme une forte décharge qui le sonna un instant. Puis il s’aperçut que les voix s’étaient tues et le tourbillon d’émotions avait disparu. Plus rien ! Simplement… lui !
Il éprouva cette sensation qu’il n’avait plus connu depuis des mois : celle d’être seul dans sa tête, son corps et son âme. Celle de pouvoir contrôler le moindre de ses faits et gestes sans avoir à combattre une force extérieure. Celle d’être libre d’éprouver certaines émotions sans avoir peur de les regretter ou de devoir les cacher en permanence a des esprits extérieurs qui pourraient avoir envie de les connaître.
La satisfaction passée, la peur reprit le dessus : une peur angoissante qui le tenaillait et l’empêchait presque de respirer. Il se pencha sur son frère inanimé et lui prit la tête entre ses mains.
- Eragon ! Tu m’entends ? Réponds-moi !
À cet instant, Murtagh sentit le sol remuer sous lui et se retourna vers le nuage de poussière qui retombait peu à peu. Saphira et Thorn venaient d’atterrir lourdement sur la plateforme.
« Pourquoi sont-ils essoufflés ? Ils se sont battus ? Mais pourquoi ? » Murtagh décida qu’il éclaircirait ce mystère plus tard : la priorité restait Eragon.
Saphira s’affaissa sur le sol, confirmant ses pires craintes. Il plaça son oreille près de la bouche de son cadet, mais ne perçut pas l’ombre d’une respiration.
Sa pire crainte se confirma lorsqu’il entendit Saphira s’effondrer sur le sol, à bout de souffle, suffocante. Que faire ?
« Se concentrer sur la source du problème et non sur ses conséquences ! » ces mots de Galbatorix résonnaient dans sa tête, comme en réponse à son désarroi. Il était étrange que ce soit les conseils de son ennemi qui l’aidaient à présent.
« Réfléchis ! s’ordonna-t-il. Si Eragon ne respire plus, c’est parce que j’ai endommagé son cou que l’air ne peut plus circuler… il suffit de guérir sa gorge ! »
Il allait s’atteler à la tâche lorsqu’il s’aperçut de sa propre faiblesse. L’adrénaline lui avait momentanément fait oublier les désagréments de son inconscience prolongée.
« Thorn, peux-tu m’aider ? Je ne suis pas en état de le faire seul… »
« Bien sûr ! Comptes sur moi. Ensemble ? »
« Ensemble ! »

Boom Boom… Boom Boom… Boom Boom…
Les battements de son coeur étaient très faibles, à peine perceptibles… si lointains, qu’ils semblaient être l’écho d’une source très éloignée. Bientôt, ils s’arrêteraient et tout serait terminé. Le calme reviendrait à nouveau et cette fois pour l’éternité.
Mais la cadence lancinante sembla s’inverser et le rythme, à défaut de diminuer, augmentait de façon significative.
Soudain une rafale d’air souffla avec force et l’extirpa de son néant absolu. Cette respiration puissante qu’il prit lui rappela celle que prennent les nourrissons lors de leur venue au monde : libératrice et douloureuse à la fois.
Ouvrant les yeux, Eragon découvrir l’expression angoissée de son aîné penché sur lui. Le contraste d’attitude était frappant : la dernière image qu’il avait eue de Murtagh reflétait un visage déformé par la haine et la malveillance. Mais à présent il haletait, tremblait et avait les larmes aux yeux. Etait-ce possible ? Est-ce que son plan avait marché ? Avait-il vraiment retrouvé son meilleur ami et même plus… son frère ?
Eragon continua d’aspirer l’air à grandes bouffées, au point d’en avoir le tournis. Mais plus que sa propre faiblesse, il en ressentait une autre en lui.
« Saphira ? Est-ce que ça va ? »
Elle mit quelques instants à répondre, qui parurent à Eragon être un temps infini.
« Oui ça va… Et toi ? J’ai bien cru, l’espace d’un instant… t’avoir perdu ! » Sa voix tremblait et Eragon ressentait la peur intense qui l’habitait encore.
« Moi ça va. » mentit-il pour abréger la conversation.
Il avait mal partout, il perdait son sang qui suintait des nombreuses griffures et morsures dont il souffrait. Tout son corps était ankylosé d’avoir combattue si longtemps. Mais tout cela n’avait pas d’importance en cet instant, car il avait une nouvelle idée fixe qui retentissait de nouveau dans son esprit comme une alarme : Darriah !
Il s’agita brusquement, ignorant le sursaut de douleur qui le frappa, mais fut retenu par les mains de son frère.
- Du calme ! Reste tranquille une minute… le temps de reprendre ton souffle.
Il était quelque peu ironique de voir Murtagh prononcer ces paroles, alors que lui-même était en train de suffoquer.
- Da… Darriah, bégaya Eragon, en essayant de se dégager sans succès des bras de son aîné. Il… il faut l’aider… la sauver…
Murtagh tourna son regard vers la jeune fille inanimée. Il semblait l’apercevoir pour la première fois, du moins c’est ce qu’en déduisit Eragon face à son expression de stupeur.
- Qu’est-ce qu’elle a ? Elle est blessée ? l’interrogea Murtagh.
- Oui… elle a été touchée aux yeux…
- Par quoi ?
- Je ne sais pas… mais je crois qu’il y a autre chose…
- Comme ?
- Je sais pas… acheva Eragon, excédé par les questions inutiles de son frère, qui lui faisait perdre un temps précieux.
Il réussit à s’extirper de ses bras et rampa vers elle. La saisissant délicatement, il la prit dans son giron et examina de nouveau ses yeux horriblement ravagés par les brûlures. La voir ainsi brisait le cœur du jeune homme. D’autant plus qu’il était responsable de cette situation : c’est lui qui avait convaincu Darriah de l’accompagner, et voilà ce qui arrivait à présent.
Mis à part son sentiment de culpabilité et la peine qu’il éprouvait pour elle, l’émotion qui dominait le reste était une appréhension atroce de la perdre.
- Je crois qu’il y a autre chose que ses yeux… confia-t-il à son frère. Je ne perçois presque plus son essence de vie… c’est un peu comme si elle… s’éteignait. Tu le ressens aussi ?
- Oui, je crois. Mais ça ne peut pas être ces brûlures qui provoquent ça…
- C’est aussi ce que je pense. Quoi que ce soit, nous devons agir vite avant qu’il ne soit trop tard.
- Comment ?
« Comment ? » là était la question. « Comment lui venir en aide ? Comment l’empêcher de mourir ? »
« Ne désespère pas » lui souffla Saphira. La sentir près de lui réconforta le jeune homme.
« Que dois-je faire Saphira ? Je suis perdu ! Aide-moi à la sauver ! »
Elle garda le silence durant un instant de réflexion.
« Si tu sens son énergie vitale diminuer au point de s’éteindre… alors peut-être qu’il faut essayer de réanimer son étincelle de vie. »
« Comment ? »
« Réfléchis Eragon… tu as la capacité d’absorber l’énergie qui t’entoure, alors tu devrais essayer de faire le contraire. »
« Tu veux dire, lui donner mon énergie ? » demanda-t-il empli d’un nouvel espoir.
« Exactement ! Comme tu l’as fait avec les pierres de la ceinture de Beloth le Sage. »
« Je vais essayer ! »
« Mais… »
« Quoi ? »
« Es-tu sûr de pouvoir le faire sans danger dans l’état où tu es ? »
Cette question rappela au jeune homme que malgré sa détermination, il était aux bords de l’évanouissement, tellement il était épuisé.
- Murtagh, il est possible que… la solution soit de lui transmettre… de l’énergie. Est-ce que tu pourrais… m’aider à le faire ? demanda-t-il, haletant toujours.
- Mais … Eragon… qui est cette fille ? Et pourquoi tu sembles tant tenir à elle ? interrogea-t-il, déconcerté.
Malgré la banalité de ces questions, Eragon ne put retenir la colère qui montait en lui et c’est avec un ton cassant qu’il répondit :
- C’est la fille dont tu as tué la mère dans ce village et à qui tu dois désormais de pouvoir penser et agir librement grâce au médaillon qu’elle a risqué sa vie pour te ramener !
Eragon regretta immédiatement d’avoir prononcé ces paroles, mais la peur et la fatigue avaient raison de sa lucidité. Néanmoins, il devait se contrôler car s’en prendre à son frère n’arrangerait pas la situation.
- Je suis désolé… je n’aurais pas dû…
- Non laisse, c’est rien. C’est la vérité. Je vais t’aider ! Que dois-je faire ?
- Lui donner ton énergie. Je sais que ce n’est pas facile en ce moment. Tu es affaibli par ton inconscience prolongée, mais je pense qu’à nous deux et avec les forces qui nous entourent, nous devrions y parvenir.
Murtagh hocha la tête et se rapprocha de Darriah. Il plaça ses deux mains sur son abdomen et se concentra. Eragon fit de même, mais en plaçant ses mains sur la joue et le front de la jeune fille. Il s’étonna de constater que sa peau avait perdu toute chaleur sous ses doigts. Cela renforça davantage ses craintes et il s’assura qu’elle respirait toujours avant de poursuivre.

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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 9   Sun 10 Feb - 14:27

Plusieurs minutes s’écoulèrent durant lesquelles Eragon et Murtagh s’obstinèrent à transmettre leurs énergies et celle des organismes vivants qui les entouraient pour réanimer Darriah, mais la tâche s’avéra plus ardue qu’ils ne l’avaient envisagée. En effet Eragon, qui n’avait aucune ressource à donner à la jeune fille, sans que lui-même ne perde connaissance, essayait de puiser dans son environnement, mais il fallait considérer le fait qu’ils se trouvaient perchés sur une haute montagne quasiment désertique. Les êtres vivants, animaux comme végétaux, s’y faisaient donc plutôt rares, voir inexistants. Il ne pouvait donc compter que sur le peu de forces envoyées par Saphira.
De son côté, Murtagh s’en sortait un peu mieux, mais c’était uniquement grâce à la vigueur encore intacte de son dragon. Lui-même était épuisé par les efforts qu’il n’avait pas ménagés depuis son réveil. Rester si longtemps endormi, sans boire ni manger avait affaibli son corps et il en ressentait les effets maintenant plus que jamais.
Les efforts combinés des deux dragonniers et de leurs montures avaient réussi à stabiliser la force vitale de Darriah à un niveau qui la mettait hors de danger, même s’il restait encore assez bas pour un être humain.
Eragon poussa un long soupir. Il était bien au-delà de l’épuisement. Il ignorait comment il parvenait encore à rester conscient, bien qu’il soupçonnait Saphira d’être derrière ce prodige. Mais malgré sa lassitude, il lui restait encore une tâche à accomplir avant de prendre du repos : il avait certes stabilisé Darriah, mais ses brûlures aux yeux n’étaient toujours pas guéries et il ne pouvait pas la laisser dans cet état. Il imposa ses mains sur le visage de la jeune fille, mais Murtagh s’intervint en lui saisissant le poignet.
- Ne fais pas ça.
- Pourquoi ? Je dois la guérir !
- Mais tu n’en as plus la force et je doute que Saphira puisse suivre. Je vais m’en charger.
Eragon hésita. Son frère avait raison, mais il ne savait pas encore s’il lui faisait assez confiance pour lui confier la vie de Darriah. Après tout, sa gorge encore douloureuse démontrait bien que son aîné avait failli l’étouffer quelques minutes plus tôt.
À contrecœur, il décida néanmoins de retirer ses mains et de laisser Murtagh agir. Il aurait dû comprendre plus rapidement que tout était différent grâce à la pierre de volonté, mais ses capacités de raisonnement étaient considérablement réduites à cause de la fatigue.

Des spectres allaient et venaient, inlassablement. Ce devait être le souvenir de sa mauvaise expérience, ou bien alors le reflet de ses peurs, mais ce ballet incessant l’effrayait. Elle en venait même à se demander si elle avait vraiment réussi à sortir de cet enfer et si sa fuite n’était pas un nouveau délire de son imagination. Mais les fantômes se faisaient plus rares et semblaient plus lointains à mesure qu’elle émergeait.
Darriah commençait à retrouver des sensations bien réelles, telles que le sol sur lequel elle reposait, ou bien les vêtements dans lesquels elle flottait. Elle se raccrocha à ces perceptions pour ne pas sombrer de nouveau et en en discerna de nouvelles : l’odeur familière d’un feu de bois ou bien celle de l’herbe fraîche d’un printemps qui s’annonce particulièrement radieux.
Elle sentait aussi une présence à ses côtés. L’espace d’un instant, elle repensa aux spectres et se crispa. Mais sans trop savoir pourquoi, elle eut le sentiment que la présence n’avait rien d’hostile et qu’elle avait même quelque chose de réconfortant. Cela l’apaisa et la poussa même à faire l’effort d’ouvrir les yeux. Mais là… rien ne se produisit. Faisait-il nuit pour que l’obscurité soit totale ? Impossible ! Elle sentait la douce chaleur du soleil sur son visage. Alors que se passait-il ?
Elle s’agita pour essayer de s’asseoir, mais ses membres et tout son corps étaient aussi lourds que du plomb.
- Doucement… du calme… ça va aller.
- Eragon ? C’est toi ? s’entendit-elle murmurer d’une voix pâteuse.
- Oui, c’est bien moi, répondit-il en l’aidant à s’asseoir. Tu as dormi longtemps et je suis heureux de te voir enfin réveillée.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Tu as réussi Darriah… tu as ramené la pierre ! répliqua-t-il d’une voix où perçait la fierté et une profonde reconnaissance.
- Mais… qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi est-ce que je ne vois rien ?
- Tu…
Il laissa sa phrase en suspend et cela amplifia le malaise de la jeune fille. Elle déduit de ce silence que lui non plus ne devait pas comprendre ce qui se passait.
- Je… j’ai été blessée c’est ça ? Eragon, réponds-moi !
Il se rapprocha d’elle et lui prit la main. Même si la panique ne la quittait plus, ce contact l’apaisa quelque peu.
- Oui, c’est vrai, mais… nous t’avons guéri… tu ne vois rien du tout ?
- Non. C’est le noir total. « Nous » ?
- Oui. Murtagh, il… il est redevenu lui-même, et il m’a aidé à te sauver.
- Où est-il ?
- Il est parti chasser avec Saphira et Thorn.
Elle hocha la tête et attendit, mais il n’ajouta rien.
- Je… je vais rester aveugle n’est-ce pas ? demanda-t-elle résignée.
- Non, non, ne dis pas ça ! On n’en sait rien encore. Écoute, quand tu es sortie de la grotte, tu étais épuisée et brûlée aux yeux…
- Brûlée ?
- Oui… Est-ce que tu te rappelles de ce qui a provoqué ça ?
Elle ne se rappelait pas avoir été atteinte par une quelconque flamme.
- Je ne suis pas sûre, mais… j’ai commencé à avoir mal aux yeux quand j’ai repris connaissance après…
- Après quoi ?
- Après… l’attaque de… l’esprit malveillant, balbutia-t-elle, hésitante. Il… il s’est jeté sur moi et j’ai senti une… comme une décharge d’énergie… mais une énergie profondément négative et malsaine. C’était si douloureux… si…
Elle n’acheva pas sa phrase, tant sa gorge était nouée. Elle avait les larmes aux yeux.
Sans qu’elle s’y attende, Eragon la prit dans ses bras et lui murmura à l’oreille.
- Je suis vraiment désolé. Si tu savais à quel point je regrette ce qui t’est arrivé là-bas. Tout ça est de ma faute… je n’aurais jamais dû t’entraîner là-dedans… Et dire que je t’ai proposé de t’emmener avec nous pour te protéger… quel fiasco…
Il s’écarta d’elle, désemparé.
- Ne t’en veux pas. Je suis venue parce que j’en avais envie. Tu ne m’y as pas forcé. Et c’est pareil pour la grotte. Je savais que je prenais des risques. (Elle posa sa main sur l’épaule du jeune homme) Mais malgré ce qui est arrivé… je suis contente d’être ici, avec toi.
Elle se demandait comment il réagissait à ses paroles. Si elle avait pu observer ses grands yeux bruns, elle aurait sûrement compris ce qui se passait dans sa tête, mais impossible dans la situation actuelle de compter là-dessus.
Elle attendait avec impatience une réponse de sa part, mais ce qui se produisit la prit au dépourvu. Elle sentit soudain le souffle du jeune homme sur son visage, avant d’éprouver contre ses lèvres le doux contact des siennes. La surprise passée, elle prit vite goût à ce tendre geste d’affection et lui rendit son baiser. Mais ils furent interrompus par le bruit caractéristique que produisent les ailes de dragon qui se rapprochent rapidement : les autres revenaient.
Darriah sentit le sol vibrer lorsque Saphira et Thorn atterrirent. Puis une personne, qui devait être Murtagh, sauta à terre et vint à leur rencontre.
- Ho ! Elle est réveillée ! C’est bien. (Il se rapprocha d’elle) Bonjour, je m’appelle Murtagh. Et toi c’est Darriah, c’est ça ?
- Oui, répondit-elle mal à l’aise.
Même si elle ne le voyait pas, elle savait qu’elle avait en face d’elle l’assassin de sa mère. Mais elle devait cesser de penser à lui de cette manière, parce qu’il n’était plus le même homme, selon les dires d’Eragon, et qu’elle devait faire abstraction de ses actes passés. D'un autre côté, il n’était pas très difficile pour elle de laisser Murtagh de côté, compte tenu du baiser qu’elle venait d’échanger avec son frère.
- Euh… Murtagh… Elle ne voit rien.
La jeune fille mit un instant à comprendre, au ton embarrassé d’Eragon, que son aîné avait sûrement dû lui tendre une main pour qu’elle la serre.
- Quoi ? Mais comment ça se fait ?
- Je l’ignore. Elle s’est réveillée comme ça. Est-ce que tu n’aurais pas commis une erreur lorsque tu…
- Je n’ai commis aucune erreur, s’offensa Murtagh. Ça ne vient pas de moi !
- Je ne voulais pas insinuer que…
- Ca suffit ! s’interposa Darriah. Écoutez, je ne veux pas que vous vous disputiez à cause de moi. On ne sait pas encore ce qui m’est arrivé exactement et pourquoi je suis dans cet état, mais… ça va peut-être s’arranger….
- Tu as raison, continua Eragon, rien n’est définitif. Tu es encore faible et tu dois reprendre des forces. Tu devrais manger quelque chose. J’ai préparé de la soupe, tu en veux ?
Maintenant qu’il y faisait allusion, il est vrai qu’elle était affamée. Elle accepta volontiers le bol qu’Eragon lui mit entre les mains et sans s’embarrasser d’une cuillère, elle but au bol le doux liquide tiède et revigorant. La saveur des légumes mélangés aux épices était exquise. Lorsqu’elle eut terminé sa soupe, elle entendit Murtagh s’asseoir près d’elle et elle se raidit. Que lui voulait-il ? Et pourquoi Eragon s’éloignait-il à cet instant précis ?
- Darriah… je…
- Oui ?
Il s’éclaircit la gorge et reprit sur un ton plus assuré.
- Je voudrais te demander pardon pour le mal que je t’ai fait. Je suis vraiment désolé pour ta mère. Je comprendrai que tu refuses de me pardonner, mais je voulais que tu saches à quel point je regrette ce qui s’est passé.
Ces mots, bien que prononcés de manière douce et sincère, étaient aussi douloureux qu’une lame acérée, car ils rouvraient des blessures encore récentes. Elle ne put y répondre et il continua.
- Je m’excuse de ne pas avoir été assez fort pour lui résister.
- A qui ?
- Galbatorix. Il m’a obligé, tu comprends ? Je n’avais pas le choix. J’étais coincé et je me suis résigné à lui obéir. J’ai fini par me convaincre qu’il oeuvrait pour le bien… Ça m’arrangeait de le croire, car en pensant être du bon côté, les actes que je commettais me pesaient un peu moins sur la conscience. Mais je savais au fond de moi que rien de tout cela n’était bien ou noble. Il m’a tellement fait… souffrir, que j’ai fini par adhérer aux principes que j’avais cherchés la majeure partie de ma vie à combattre, juste pour que la douleur s’arrête… Darriah pardonne-moi pour ma lâcheté et ma faiblesse d’esprit.
Pendant qu’il parlait, la jeune fille ne pouvait s’empêcher de revoir le visage de sa mère lui souriant. Elle aurait dû haïr à mort la personne qui se tenait en face d’elle, mais en cet instant elle n’y parvenait pas. Ces propos, vibrants de sincérité et de douleur, lui rappelait qu’ils étaient tous deux des victimes d’une seule personne : Galbatorix.
Devant son mutisme, il se leva et s’éloigna, mais elle le rappela.
- Attends. Je… je ne t’en veux pas. Tu n’étais pas toi-même… même si je ne sais pas encore qui tu es réellement, sourit-elle, mais tu n’étais pas maître de très propres décisions et ce qui est arrivé n’est donc pas de ta faute. Tu n’étais que l’instrument de quelqu’un de vil et malfaisant, conclut-elle en serrant les poings sur ses genoux.
- Merci. Vraiment.
- Je devrais te haïr, mais ça ne m’avancerait à rien, alors je préfère te pardonner. Comme disait ma mère : « La vengeance n’apporte qu’une satisfaction éphémère, contrairement au pardon qui apporte la paix intérieure. »
- Ta mère était une personne très sage.
- Hé bien… il lui arrivait d’avoir quelques éclairs de sagesse, mais la plupart du temps c’était une vieille tête de mule qui refusait d’entendre raison, sourit-elle en se remémorant ce fait caractérisant parfaitement sa mère.
Son sourire flotta quelques instants sur ses lèvres, le temps qu’elle comprenne que sa mère, avec tous ses défauts et ses qualités, ne serait jamais plus à ses côtés.
Soudain étourdie, elle se rallongea et décida de mettre une fois de plus ses émotions de côté pour essayer de prendre un peu de repos. Elle se sentait si lasse… si fatiguée, qu’elle se laissa dériver sans mal sur le torrent des songes.
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 9 (Fin)   Sun 10 Feb - 14:29

« Alors ? Comment c’était cette partie de chasse ? »
Eragon s’était éloigné du campement et avait retrouvé sa monture à l’orée de la forêt.
« Hé bien, ça s’est plutôt bien passé. J’ai attrapé un chevreuil espiègle qui s’est cru plus malin que moi, mais tu sais bien que rien ne me résiste quand je l’ai décidé » se venta-elle en bombant le torse.
Il sourit et lui lança un regard désabusé « Je ne parlais pas de toi, ma chère, mais de Thorn ! Comment est-ce qu’il s’en est sorti ? »
« Ho, pardonne-moi d’avoir pensé que tu t’intéressais un tant soit peu à moi, répliqua-t-elle faussement offensée, mais si tu tiens vraiment à le savoir… ça c’est très bien passé. »
« Vraiment ? Raconte ! »
« Hé bien, je t’avais dit que ces derniers jours, il était très morose de ne plus sentir la présence de Murtagh… l’avoir à ses côtés l’a énormément motivé. Il s’est montré admirable à la chasse, en faisant preuve de juste ce qu’il faut de patience et d’agilité au moment de passer à l’action. Il a réussi à dénicher un renard et une biche sans trop de mal ! Je crois qu’il n’a plus besoin de moi désormais. »
« Ça me fait plaisir d’entendre ça. Je craignais qu’il puisse être diminué à cause des mauvaises habitudes qu’il avait prises au palais. »
« Non, pas d’inquiétude à avoir. Mais dis-moi, pour changer de sujet… Que se passe-t-il entre toi et Darriah ? Ne prends pas cet air d’ahuri ! Je vous ai vu tous les deux tout à l’heure. »
« Je… je ne suis pas sûr que ça te regarde. »
« Ho si ça me regarde ! Alors, dis-moi ! »
« Je sais pas trop. Que penses-tu d’elle toi ? »
« Hé bien, elle est plutôt sympathique. Je ne peux pas dire qu’elle me plaisait beaucoup au début, mais elle a montré à travers ses actes qu’elle était digne de confiance, alors j’ai changé d’avis. Mais ne détourne pas la conversation, qu’est-ce qu’il y a entre vous ? »
« Elle me plaît, vraiment. Je veux dire… elle est à la fois douce et courageuse, forte et fragile… je me sens si proche d’elle, parce que nous avons eu des parcours similaires dans la vie. Et maintenant que la ressemblance se poursuit jusque dans la mort d’un parent, j’ai envie d’être auprès d’elle pour l’aider à surmonter tout cela. Moi, lorsque j’ai perdu Garrow, je t’avais toi, mais elle n’a personne. »
« D’accord, tu as envie d’être là pour elle mais… moi je te parle de sentiment. Est-ce que tu la vois comme une grande amie ou bien, plus que cela ? »
Sous le regard insistant de sa dragonne, Eragon se détourna. Il garda un instant le silence puis répondit en choisissant soigneusement ses mots.
« Tu sais, j’ai eu tellement peur de la perdre hier, que je me suis rendu compte à quel point elle comptait pour moi… et pas seulement en tant qu’amie. J’ai des sentiments profonds pour elle, et apparemment ils sont réciproques. »
Il se retourna vers sa monture et la fixa dans les yeux, inquiet.
« Qu’est-ce qu’il y a de mal à cela ? »
« Rien. »
« Pourtant tu sembles désapprouver. »
« Ce n’est pas ça… c’est juste que… »
« Quoi ? »
« J’ai l’impression que tu t’emballes un peu vite avec elle. C’est vrai, vous ne vous connaissez que depuis une semaine et à t’entendre tu veux passer ta vie avec elle. C’est un peu précipité tu ne trouve pas ? »
« Hé bien… une part de moi pense que tu as raison et qu’il est préférable de prendre son temps. »
« Et que pense l’autre part ? »
Eragon regarda ses mains, incapable de soutenir trop longtemps le regard perçant de Saphira.
« Elle pense qu’en ces temps troublés, il ne faut pas hésiter à profiter de chaque instant de bonheur qui nous est offert, car ils pourraient bien être les derniers. »
Murtagh fit irruption dans la clairière, les interrompant involontairement. Eragon se rappela alors qu’il les avait laissés seuls sur demande de son frère, afin qu’ils puissent éclaircir les circonstances de leur première malheureuse rencontre.
Son appréhension de les voir tous les deux se détester disparut à l’instant où son aîné l’informa de leur discussion. Le pardon de Darriah, bien que surprenant, réconforta Eragon et augmenta d’autant plus son estime pour elle.
Maintenant que ce problème était résolu, il pouvait enfin se consacrer à Murtagh. Son soulagement de voir son plan réussir malgré sa complexité, avait été entaché par les circonstances dans lesquelles cela s’était produit. Mais à présent qu’il discutait avec lui, il commençait à réaliser la portée de cette réussite : non seulement il n’avait plus à se torturer l’esprit pour trouver la force de tuer son propre frère, mais en plus, maintenant que Murtagh était de leur côté, ils avaient ensemble de bien meilleures chances de vaincre Galbatorix.
Alors que Murtagh lui expliquait combien le geste de Darriah était libérateur pour lui, Eragon répondit à une impulsion soudaine et donna un coup de poing modéré dans l’épaule de son frère.
- Aïe ! Mais qu’est-ce qui te prend ?! Pourquoi t’as fait ça ?
- J’avais juste envie de le faire, répondit-il, un grand sourire aux lèvres.
- Ha ouais ? sourit à son tour Murtagh en entrant dans son jeu. Hé bien moi aussi il me prend juste l’envie de faire ça.
Il fit un croche-pied à son cadet, le faisant basculer à terre. Eragon riposta par un balayage qui entraîna Murtagh à le rejoindre au sol. Ils s’engagèrent alors dans une bagarre, se battant tels des chiffonniers, soulevant un nuage de poussière autour d’eux. Saphira les regarda batailler avec un regard de désolation.
« Vous ne croyez pas que vous avez passé l’âge de ces enfantillages ? » intervint-elle.
Mais ils ne l’écoutaient pas et Saphira les laissa là, s’envolant pour se poser un peu plus loin. Ils continuèrent leur combat amical jusqu'à ce qu’ils tombent tous les deux à bout de souffle sur la terre dévastée.
- On arrête ? demanda Eragon, satisfait.
- On arrête ! répondit Murtagh, tout aussi ravi.
Ils restèrent là pendant un moment, en silence, à contempler le ciel au-dessus d’eux. Eragon finit par briser le silence.
- Je suis content de te retrouver… tel que tu étais !
- Ce n’est pas tout à fait vrai, dit-il en se tournant vers son frère. J’ai changé. Tout comme toi d’ailleurs. Et pas qu’un peu ! Regarde-toi ! Tu ressembles plus à un elfe qu’à un homme. Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
- J’ai été changé par… heu… c’est compliqué à expliquer… mais pour résumer, je dirais que c’est la magie des dragons qui m’a changé.
- Vraiment ? Je savais qu’elle était puissante… mais là ! N’empêche, ça ne devrait pas me surprendre, il faut bien cela pour transformer un homme en elfe.
- Je ne suis pas un elfe… enfin pas complètement.
- Tu en as la force et l’agilité en tout cas ! Quand on s’est affronté dans ce village l’autre jour, j’ai bien senti que tu étais épuisé et blessé parce que ta dragonne l’était, mais ça ne t’a pas empêché de te battre avec une puissance et une rapidité que je ne te connaissais pas.
Eragon sourit malgré lui à cette remarque. Il avait réussi à impressionner son grand frère.
- Je ne suis pas le seul à avoir changé. Je t’ai vu utilisé la magie et c’est incroyable la façon dont tu t’en sers, si peu de temps après l’éclosion de ton dragon ! Moi j’ai mi un temps fou à démarrer mon apprentissage, et je ne parle pas du temps pour maîtriser mes pouvoirs…
- Ce n’est pas si compliqué. Le secret d’une magie efficace, c’est avant tout de posséder une grande maîtrise de soi. Avant de contrôler la magie, il faut parfaitement se connaître soi-même, pour savoir où est la limite à ne pas franchir.
- C’est très sage ce que tu dis là… mais je ne peux m’empêcher de penser que cette sagesse te vient de mon pire ennemi.
Murtagh hésita.
- De « notre » pire ennemi… Oui c’est vrai. Mais ces connaissances n’en sont pas moins utiles. Galbatorix a bien fait les choses tu sais. Il tenait à s’assurer que le premier membre de sa nouvelle caste de dragonniers soit presque aussi efficace que lui.
- Dis-moi… tu penses qu’à nous deux nous serons en mesure de le vaincre le moment venu ?
Eragon regarda son frère et surprit l’espace d’un instant la peur qui passa dans ses yeux.
- Si j’ai dit « presque » aussi efficace que lui, ce n’est pas pour rien. Il s’assurait constamment de ne pas m’en dire trop. Il me disait ce qu’il voulait que je sache, mais je sentais qu’il en savait bien plus sur la magie.
- Mais peut-être qu’à nous deux on pourrait…
- Je ne sais pas Eragon. Malgré nos progrès, nous n’en restons pas moins des dragonniers débutants, qui avons encore tellement de choses à apprendre. Nos connaissances en matière de magie, de combat ou de stratégie guerrière ne seront jamais assez suffisantes pour contrer celui qui les maîtrise et les pratique depuis des dizaines d’années.
- Qu’est-ce que tu en sais ? Après tout, toi tu as pu profiter de son enseignement qu’il a lui-même accumulé au cours de ces décennies ! Et moi j’ai bénéficié d’un apprentissage accéléré du savoir des elfes et des dragonniers réunis.
- Du savoir des dragonniers ?! s’interloqua Murtagh se relevant sur son séant. Comment et par qui l’as-tu reçu ?
- Hé bien... hésita Eragon, se relevant à son tour. Nous en reparlerons une autre fois si tu le veux bien. Pour l’instant ce qui importe c’est de garder l’espoir ! Des gens comptent sur nous tu sais. Et en ce qui me concerne, je n’ai pas l’intention de les décevoir.
- Si tu l’dis ! répliqua-t-il en donnant une tape sur l’épaule d’Eragon, qui se remettait debout en même temps de lui. Allez ! Allons manger un morceau ! J’ai rapporté du bon gibet de la chasse ! Tu m’en diras des nouvelles !
- Mais tu sais… je suis végétarien maintenant.
- Ha ha ! Très drôle ! T’as bien failli m’avoir, p’tit frère !
Il l’entraîna vers le campement bras dessus bras dessous.


A SUIVRE...
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 10   Sun 30 Mar - 13:56

Chapitre 10


Le lendemain, Saphira proposa de se mettre en route au petit matin, mais Eragon refusa, invoquant l’état de santé de Darriah, encore trop précaire. Ils s’accordèrent donc une journée de détente supplémentaire avant de reprendre la route du Surda.
Ils étaient installés dans une zone assez peu fréquentée par les populations, car les routes commerciales passaient plus à l’est. Les deux dragons n’avaient donc aucune crainte d’être repérés, même en plein jour, et ils en profitèrent pour aller chasser ensemble, plus pour le goût du sport que par réel besoin de se nourrir. Murtagh les accompagnant pour passer un maximum de temps avec Thorn, Eragon et Darriah se retrouvèrent seuls.
La jeune fille estimait se sentir assez forte pour se relever et marcher, malgré son état de faiblesse, et son obstination l’emporta sur les objections de son ami. Avec son aide, ils partirent en promenade au bord du lac et passèrent une bonne partie de l’après-midi à discuter de tout et de rien. Parfois, leur conversation les menait à parler de leur passé et de leurs expériences heureuses comme douloureuses. Darriah ne se lassait pas d’entendre les récits d’Eragon sur ses périlleux voyages en compagnie de Brom ou de Murtagh. Et il ne tarissait pas d’éloges face au courage que ce dernier avait manifesté en de nombreuses occasions, histoire de lui faire découvrir le Murtagh que lui avait toujours connu. Le jeune homme n’aurait su dire si ses efforts portaient leurs fruits, car Darriah ne faisait que peu de commentaires durant ces passages, se contentant d’écouter attentivement et ajouter quelques exclamations dans les moments les plus palpitants.
Vers la fin de l’après-midi, ils s’assirent au bord du lac pour contempler en silence le soleil qui en descendant, se reflétait à la surface de l’eau et projetait des gerbes d’étincelles éblouissantes.
La jeune fille ne voyait toujours rien, mais devant la beauté du spectacle, Eragon ne pouvait s’empêcher de lui décrire ce qu’il admirait. À mesure qu’il détaillait le paysage, le sourire de Darriah s’élargissait. Elle finit par prendre la main du jeune homme et après une légère hésitation elle posa sa tête sur son épaule. Eragon profitait pleinement de cet instant. Il aurait tant souhaité que le temps suspende son fil et qu’ils restent ainsi blottis l’un contre l’autre, alors que le monde semblait avoir disparu autour d’eux.
Après une rapide exploration mentale des parages pour s’assurer que ses compagnons étaient au loin, Eragon se risqua à déposer un doux baiser sur le front de la jeune fille. Celle-ci ne tressaillit pas de surprise, mais au contraire se pelotonna davantage dans ses bras. Enhardi par cette réaction, il l’embrassa sur les lèvres et, loin de le repousser, elle lui rendit sa délicieuse étreinte. Timidement au début, puis plus langoureusement. Ils étaient assis sur une grosse pierre, mais ils finirent par basculer tous les deux sur l’herbe verte et leurs dents s’entrechoquèrent. Ils se mirent à rire de concert, puis reprirent là où ils en étaient. Leurs mains s’aventurèrent à explorer le corps de l’autre sans pour autant aller trop loin dans leur intimité.
Ils s’enlacèrent ainsi jusqu’à ce que le soleil disparaisse derrière les arbres, les obligeant à regagner le campement.

Les premières étoiles apparaissaient dans le ciel quand ils rejoignirent les autres et ils ne tentèrent même pas de dissimuler leur relation à leurs compagnons, revenant main dans la main. Murtagh afficha un sourire approbateur et Thorn ne manifesta guère plus qu’un intérêt poli. Mais c’est de Saphira qu’Eragon guettait la réaction. Comme elle ne levait pas les yeux, il mena Darriah auprès du feu et lui déposa un baiser sur la joue avant de rejoindre sa monture. Celle-ci était occupée à déguster les dernières chairs accrochées aux restes d’un animal, qui devait être une biche. Agacé qu’elle ne croise pas son regard, il effleura son esprit.
« Tu m’en veux ? »
« Pourquoi je t’en voudrais ? »
« Pour avoir pris la décision d’écouter mon cœur, plutôt que ma raison. »
Il y eut un silence. Puis elle leva enfin les yeux de son repas.
« Je ne peux pas te reprocher cela. Mais je ne peux m’empêcher de penser à l’amour que tu éprouvais pour Arya et la façon dont tu l’as balayé. »
Eragon ne put s’empêcher de grincer des dents.
« Je te rappelle que ce n’est pas moi qui en aie décidé ainsi ! Ce n’est pas faute d’avoir essayé encore et encore, mais elle ne veut pas de moi et je refuse de continuer à souffrir en attendant qu’elle daigne bien m’accorder un regard. »
« Peut-être qu’elle a privilégié son devoir à ses sentiments envers toi. »
« Son devoir ? Envers qui ? »
« Son peuple. T’aimer pouvait te distraire de ton objectif, qui est de détruire Galbatorix. Elle pense peut-être que c’est mieux ainsi… pour l’instant en tout cas. »
« Et tu lui donnes raison ? s’emporta-t-il. Tu crois qu’elle fait bien de prendre la décision pour nous deux ? Et tu crois que je dois rester les bras croisés en attendant de savoir qui de Galbatorix ou moi périra quand tout sera fini avant de décider qui je dois aimer ? Tu ne crois pas que j’ai envie de profiter un peu de la vie avant qu’elle me soit retirée ? »
« Ne sois pas si pessimiste. »
« C’est une des éventualités probables, tu ne peux pas le nier. Et puis peu importe tout cela… Arya a pris sa décision et moi j’ai pris la mienne. Maintenant la question est : l’acceptes-tu ? »
Saphira se pencha sur ses os, les avala tout rond, puis porta son regard vers le petit feu de camp où se trouvait Darriah. Après un long silence, elle déclara :
« Elle est douce et courageuse à la fois. Et elle a prouvé sa valeur. Si c’est ton choix, je l’accepte. D’autant plus que ses lèvres au goût de framboise ne sont pas faites pour te déplaire. » ajouta-t-elle avec un regard malicieux.
« Hé ! protesta-t-il en lui donnant un coup de coude, je croyais que j’étais seul avec elle ! Petite fouineuse d’esprit ! »
« Tu n’es jamais vraiment seul, le gourmanda-t-elle. Encore moins dans ces moments-là, où ton esprit envoie tellement de signaux forts, dans tous les sens. »
Il baissa la tête, espérant cacher la rougeur qui lui montait aux joues.
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 10   Sun 30 Mar - 13:57

Ils reprirent les airs le lendemain aux premières lueurs du jour, en direction du Surda. Le temps était clair et clément, ce qui leur permit de voler à haute altitude et de passer ainsi inaperçus du commun des mortels. Le voyage de retour leur prit cinq jours, car Eragon était soucieux de ménager la santé de son amie, encore faible, bien qu’elle affirmait le contraire. Ces jours les virent se rapprocher encore davantage, car ils ne se lâchaient plus d’une semelle. Que ce soit en plein vol, alors que Darriah serrait le jeune homme de près, autant pour ne pas tomber que pour ressentir tout contre elle son corps chaud et musclé, ou bien à terre où ils dormaient blottis, l’un contre l’autre.
Durant ces nuits, Eragon, qui ne dormait pas vraiment, passait de longues heures à observer le visage de la jeune fille à la faible lueur de la lune, et il se surprenait à détailler chacun de ses traits : la forme parfaite de ses pommettes, la courbe voluptueuse de ses lèvres et la douceur incomparable de ses cheveux, dans lesquels il glissait régulièrement ses doigts. Il essayait d’éviter la bosse qu’elle avait à l’arrière du crâne, qui restait encore douloureuse, et il ne voulait pas risquer de la réveiller en l’effleurant. Il respirait aussi abondamment le parfum de sa peau, lequel suffisait à l’enivrer.
Un jour, alors qu’ils approchaient de Helgrind, ils firent halte pour la nuit et Darriah, désireuse de se dégourdir les jambes, accompagna Eragon pour aller recueillir le bois nécessaire à un feu. Alors qu’ils se lançaient dans une discution sur les propriétés de certaines plantes, Eragon, accroupit pour ramasser des branches mortes, fut pris d’un drôle de sentiment.
- J’aimerais tant que nous puissions vivre ainsi pour toujours, murmura-t-il.
Elle s’interrompit au milieu de sa phrase et, lui, comprit qu’il s’était exprimé tout haut.
- Je te demande pardon, se reprit-il, je réfléchissais à voix haute. Tu disais ?
- Rien d’important en comparaison de tes pensées. Tu es sérieux ?
- Ma foi, oui, je le crois.
Elle eut un mince sourire, puis retrouva son sérieux.
- À la façon dont tu en parles, il semble que ce soit un projet irréalisable. (Elle hésita) Qu’est-ce qui t’empêcherait de le réaliser ?
Il se releva, les bras chargés de bois et fixa la jeune fille, qui ne lui renvoyait qu’un regard vide. Son état n’avait pas connu d’amélioration et cela l’inquiétait toujours, mais il n’en avait pas fait mention, pour que son amie garde espoir.
- Je ne sais pas trop. Ma vie est compliquée et elle est appelée à le devenir davantage chaque jour. Comme je te l’ai expliqué, je suis au centre d’une guerre dont l’issue déterminera l’avenir même de toute l’Alagaësia. Je profite aujourd’hui de chaque instant que je passe simplement à tes côtés, tout en sachant que lorsque nous serons de retour à Aberon, je devrais reprendre mon rôle de Dragonnier dans cette guerre, soupira-t-il.
Une ombre passa sur le visage de Darriah.
- Devrons-nous alors nous séparer ?
Il sentait les efforts qu’elle avait faits pour donner à sa voix un ton égal, sans pour autant y parvenir complètement.
- La prudence m’imposerait de garder mes distances avec toi, pour te protéger, car mes ennemis ne sont jamais très loin. Mais je crois que j’en serais incapable, avoua-t-il en secouant la tête.
- Je comprends mieux maintenant pourquoi tu t’inquiètes déjà de notre arrivée au Surda…
- J’aimerais tant te dire que cela ne changera rien entre nous, mais je ne peux pas te faire une telle promesse.
Elle baissa ses yeux aveugles vers le sol. Lui, cala contre ses flancs les morceaux de bois, de sorte à pouvoir les maintenir avec un seul bras et il saisit de sa main libre le menton de la jeune fille, entre le pouce et l’index.
- Néanmoins, je ne compte pas t’abandonner. Nous devrons juste être plus prudents et ne pas manifester nos sentiments en public. Tu comprends ?
Elle hocha lourdement la tête. Il sentit qu’elle comprenait au-delà de ce que lui-même pouvait imaginer des situations à venir.
- Tu sais… je comprendrais si tu décidais de ne pas continuer. Je ne peux pas t’imposer une telle vie…
- Je sais ce que ça implique, le coupa-t-elle fermement. Je crois que je l’ai su dès le moment où je t’ai rencontré. Mais ça ne m’a pas empêchée de t’aimer. Je ne sais pas exactement à quel moment ça s’est produit, mais les sentiments que j’éprouve aujourd’hui sont bien là, et je ne pourrais pas les nier même si je le voulais. Alors, peu m’importe les épreuves qui m’attendent, je sais que tu seras là pour m’aider à les affronter. Et de même, je souhaite être à tes côtés pour t’aider à supporter la charge de ton rôle dans cette guerre. Si toutefois tu veux toujours de moi ?
Elle eut pour seule réponse le bruit que le bois fit en s’écrasant au sol avant qu’Eragon ne l’enlace dans une étreinte passionnée. Quelle joie d’entendre ces paroles, qui le libérait du poids qu’il transportait depuis quelques jours.
- Merci, lui souffla-t-il à l’oreille, entre deux baisers.
- Mais Eragon…, continua-t-elle en s’écartant un peu de lui, hésitante. Je ne ferais pas semblant d’être une simple amie.
- Comment ? l’interrogea-t-il, sans comprendre.
- Je sais que tu n’as que mon bien-être en tête en me demandant d’être discrète, mais je refuse de vivre dans le mensonge ou dans le secret. Et… si nous devons être ensemble… alors nous le serrons aux yeux de tous.
- Darriah, reprit-il d’un ton implorant, cela te mettrait en danger.
- Probablement. Mais garder secret mon amour envers toi et me comporter comme si tu n’étais rien de plus qu’un ami, me ferait peut-être plus de mal que je ne pourrais le supporter.
Elle se détourna de lui et fit quelques pas pour s’éloigner. Lui ne comprenait pas sa réaction. Elle venait pourtant de dire qu’elle acceptait qu’ils se montrent discrets, alors pourquoi ce changement d’avis soudain ? Il sentait qu’il y avait quelque chose au-delà de ses paroles, mais il ne voulait pas la presser de questions, car elle semblait réfléchir à quelque chose qui dépassait son entendement.
Elle se retourna lentement vers lui.
- Tu te demandes peut-être pourquoi mon désir de vivre au grand jour m’importe plus que ma sécurité ?
Il hocha la tête, puis se rappela que ce geste était bien inutile pour elle, qui ne voyait pas.
- Oui.
- Ce… ce n’est pas tant le regard des autres qui m’importe, et encore moins maintenant que je ne peux plus le percevoir. Mais… (Elle prit une inspiration pour se donner du courage) Je… j’ai connu quelqu’un par le passé, quand j’étais plus jeune. Il s’appelait Jasper et il habitait Belatona.
- Alors, il arrive ce bois ? lança à quelques distances Murtagh, qui se rapprochait d’eux.
Immergés qu’ils étaient dans leur conversation, Eragon avait perdu de vue le but de leur promenade. Il dépassa vivement Darriah et rejoint à grandes enjambées son frère. Il lui fourra le bois entre les mains et le pria de commencer à faire le feu sans lui. Ce dernier leva un sourcil intrigué, mais n’insista pas. Eragon revint auprès de la jeune fille alors que la lumière baissait rapidement sous les arbres, et il l’aida à l’asseoir sur le tronc d’un arbre écroulé, prenant place à ses côtés.
- Tu me parlais d’un certain Jasper ?
- Oui… Jasper Norio. Il venait régulièrement à Arna, pour y faire des affaires avec les artisans et commerçants du village. Son père était une personne riche et influente de Belatona et il envoyait son fils conclure des accords et faire fructifier ses intérêts dans la région. Il était perçu par les villageois comme un jeune homme de bonne famille, bien élevé et bel homme qui plus est.
Darriah gardait les yeux résolument baissés vers le sol, et elle semblait voir des images d’un lointain passé resurgir alors qu’elle parlait.
- Quand il a commencé à s’intéresser à moi, je pensais tout d’abord qu’il avait perdu un pari avec l’un de ses amis et qu’il avait reçu le gage de me séduire. Mais les semaines passaient et il venait de plus en plus souvent à la boutique, en prétextant des commandes d’étoffes pour son père. La méfiance et l’incrédulité que j’avais à son égard ont fini par céder devant ses avances et nous sommes sortis ensemble durant quelque temps. Il voulait rester discret, et nous ne nous retrouvions que lorsque venait la nuit et toujours dans des endroits sombres, pour que personne ne nous voie. Je trouvais cela excitant au début, car j’avais l’impression que nous étions des fugitifs traqués.
Elle agita la main en signe de regret.
- Comme je l’ai dit, j’étais jeune alors, et naïve. Quand j’ai commencé à vouloir sortir avec lui en public, il me répétait qu’il préférait me garder pour lui tout seul et que notre histoire ne regardait personne. Mais moi, je commençais à souffrir de l’ignorance totale qu’il me manifestait lorsqu’on se croisait dans la rue ou qu’il passait à la boutique pour une commande. Un jour, j’ai voulu l’accompagner jusqu'à Belatona pour voir à quoi ressemblait sa vie et peut-être rencontrer ses parents, mais il s’est mis en colère en répétant que notre histoire ne regardait personne et qu’il ne voulait pas que ça se sache.
Eragon lui jeta un regard fugitif et s’aperçut qu’une larme silencieuse roulait sur sa joue pâle. Mais il se retint d’intervenir et la laissa poursuivre.
- Pendant des semaines, je n’ai plus abordé le sujet et je m’en suis même voulu de l’avoir contrarié. Il venait moins régulièrement, et lorsque nous étions tous les deux seuls, il… (Elle serra ses mains sur ses genoux, comme pour les empêcher de trembler) il se montrait moins tendre et galant qu’au début. Je… je n’osais pas lui faire remarquer, par peur qu’il me quitte… Cela jusqu'au jour où j’ai appris par un colporteur que le fils Norio venait de se fiancer et qu’une grande fête allait être donnée à cette occasion à Belatona.
Elle reprit sa respiration et continua d’un ton plus assuré et plein d’amertume.
- Il s’était non seulement moqué de moi en me laissant croire que notre histoire était sérieuse, mais en plus il continuait de venir me voir alors qu’il fréquentait cette fille depuis plus de six mois.
- Qu’as-tu fais quand tu l’as appris ? ne put s’empêcher de demander le jeune homme.
Il s’attendait à la voir éclater en sanglots, mais bien au contraire, elle gloussa, un large sourire sur les lèvres. Retrouvant son sérieux elle poursuivit.
- Comme tu peux t’en douter, j’étais dans une colère noire en apprenant la nouvelle. Je me sentais blessée dans mon amour propre, mais je m’en voulais surtout d’avoir été aussi stupide. Alors pour soulager mon malaise, j’ai voulu lui faire payer un peu du mal qu’il m’avait fait. (Un sourire étira un coin de ses lèvres) Lorsqu’il est venu me retrouver quelques jours plus tard, il ne savait pas que j’étais au courant et je ne voulais pas l’entendre se chercher des excuses pour justifier son comportement. Je lui ai simplement donné rendez-vous trois jours plus tard à l’étang, situé juste en dehors de la ville, en lui promettant une surprise s’il me rejoignait au lever du jour. Il était contrarié qu’on se voit en plein jour, mais il a fini par accepter.
- Et qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?
Eragon observa le visage Darriah et son sourire s’élargissait et se mêlait au rouge qui lui montait aux joues.
- Prétextant un petit jeu pour… heu… rendre les choses plus excitantes, je l’ai convaincu de se bander les yeux et de se déshabiller. Puis ensuite, il s’est docilement laissé faire quand je l’ai attaché à un arbre.
- Tout nu ?
- Oui !
Eragon ne put s’empêcher de rire avec elle et ils pouffèrent ainsi jusqu'à ce que la jeune fille continue toujours en riant :
- Mais attends… c’est pas tout ! Il était certes déjà bien humiliant d’être ligoté à un arbre, nu comme un vers et en pleine nature, mais ma vengeance ne s’arrêtait pas là. Si je lui avais donné rendez-vous à cet endroit précis et ce jour-là, c’est parce qu’une fois par an, le village se réunissait pour pique-niquer au bord de l’étang. Et je te laisse imaginer leur tête quand ils sont arrivés et l’ont trouvé là !
Et ils rirent de plus belle, jusqu’à en pleurer de rire.
- En plus, le soleil avait tourné entre-temps et il frappait très fort à cette époque de l’année… Jasper était plus rouge qu’une tomate ! Et pas seulement à cause du coup de soleil si tu veux mon avis ! termina-t-elle, à bout de souffle et se tenant les côtes.
Quand leur hilarité se calma, Eragon suggéra de retourner auprès des autres, car il faisait nuit noire à présent, même si ça ne faisait pas grande différence pour elle. Ils se levèrent et revinrent sur leur pas, mais elle le retint par le bras.
- Eragon ! Je n’ai pas tout à fait terminé…
- Oui ?
- Si je t’ai raconté cette histoire, c’est pour que tu comprennes ma position face à ce que tu me demandes et parce que je ne souhaite pas revivre la même chose. Je sais que tu es différent de Jasper, continua-t-elle avant qu’il ait pu l’interrompre, mais je ne connais que trop bien ce que c’est de devoir surveiller constamment ses faits et gestes pour ne pas montrer aux autres ce que nous ressentons. Je ne souhaite cela pour aucun de nous deux !
Il hocha la tête.
- C’est tout à fait compréhensible, et d’ailleurs je te remercie de m’en avoir parlé.
Il réfléchit un instant avant de poursuivre. Il allait devoir renoncer à la sécurité qu’aurait pu leur procurer le secret, mais d’un autre côté, aurait-il été capable de se montrer distant à l’égard de Darriah, au risque de la faire souffrir ?
- Je… je mesure à présent les implications de ce que je te demandais. Je crois que je n’avais pas anticipé la difficulté que cela pouvait représenter pour toi et moi… mais je n’avais que ta sécurité en tête…
- Je sais. Et je te le répète, je suis consciente que Jasper et toi êtes bien différents et que le contexte est tout autre. Je ne veux pas que tu crois que j’ai envie de t’affubler des fautes de Jasper, non ! Je veux juste…
Il lui posa l’index ses lèvres, l’empêchant de continuer. Il s’en rapprocha et y déposa un doux baiser. Puis lui murmura :
- J’ai compris.
Il lui prit la main et l’entraîna à sa suite.

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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 10   Sun 30 Mar - 14:02

Ils passèrent une soirée paisible autour du feu, à manger et à parler de choses sans grande importance. Mais Eragon trouva Darriah plus silencieuse qu’a son habitude. Elle semblait pensive.
Lorsqu’ils s’étendirent pour dormir, le jeune homme lui demanda ce qui n’allait pas.
- Je réfléchissais à des choses…
- De quel genre ?
- Hé bien… tu sais que mes relations avec ma mère s’étaient détériorées ces derniers temps à cause de son obstination à vouloir me « caser ».
- Oui.
- Je crois que sans m’en rendre compte, je ne voulais plus avoir à faire aux hommes. Jasper m’avait fait plus de mal que je ne voulais bien me l’avouer. Et Rony et ses manières prétentieuses n’ont pas arrangé les choses.
- Mais ta mère n’aurait-elle pas dû comprendre tes réticences ?
- Non. Je ne lui ai jamais parlé de Jasper. Comme il le souhaitait, notre relation est restée secrète, même pour ma mère. Et après, quand j’ai appris la vérité, j’avais trop honte pour en parler, alors je n’ai jamais rien dit à personne.
- Et pourtant, tu m’as ouvert ton cœur, à moi. Pourquoi ?
Ses paroles avaient dépassé ses lèvres avant qu’il n’ait pu les retenir et il regretta immédiatement de les avoir prononcées. Il guetta néanmoins la réaction de Darriah, tout en s’apprêtant à s’excuser. Elle répondit lentement, toujours aussi pensive, mais la question ne parut pas la choquer.
- Je l’ignore. Comme je te l’ai dit, je ne sais pas à quel moment ça s’est produit… à quel moment j’ai commencé à éprouver de l’amour pour toi. Au départ, j’éprouvais plus de l’admiration, voire même de la fascination pour ce que tu représentais. J’avais en face de moi un vrai Dragonnier, en chair et en os. J’avais tellement étudié les légendes et les mythes d’Alagaësia, et les Dragonniers y occupaient une place prépondérante.
- Et aujourd’hui ?
- Ca fait peu de temps que nous nous connaissons, mais j’ai pourtant l’impression que ça fait des années… je sais c’est idiot. Néanmoins, ce que j’ai appris de toi : ton histoire et ta personnalité, me poussent à t’apprécier pour l’homme que tu es (Elle prit sa main dans la sienne) et plus pour ce que tu représentes. Et… maintenant, je me sens ridicule de t’avoir dit ça…
- Non, ne le regrette pas. Tu sais, je suis vraiment touché. Non seulement que tu m’aies ouvert ton cœur, mais qu’en plus tu puisses m’en parler aussi franchement.
- Le temps devrait m’avoir appris à me montrer plus prudente avec les hommes, mais… avec toi, c’est différent.
- Pourquoi ?
- Tu poses trop de questions, très cher Eragon ! sourit-elle.
« Elle a bien raison ! intervint soudain Saphira alors qu’il ne l’avait pas entendu de la soirée. Tu ferais bien d’arrêter de poser des questions stupides. »
« Chut ! Je ne peux pas t’empêcher d’écouter, mais tu pourrais au moins arrêter de me rappeler constamment que tu es là ! »
« Constamment ! Tu plaisantes ? Je n’ai rien dit de… »
« Chut ! »
« Bon très bien ! Excusez-moi « très cher » ! »
- Mais je vais quand même y répondre si tu me promets que c’est la dernière pour ce soir.
- D’accord.
- Hé bien… lorsque je n’allais pas bien après la mort de ma mère, tu as eu je ne sais combien d’occasions de profiter de moi et ma faiblesse, mais tu n’en as rien fait et tu t’es toujours montré aussi compatissant et serviable que tu l’as pu, alors que toi-même tu devais mener à bien une mission douloureuse et dangereuse pour sauver ton frère. Je crois que cela, plus que toute autre chose, m’a montré la personne que tu étais réellement.
Ses paroles réchauffaient le cœur du jeune homme, bien plus que les flammes du petit feu qui brûlait derrière eux. Il déposa un doux baiser sur le front de Darriah et l’entoura de ses bras pour se laisser dériver vers la torpeur qui lui servait de sommeil.

La dernière nuit avant leur arrivée à Aberon, ils s’arrêtèrent sous de grands arbres, près du lac Tüdosten, au nord de la cité de Lithgow et à la limite de la frontière du Surda.
Au moment où Darriah se laissait glisser à terre du dos de Saphira, elle fut prise de vertige et Eragon l’aida à s’asseoir et lui tendit sa gourde d’eau. Elle ne réagit pas l’espace d’un instant si long, que l’inquiétude du jeune homme s’en trouva redoublée. Puis elle se saisit soudainement de la gourde et commença à l’agiter sous le nez d’Eragon avec un regard stupéfait et ébahi.
- Je la vois !! Je vois la gourde ! Et je te vois !
- Tu as retrouvé la vue !?
- OUI !!! cria-t-elle en se jetant dans ses bras.
Ce soir-là, ils passèrent une excellente soirée et Darriah s’émerveilla de tout ce qu’elle voyait, même si le paysage n’avait rien d’extraordinaire. Elle fit également remarquer à Murtagh qu’elle préférait nettement le voir sourire, car il était alors plus séduisant qu’avec le masque de haine qu’il affichait lors de leur première rencontre. Il la remercia, bien qu’un peu mal à l’aise. Eragon sourit intérieurement : son frère n’était manifestement pas encore familier du franc-parler de Darriah.
Ils ne réussirent pas à déterminer ce qui avait pu se produire pour Darriah et ce qui avait rétabli sa vision, aussi complètement qu’avant son agression. Du moins jusqu'à ce qu’Eragon se lève au milieu de la nuit avec une théorie en tête. Il toucha doucement le crâne de Darriah à la recherche de la bosse, mais il s’aperçut qu’effectivement elle s’était résorbée. Eragon suggéra alors que cette bosse devait être une blessure qui avait saigné à l’intérieur de sa tête et que, maintenant le sang résorbé, elle pouvait voir de nouveau.
Pour Darriah, la raison importait peu, seul le résultat comptait. Et les heures et les jours qui suivirent furent pour elle comme une seconde naissance. Elle s’était résolue en l’espace de quelques jours seulement, à devoir rester aveugle pour le reste de sa vie, avec toutes les difficultés que cela pouvait impliquer. Envisager sa vie sous cet angle, en plus des changements que sa nouvelle relation avec Eragon allait provoquer, avait de quoi lui donner le tournis. Profondément morose à certains moments, elle réussissait à oublier quelque peu ses tourments lors des moments d’intimité privilégiée qu’elle passait aux côtés d’Eragon. Tantôt très bavard sur leurs passés respectifs, tantôt silencieux, profitant du plaisir simple d’être blottis l’un contre l’autre.
Mais cette dernière nuit de voyage l’avait complètement ébranlée dans ses certitudes maussades de l’avenir. De nouveaux horizons s’ouvraient devant elle désormais, et elle profitait de chaque instant en souriant pleinement à la vie et à ses nouveaux amis. Au point d’ailleurs d’en avoir des crampes à la mâchoire.
Son intérêt se porta aussi davantage sur Saphira et Thorn. Elle avait toujours été fascinée par ces créatures de légende, et maintenant que son moral lui permettait de s’ouvrir au monde, elle s’attachait à revenir à ses anciennes passions. Posant question sur question sur leur mode de vie, leurs origines, l’étendue de leur capacités magiques, leur force, leur mode de reproduction et ainsi de suite, elle obtint des réponses mitigés de Thorn, rétissant et peu coopératif. Saphira, de son côté, était aussi peu conciliante, mais elle finit par se prêter au jeu et devint plus loquace, enorgueillie de l’attention qu’on lui portait.
Ils arrivèrent en vue d’Aberon en fin d’après-midi, alors que le soleil disparaissait déjà derrière les hautes montagnes des Beors. La jeune fille trouva cela plus impressionnant que tout ce qu’elle avait vu jusqu’ici. Elle, qui était rarement sortie de sa région, n’avait jamais pu contempler la majesté et la grandeur de ces massifs, qui se dressaient de toute leur hauteur, malgré l’altitude à laquelle ils volaient.
Son exclamation de stupeur poussa Eragon à se retourner sur la selle pour la regarder avec un sourire en coin. Elle ne se démonta pas pour autant et continua de détailler avec émerveillement le paysage qui s’ouvrait devant eux. À une certaine distance du pied des montagnes, s’étendait une imposante cité qui courait sur des lieux. Elle s’était déjà rendue dans la cité de Belatona, qui lui avait paru immense à l’époque, mais à présent, elle lui paraissait insignifiante en comparaison d’Aberon.
Lorsqu’ils descendirent vers la capitale du Surda, Darriah pu constater que la grandeur n’était pas le seul point qui différenciait Belatona d’Aberon. Les bâtiments étaient bien différents de ceux d’Alagaësia. Ils avaient une facture plus arrondie et semblaient construits avec des matériaux que la jeune fille ne parvenait pas à identifier à cette distance.
Saphira fit une embardée sur la droite et Darriah dut se cramponner davantage à Eragon pour ne pas glisser. C’est alors qu’elle l’aperçut à l’ouest : le grand palais. Les mots lui manquaient pour décrire la beauté et la grandeur de cet édifice. Décidément, elle n’était pas au bout de ses surprises !
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 10   Sun 30 Mar - 14:05

Dès son arrivée sur place, Eragon constata que quelque chose avait changé. Le nombre de tentes montées en dehors de la ville lui semblait bien plus grand que lors de sa dernière visite, et l’agitation dans les rues s’en trouvait redoublée. Il comprit la raison de ces changements lorsqu’il vit arriver à sa rencontre, aux côtés de Nasuada, l’elfe dénommé Vanir, qui lui avait servi d’adversaire à l’épée durant les quelques mois de son entraînement en Ellesméra. Il apprit par la chef des Vardens que les renforts elfiques étaient enfin arrivés. Ils avaient été retardés en chemin par plusieurs escadrilles de Galbatorix, qui s’étaient successivement lancées à leurs trousses, pour les empêcher de rejoindre le Surda.
Mais ces nouvelles s’échangèrent seulement après qu’Eragon se soit jeté devant les gardes armés, leur interdisant de s’attaquer à Murtagh et Thorn, qu’ils croyaient encore maléfiques. En effet, si l’identité du nouveau Dragonnier restait encore inconnue aux yeux de tous, les gens savaient que son dragon était rouge. D’où l’attitude agressive des gardes.
Eragon fournit de brèves explications à Nasuada sur la réussite de son plan, et après une courte hésitation, elle ne put que céder devant la détermination qu’il affichait, et demanda à ses gardes de baisser leurs armes. Ils résolurent de tenir un conseil de guerre dans la demi-heure qui devait suivre pour que chacun informe les autres des dernières nouvelles.

Darriah aurait voulu se joindre à eux, pour ce rassemblement si hétéroclite de personnes aussi importantes, mais Eragon s’excusa et la confia aux bons soins d’un dénommé Jörmundur, capitaine de l’armée des rebelles. Ce dernier la mena dans le palais à travers un labyrinthe de corridors et d’escaliers, jusqu'à une chambre qui donnait sur une cour intérieure magnifiquement fleurie et au centre de laquelle trônait une charmante fontaine. Il lui donna quelques indications pour trouver le chemin de la grande salle, avant de l’abandonner à ses appartements.
Elle resta quelques instants à contempler la beauté apaisante du jardin en contrebas. Elle s’émerveillait de tout ce qu’elle voyait autour d’elle, du bassin ruisselant, aux colonnes sculptées qui maintenaient les plafonds des étages, en passant par les tapis finement tissés qui ornaient les sols de sa chambre. Elle aurait dû s’installer plus confortablement en défaisant ses bagages, mais elle n’en avait pas. Ses besoins matériels, jusque-là, s’étaient limités à ce que lui fournissait Eragon. Elle avait tout perdu dans l’incendie de sa maison, vêtements comme objets personnels, et ne possédait à présent que ce qu’elle portait, soit un corsage et une jupe longue, poussiéreuse du voyage et déchirée à certains endroits, stigmates de son passage dans la crypte des âmes.
Elle ne s’était pas trop préoccupée de son apparence durant le voyage, car lorsqu’Eragon posait ses yeux sur elle, elle avait toujours l’impression d’être la plus belle femme du monde. Mais ici, à la cour d’un palais royal, elle avait honte de se présenter à quiconque, dans l’état où elle était.
Trois coups frappés à la porte la sortirent de ses pensées.
- Oui, entrez ! dit-elle, intriguée.
Une jeune fille, du même âge qu’elle, pénétra dans la chambre avec les bras chargés de vêtements.
- Bonjour, je m’appelle Katrina et je suis venue vous apporter quelques affaires.
Joignant le geste à la parole, elle déposa son chargement sur le grand lit et lui fit de nouveau face.
- Heu… moi c’est Darriah, répondit-elle, ayant retrouvé sa langue.
- Enchantée ! J’ai croisé Eragon en venant et il m’a demandé de passer voir si vous aviez besoin de quelque chose. Sachant que vous n’aviez pas de bagages, j’ai pris la liberté de vous apporter quelques unes de mes affaires.
- Merci, c’est très gentil !
- C’est rien, sourit-elle. Moi aussi quand je suis arrivée ici, je n’avais rien d’autre que ce que j’avais sur le dos, et bien qu’il ne m’en faille pas beaucoup plus, Roran m’a convaincue de me mettre à la mode du palais et me voilà attifée comme l’une de ces nobles.
Elle leva les bras et fit un tour sur elle-même, pour que Darriah puisse voir dans son ensemble la robe verte somptueuse qu’elle portait. Sa façon de parler, simple et sans détour, plus à la mode villageoise que citadine, plut tout de suite à Darriah, et elle se décrispa face à cette inconnue.
- Vous avez bien dit Roran ? remarqua-t-elle.
- Oui, c’est mon fiancé.
- Roran, le cousin d’Eragon ?
- Exact !
- Je vois. Eragon m’a parlé de vous deux. Contente de faire votre connaissance.
- Moi de même, mais je crois que je le serais encore plus si on se tutoyait.
- Avec plaisir !
Les présentations faites, Katrina conduisit Darriah à la salle de bains pour qu’elle se débarrasse de la crasse du voyage. Après quoi, elles regagnèrent la chambre, et Darriah entreprit d’essayer les affaires posées sur le lit. Au bout d’une demi-heure d’essayage, elle trouva son bonheur avec une robe de satin mauve qui, d’après Katrina, mettait son teint en valeur. Celle-ci l’aida ensuite à nouer ses cheveux ondulés, de sorte à ce qu’ils ne lui tombent pas devant le visage, mais qu’ils lui cascadent élégamment sur les épaules.
Lorsqu’elle se regarda dans le miroir, elle resta un instant à contempler son image. Elle n’était pas bien différente de ce qu’elle avait toujours été, mais quelque chose lui paraissait différent néanmoins… « L’amour ? » se demanda-t-elle.
- C’est beaucoup mieux comme ça ! la gratifia Katrina.
- Oui, mais…
- Quoi ? Tu n’aimes pas ?
- Non, c’est pas ça… juste que… Je me disais que c’était peut-être un peu trop habillé. Étant donné les circonstances actuelles, je pensais que quelque chose de plus simple aurait été plus approprié.
- Les circonstances actuelles ?
- La guerre et tout ça...
- Je vois ce que tu veux dire. J’ai eu la même réaction que toi au départ, et d’ailleurs mon avis sur la question n’a pas vraiment changé. Je trouve que toutes ces futilités sont vraiment déplacées par les temps qui courent. Mais ici, au palais, le roi Orrin désire conserver des apparences de paix et de prospérité, comme s’il voulait que son sanctuaire ne soit pas atteint par les affres de la guerre. Si tu veux mon avis, je trouve cela bien hypocrite de sa part, mais il est le roi, et nous sommes ses hôtes qui plus est, alors nous nous devons de nous plier à ses recommandations et de nous vêtir aussi royalement que le reste de sa cour.
Darriah acquiesça. Elle ne connaissait rien de la vie dans une cour royale, mais elle préférait, pour lors, ne pas se faire remarquer.
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 10   Sun 30 Mar - 14:06

Eragon claqua rageusement la porte de ses appartements. Il venait de passer des heures interminables avec les commandants Vardens, elfiques et Surdiens à tenir un conseil de guerre, mais surtout à s’expliquer sur sa conduite. Il s’était imaginé qu’à son arrivée, il serait accueilli en héros et à bras ouvert par ses alliés, mais au contraire, Nasuada était très désappointée de son comportement. Elle considérait qu’il s’était montré bien trop imprudent et téméraire en agissant comme il l’avait fait. Il avait risqué sans nécessité sa propre vie et celle de Saphira pour une mission quasi suicidaire. Du moins, c’est tout ce qu’elle semblait avoir retenu de son plan, sans même chercher à saluer son initiative pour faire évoluer les choses dans le bon sens quant à l’issue de cette guerre qui les menaçait tous.
Eragon retira sa veste de voyage, et la jeta négligemment sur son lit. Puis il entreprit de se faire une toilette succincte, à l’aide de la bassine d’eau posée près de la fenêtre ouverte, par laquelle entrait un léger courant d’air frais.
Concernant le récit qu’il avait dû faire aux autres sur les évènements qui l’avaient conduit à libérer Murtagh, il avait omis certaines choses, comme il l’avait convenu avec son frère avant leur arrivée à Aberon. En effet, ils étaient tombés d’accord sur le fait que personne, en dehors d’eux-mêmes, Darriah, Saphira et Thorn, ne devait savoir que seule la Pierre de Volonté, empêchait Murtagh de retomber sous l’emprise de Galbatorix. Ils ne savaient pas encore précisément quels étaient les moyens de l’ennemi pour les espionner, et si cette information tombait entre de mauvaises mains, Murtagh risquait fort d’être la cible d’un attentat visant à le séparer de la Pierre.
En guise d’explication, il révéla que c’était un sortilège très puissant, faisant appel à la magie des anciens, qu’ils avaient trouvé inscrit sur les murs de la crypte des âmes, permettant à son frère de se libérer des serments prêtés à Galbarotix. Dans un sens, ce n’était pas un très gros mensonge, étant donné que c’était bien la magie des anciens qui avait sauvé Murtagh. Cette pensée étouffait un peu le malaise qu’Eragon éprouvait à l’idée de mentir à Nasuada, à qui il avait prêté le serment de la servir fidèlement. Peut-être serait-il obligé par la suite de lui révéler la vérité, mais pour lors, il devait estimer consciencieusement la situation en Aberon.
Sa toilette terminée, il entreprit de se changer avec les vêtements posés sur une chaise, à côté de son lit. Il avait accepté cette fois-ci de loger au palais et non sous une tente, près de Saphira, pour être plus près de Darriah. La dragonne, bien que ronchonnante, avait accepté son choix. Mais le jeune homme n’était pas dupe : il se doutait bien que son approbation rapide, n’était pas sans rapport avec le fait qu’elle se retrouve ainsi, seule à seule avec Thorn. Cela le fit sourire malgré son humeur massacrante.
Il prit un peu plus de soin qu’à son habitude pour se préparer. En effet, le soir-même, le roi Orrin organisait un banquet en l’honneur des deux Dragonniers et de l’arrivée tant attendue des renforts elfiques. Eragon détestait ce genre de réception, parce qu’il devait alors se plier à toutes sortes de protocoles et de règles de bienséance, qu’il n’avait pas encore très bien assimilés. Il regrettait déjà les quelques jours de quiétude qu’il venait de passer en compagnie de Darriah et son frère, et les heures simples, mais agréables, qu’ils avaient partagées autour d’un modeste feu. Seule la présence de Roran aurait alors pu rendre ces instants encore plus heureux qu’ils ne l’avaient déjà été. D’ailleurs, en pensant à lui, le jeune homme se rendit compte qu’il ne l’avait pas encore aperçu depuis son arrivée. Il avait pourtant croisé Katrina, qu’il avait envoyée auprès de sa compagne, mais pas Roran. Il se demandait comment son cousin avait occupé son temps depuis qu’il l’avait laissé ici. Peut-être s’était-il joint aux Vardens pour préparer l’offensive qu’avait évoqué Nasuada, durant leur réunion. Il le saurait sûrement en le voyant ce soir au banquet. D'ailleurs, le fameux banquet commencerait sans lui s’il ne s’activait pas davantage.
Il ajusta sa tunique bleu foncé, aux manches finement brodées de fils d’or. Là encore, la richesse de l’ouvrage lui paraissait trop extravagante pour un dîner, aussi officiel soit-il. Ces présents ne seraient-ils pas mieux utilisés ailleurs ? Nasuada avait parlé du manque de vivre pour le peuple Varden. Alors, les cadeaux qui lui étaient faits ne seraient-ils pas plus utiles à ceux qu’il avait juré de défendre ?
Son sentiment de malaise se renforça lorsqu’il pénétra dans la grande salle de réception du palais. De longues tables étaient dressées pour accueillir les invités, et elles débordaient de mets et de plats plus opulents et raffinés les uns que les autres. De grandes banderoles scintillantes partaient du lustre central et courraient jusqu’aux quatre coins de la salle, lui donnant un aspect plus festif que jamais. Les convives, qui arrivaient toujours plus nombreux, venaient gonfler le nombre déjà impressionnant de personnes présentes dans la salle, et chacune d’elle, à l’exception des elfes vêtus sobrement, affichait une tenue des plus richement ouvragée.
Toute cette opulence confirmait au jeune homme que le roi Orrin avait des préoccupations toute autres que celles de la guerre, et que sa légèreté face à la situation semblait d’autant plus déplacée. Il ne paraissait d’ailleurs pas être le seul à trouver cet étalage de richesse ridicule et dérangeant : les elfes semblaient aussi mal à l'aise que lui, mais ils avaient néanmoins la courtoisie de garder leurs pensées pour eux, chose dont Eragon fut incapable.
En effet, alors que le banquet était déjà bien entamé, le jeune homme, assis non loin du roi, lui fit remarquer que toutes ces festivités, bien que très réussies, étaient inutiles en ces temps troublés, qui exigeaient une certaine rigueur. Ce dernier, fronçant les sourcils, se défendit de désirer offrir à ses hôtes le prestigieux accueil qu’ils méritaient. Et il leva sa coupe à Eragon, l’invitant à faire de même. Le Dragonnier ne l’imita pas et poursuivit sur sa lancée en affirmant qu’un accueil plus modeste aurait était tout aussi bien venue.
Nasuada, assise à la gauche du roi, intervint alors pour essayer de calmer le jeu et apaiser Orrin, qui lançait à Eragon un regard atterré. Celui-ci jugea préférable de ne pas en dire davantage, bien qu’il n’en pensait pas moins, et il ne toucha plus mot à ce sujet de toute la soirée. Il se contenta d’échanger quelques paroles de politesse avec ses voisins de table immédiats, juste assez pour ne pas paraître renfrogné. Il remarqua néanmoins que son frère, peu abordé par les autres convives à cause de la suspicion qui planait toujours sur lui, était en grande conversation avec la chef des Vardens, et leur sujet de conversation semblait bien plus amusant que celui de la guerre.
En dehors de ces entrefaites, Eragon n’avait pas manqué de remarquer Darriah, elle aussi présente à la soirée, et il l’avait trouvée vraiment ravissante dans sa tenue mauve. Elle était restée en compagnie de Katrina et, bien qu’il ait fait plusieurs tentatives pour la rejoindre, il s’était constamment heurté à ses devoirs protocolaires de présentation et de conversation avec telle ou telle personnes. Par la suite, ils s’étaient retrouvés séparés par plusieurs dizaines de convives, lors du festin, et avaient dû patienter jusqu'à la fin du banquet pour se lever.
Dès que la bienséance le lui permit, il s’éclipsa de la réception, en entraînant au passage la jeune fille à sa suite.
- Je suis vraiment désolé, commença-t-il avant qu’elle ait pu prononcer le moindre mot, je ne voulais pas te délaisser durant la soirée, mais c’est ce que j’ai fait et je m’en excuse. Mon devoir envers ces invités… Il fallait que je me montre courtois envers eux, mais j’ai fait preuve de la dernière des courtoisies à ton égard. Il s’agit exactement de ce dont nous avions parlé et je t’avais promis que notre relation ne demeurerait pas secrète, mais ce soir… j’avais d’autres préoccupations.
Elle le regardait dans les yeux, sans réagir, affichant un masque inexpressif.
- Je sais que ce n’est pas une excuse, ajouta-t-il précipitamment. Il y aura toujours quelque chose d’autre… mais, (Il lui prit le visage entre ses mains) je ne veux pas que tu t’imagines être la dernière de mes préoccupations, parce que c’est faux ! Et puis…
- Eragon… Eragon ! le coupa-t-elle dans son élan. Je ne t’en veux pas.
Il lui lança un regard incrédule.
- Sérieusement ! insista-t-elle, en prenant ses mains dans les siennes. Je sais ce qu’on avait dit à propos de nous deux et ça tient toujours, mais je comprends que tu n’aies pas pu passer cette soirée en ma compagnie. Je ne t’en tiens pas rigueur.
- Vraiment ?
- Oui. Pas cette fois-ci en tout cas, plaisanta-t-elle avec un clin d’œil.
Puis elle enchaîna, très enthousiasmée :
- Et puis en plus, j’ai pu voir tellement de choses extraordinaires ce soir ! Comme ces elfes ! C’est vraiment incroyable ! Jamais je ne n’aurais imaginé en rencontrer un jour de vrais, en chair et en os. Je veux dire… ils n’ont toujours été que légende pour moi… bien que je retrouve en toi certains de leurs traits, dit-elle en lui caressant la joue. (Elle baissa les yeux) Je… je suis consciente que si j’avais été à ton bras ce soir, tous ces gens, surtout les nobles, m’auraient jeté des regards curieux et avides, comme ceux qu’ils te jetaient. Bah… n’aie crainte, continua-t-elle devant son regard atterré, je sais que je m’y habituerai lorsque le moment sera venu. J’ai toujours attiré les regards sur mon passage parce que je faisais l’objet de moquerie et je ne suis plus à ça près. Mais ce soir, je ne suis pas mécontente d’être restée dans l’anonymat.
- Je comprends, répondit-il en appuyant son front contre le sien, et je suis vraiment désolé de te causer autant de soucis. Mais si des regards se portent un jour sur toi, ce sera plus pour manifester de la jalousie face à ton charme et ton courage, que pour exprimer des moqueries.
Elle baissa la tête et il remarqua que le rouge lui montait aux joues et qu’un sourire timide étirait ses lèvres. Puis elle releva son visage vers lui et fixa ses yeux pétillants, droit dans les siens.
- Je t’aime. Tu le sais ça ?
Il lui rendit son regard intense, prenant conscience que c’était la première fois qu’elle prononçait clairement ces mots. Il l’embrassa doucement puis lui murmura à l’oreille.
- Moi aussi, je t’aime Darriah.
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PostSubject: Tome 3 : Chapitre 10   Sun 30 Mar - 14:07

Leurs pas les menèrent ce soir-là, jusqu'au jardin où trônait la fontaine. Ils s’installèrent sur un banc de pierre, pour profiter ensemble du spectacle qu’offraient les étoiles et la pleine lune, dont les rayons nacrés étaient projetés sur la végétation luxuriante et les murs du jardin, grâce à l’eau jaillissante de la source. Cette lumière surnaturelle rendait l’instant magique aux yeux de Darriah, et la douceur des baisers d’Eragon n’y était pas étrangère. Ils s’enlacèrent ainsi tendrement, faisant quelques pauses pour simplement observer le ciel, main dans la main.
Soudain, Darriah sentit Eragon tressaillir.
- Qu’est-ce qu’il y a ? l’interrogea-t-elle.
Il ne répondit pas et elle suivit son regard. À l’entrée sud du jardin, se tenait une jeune femme immobile dans l’ombre de l’arche, mais Darriah n’arrivait pas à distinguer ses traits de là où elle se trouvait. Mais en revanche, Eragon semblait l’avoir reconnue, car il se leva lentement.
L’inconnue s’avança vers eux, laissant la lumière nocturne l’inonder. Elle avait de longs cheveux noirs qui lui tombaient librement autour des épaules et elle portait une robe blanche simple, qui mettait sa silhouette svelte en valeur. Ce n’est que lorsqu’elle s’arrêta à quelques pas d’eux, que Darriah comprit qu’il s’agissait d’une elfe.
- Arya ? l’interrogea Eragon, d’une voix qui laissait transparaître sa stupéfaction. Depuis quand es-tu là ?
- Aujourd’hui. Je suis arrivée avec la compagnie elfe, venue d’Ellesméra. Je suis partie à leur rencontre lorsque Nasuada s’est inquiétée de ne pas les voir arriver, après la bataille des plaines brûlantes.
- Mais… pourquoi n’étais-tu pas au banquet ? Ou même au conseil de guerre que nous avons tenu dans la soirée ?
- Je ne suis pas en très bon terme avec le roi Orrin et j’ai préféré m’abstenir de l’un et de l’autre.
Darriah trouvait sa voix mélodieuse, mais aussi ferme que celle d’un soldat rendant compte à son commandant. Pour une raison qui lui échappait encore, Eragon paraissait troublé par la nouvelle venue et, pour lui manifester son soutien, elle resserra sa main au creux de la sienne.
- Heu… Arya, je te présente Darriah.
- Contente de vous connaître, la salua Darriah, en lui tendant sa main libre.
- Moi de même, répondit Arya, en inclinant gracieusement la tête, mais sans pour autant serrer la main tendue.
Darriah laissa son bras retomber, pensant qu’elle avait fait une erreur de jugement en voulant lui serrer la main. Il ne devait pas être dans les habitudes elfiques de se saluer ainsi.
- Eragon, puis-je m’entretenir avec toi ? Seul à seul, dit-elle en se tournant imperceptiblement vers Darriah.
Ce que la jeune fille avait pris pour de la rigidité formelle venant d’Arya, se révéla être de l’hostilité masquée à son encontre.
- Je… Bien sûr. Laisse-moi juste le temps de raccompagner Darriah à sa chambre.
- Ho, c’est pas la peine. Je saurais retrouver le chemin toute seule.
- Tu es sur ? demanda Eragon.
- Certaine.
- D’accord. Je passerais tout à l’heure te souhaiter bonne nuit.
Bien qu’à contrecœur, Darriah lâcha la main de son compagnon et s’éloigna, sans même prendre congé de l’elfe, qui ne se soucia pas non plus de lui dire au revoir.
Longeant les longs corridors du palais, elle essaya de se remémorer ce que lui évoquait le prénom d’Arya. Eragon avait parlé d’elle, lorsqu’il lui racontait en détail ses périples. L’elfe jouait un rôle déterminant dans l’histoire, et d’ailleurs, si ses souvenirs étaient bons, elle lui avait sauvé la vie par le passé. Mais y avait-il eu plus entre eux que ce qu’Eragon avait bien voulu lui dire ? Devait-elle s’inquiéter de les laisser ainsi seuls ?
Il était peut-être un peu tôt pour qu’elle commence à être jalouse, alors qu’elle en savait si peu de cette affaire. Non ! Elle devait faire confiance à Eragon. Après tout, ne venait-il pas de lui avouer aussi clairement ses sentiments qu’elle l’avait fait ?
Elle tenta de se raccrocher à cette idée, tout en regagnant ses appartements situés quelques étages au-dessus. Mais voilà : la fenêtre de sa chambre donnait justement sur le jardin où se trouvaient Eragon et Arya. Elle résista fermement à l’envie d’ouvrir plus largement la fenêtre. Celle-ci était entrebâillée pour laisser de l’air frais aérer un peu la chambre étouffante.
Elle soupira et s’allongea sur son lit pour contempler passivement le plafond, nu de toute décoration. Et ainsi, elle laissa de longues minutes s’écouler sans rien faire d’autre qu’attendre.

La soirée était très douce pour cette période de l’année, mais Eragon ne devait pas s’en étonner, étant si loin dans le sud. Il garda ses yeux résolument tournés vers le ciel, attendant qu’Arya, assise à côté de lui, se décide à lui parler. Elle lui avait brièvement raconté sa dernière mission et lui avait avoué avoir appris ce que lui avait vécu ces derniers jours par l’intermédiaire de Saphira, qu’elle avait rencontrée à l’extérieur de la ville.
« Pourquoi ne m’as-tu pas dit qu’elle était revenue ! » s’insurgea-t-il en contactant sa dragonne.
« Elle m’a fait promettre de lui laisser te parler, avant que je t’annonce sa présence. »
« Et au nom de quoi lui as-tu fait cette promesse ? »
« De l’amitié qui nous relie tous les trois, rétorqua Saphira échauffée de devoir se justifier. Tu te rappelles j’espère, qu’elle nous a beaucoup aidés par le passé, et elle t’a sauvé la vie en plus ! Il me semble que je pouvais au moins lui accorder cette faveur. »
« Et ta promesse incluait-elle également de lui dire ce qui s’est passé depuis qu’on l’a quittée ? »
« J’ai trouvé incorrect de la laisser dans l’ignorance. »
« Alors il était incorrect de la laisser dans l’ignorance, mais ne pas me prévenir c’est normal ? »
Elle ne répondit pas et ferma son esprit au jeune homme.
Fulminant, il tenta de ne pas laisser transparaître ses sentiments. Il savait que ce moment arriverait un jour et qu’il devrait parler à l’elfe de son histoire avec Darriah, mais il ne s’attendait pas à ce que cela arrive si rapidement et de manière si impromptue. Il avait déjà pris sa décision, mais devoir en affronter les conséquences n’était jamais très facile, surtout lorsqu’il s’agissait d’affaire sentimentale.
Il risqua un rapide coup d’œil à son amie et constata qu’elle s’abîmait dans la contemplation de l’eau ondulante. Cela faisait seulement quelques semaines qu’il l’avait quittée sur le champ de bataille des plaines brûlantes, mais cela lui paraissait une éternité. Il était si étrange de constater comment autant d’évènements avaient pu survenir dans sa vie, en seulement une poignée de jours. Mais ce soir, Arya était si attirante dans sa robe simple, et les préoccupations qui semblaient la tourmenter n’arrivaient pas à entacher cette aura de puissance et de sérénité qui émanait constamment d’elle.
Elle serra ses mains sur ses genoux et se lança.
- Eragon… je te dois des excuses.
- Pourquoi ?
- Pour t’avoir fait souffrir inutilement.
- Je ne comprends pas.
- Tu m’as maintes fois avoué tes sentiments sans que j’y réponde… Je t’ai blessé et j’en suis désolé.
- Ne t’inquiète pas pour ça… C’est du passé maintenant et ça n’a plus d’importance.
- Si, ça en a pour moi !
Un long silence suivit cette déclaration.
- Qu’est-ce que tu veux dire par là ? reprit Eragon, hésitant.
Elle le fixa un instant, droit dans les yeux, puis se détourna en bredouillant.
- Je… c'est-à-dire que… enfin… Eragon, je t’ai toujours repoussé car je pensais que c’était mieux pour nous deux. Je ne voulais pas te détourner de ta tâche, qui était si importante… et même si cela impliquait que nous souffrions tous les deux. Toi, parce que tu pensais que je ne t’aimais pas et moi parce que je ne pouvais t’avouer mes sentiments. Mais aujourd’hui les choses sont différentes… Tu n’es plus le seul désormais à pouvoir affronter Galbatorix ! Il y a Murtagh, et la situation n’est plus aussi désespérée qu’elle l’était à notre dernière rencontre. Aujourd’hui, je peux librement laisser parler mon cœur et je…
- Arya, la coupa-t-il, arrête.
Elle releva brusquement la tête à la recherche de son regard, mais c’était lui qui détournait les yeux à présent.
- Arya… (Il prit une profonde inspiration avant de poursuivre en choisissant chaque mot) J’aurai donné cher, il y a quelques mois, pour entendre ce que tu t’apprêtes à me dire… mais les choses ont changé.
- Changé ?
- Je … (Il hésita) je suis avec Darriah maintenant.
- Darriah ? Mais… vous êtes simplement amis, non ?
- Nous sommes plus que ça. Les évènements des derniers jours nous ont rapprochés.
- Vraiment ?
- Oui. Je l’apprécie beaucoup et mes sentiments sont… réciproques, conclut-il, mal à l’aise.
- Je ne comprends pas, reprit-elle, agacée, ça fait si peu de temps que tu la connais…
- La question n’est pas là.
- Où est-elle alors ?
- Tu… J’ai beaucoup souffert lorsque tu m’as rejeté… les deux fois ! J’ai perdu confiance en moi et je me disais que je n’aimerais plus jamais personne comme je t’avais aimée. Mais j’ai fini par guérir et accepter de te laisser partir.
- Mais je ne veux pas partir ! N’as-tu pas entendu ce que je viens de te dire ? Je n’ai pas pu t’avouer mes sentiments à l’époque, pour ne pas compromettre ta mission, et…
- Ça n’a plus d’importance aujourd’hui, répéta-t-il en secourant la tête. Je ne veux pas replonger dans tout ça. Je ne veux pas recommencer à souffrir. Et puis, si je revenais vers toi, ce serait une trahison envers Darriah et ce que j’éprouve pour elle !
- Mais qu’est-ce que tu fais de ce que moi j’éprouve pour toi !? s’insurgea-t-elle.
- Je suis désolé de te dire ça, mais… tu as eu ta chance Arya… deux fois même ! Mais tu n’as pas su la saisir, et maintenant je me vois dans l’obligation de refuser. C’est trop tard, tu comprends ? Et rien de ce que tu pourras dire ne te permettra de revenir en arrière.
Une larme roula sur la joue l’elfe. Les lèvres tremblantes, elle réussit à articuler :
- C’est une réponse définitive ?
- J’en ai bien peur, oui.
Baissant la tête, elle serra les poings sur sa robe.
- J’en étais sûre… je savais que ça ne pouvait pas être anodin !
Son ton était dur, presque froid.
- De quoi parles-tu ?
- Cette fille !
- Darriah ?
- Elle débarque ici, toute fière, au bras du grand Dragonnier Eragon ! Ne vois-tu pas ce qu’elle recherche ? s’écria-t-elle, révélant subitement la tête. Le pouvoir ! Et où pourrait-elle mieux le trouver qu’aux côtés d’un Dragonnier ? Tu es naïf Eragon de ne pas avoir compris cela plus tôt !
- Je te défends de dire cela ! Tu ne connais rien d’elle…
- Pas plus que toi !
- C’est faux ! Je sais ce que je dis et… (Il s’interrompit et reprit d’un ton parfaitement calme et posé) Arrêtons ici cette discussion. C’est la colère et la jalousie qui guident tes paroles et non ton cœur ! Tes mots sont en train de dépasser ta pensée et tu risques de dire des choses que tu regretteras plus tard. Alors cessons de parler de cela, je t’en prie.
Elle se leva et se plaça en face de lui, le dominant de toute sa hauteur.
- Si tu es trop borné au point de ne pas voir la vérité en face, je n’y peux rien… Mais retiens ceci : je t’aurais prévenu ! Tu ne m’auras plus sur ton chemin désormais, alors fait ce qui te plaira.
Elle n’attendit pas de réponse, tourna les talons et s’éloigna d’un pas rageur.
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